‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 138 sur 192 · Mais l’aiguillon de la mort, [c’est] le péché · texte numérisé non relu

Mais l’aiguillon de la mort, [c’est] le péché

Ce mot-à-mot servile peut laisser lieu à beaucoup de discussions sur le sens précis de termes particuliers. Maïs ceci au moins est enseigné d’une façon manileste : en un instant indivisible, en un clin d'œil, aura lieu une résurrection des morts, une transformation des vivants, et la disparition de la mort à tout jamais.

S'il fallait croire que deux actes, séparés par un long intervalle, eussent été distingués dans la résurrection à 20-26, la péricope présente, du moins, ne peut répondre qu'au dernier de ces actes. Car tout se passe à la dernière trompette, celle de la fin du monde, et la mort, — le dernier ennemi, v. 26, — est anéantic juste à ce moment-là, Si donc c'est la Parousie (qui n’est pas

nommée ici, mais qu'il faut bien y sous-entendre, ainsi que nous allons le prouver bientôt par l'exégèse d’une autre épître), toute la question du Millenium matériel et terrestre est tranchée du coup, et négativement, Or, rien ne peut faire supposer que la Parousie ait déjà eu lieu longtemps avant cette résurrection et cette transformation des hommes à la « dernière trompette »; rien n'indique qu'aucune catégorie d'hommes aît été ressuscitée à une époque antérieure, ni qu'aucun fidèle vivant ait déjà été transformé, — comme il l'aurait fallu si tous les bénéficiaires d’un Règne de mille ans s’intercalant entre la Parousie et le jugement dernier avaient été, d'après des imaginations comme celle de Zahn {1}, exemptés de la mort.

De plus, tout le monde admire l'élan lyrique de l'Apôtre, quand il célèbre ici, pour la seconde fois, la destruction de la mort. Cet engloutissement de la mort dans la victoire, qui coïncide avec le réloc, étav mupaddoi de 24, c'est aussi (cfr. v. 56) la destruction pour les élus de toutes les conséquences de la mort, en premier lieu de sa cause, le péché. Que peut-il donc y avoir de plus artificiel, de plus contraire même à tout l'esprit de cet enseignement, que d'aller supposer (avec Joh. Weiss) qu'il s'agit aux versets 24, 26, — et ici encore, à 54-55, il le faudrait bien! — de la résurrection des réprouvés? Ce serait bien le cas de chanter avec ces accents l'incorruptibilité et l’immortalité, la victoire sur la mort, à l’occasion de malheureux qui ne revivent que pour être livrés à la mort éternelle! — Quant à une seconde fournée de justes, appartenant moins au Christ que les autres, et qui seraient les seuls à ressusciter alors, les derniers, obligés d'attendre la dernière trompette, il est clair qu'il n'en est pas question ici, et que les y introduire serait de l'imagination pure.

Nous pouvons dès lors combiner et paraphraser tout ce que Paul enseigne aux chrétiens, dans ce chapitre xv, sur la certitude et la manière de leur résarrection bienheureuse (2).

Il leur a dit d’abord que, si le Christ n'est pas ressuscité (comme il ressortirait logiquement d'une négation générale de la résurrection des hommes) et qu'eux, par conséquent, ne doivent pas ressusciter davantage, tout leur travail est perdu. 19. « Si nous sommes des gens qui, dans cette existence, auront « espéré » dans le Christ, et rien de plus que cela, nous sommes à plaindre plus que tous les hommes. 20. Oui! mais le Christ est bien ressuscité des morts! #7 est ressuscité comme prémices de ceux qui dorment, en rnontrant ainsi et leur garantissant leur sort futur; car Dieu, en prenant Jésus comme prémices, a montré qu "cl s'adjugeait toute la masse. 21. Je l'appelle «prémices », lui qui nous ouvre le chemin à la gloire, parce que, après que (3) la mort est venue par un homme (prémices de la mort et responsable de la mort de tous), c'est par un homme aussi que viendra la résurrection des morts. 22. Car de même qu’en Adam tous meurent (parce qu’ils sont de sa descendance et faits à sa ressemblance, des êtres sortis de la poussière comme lui et portant la peine de sa faute, v. Rom. v), ainsi c'est dans le Christ que tous seront vivifiés. 23. Mais chacun au rang qui lui revient : d’abord est ressuscité le Christ, comme prémices;

(1) Dans son commentaire de l’Apocalypse.

(2) Nous traduisons très librement cette fois, et nous ajoutons nos explications en italiques. (3) Voir comm. de 21, A et B,

ensuite ressusciteront ceux qui appartiennent au Christ, à sa Parousie. (/7 faut bien en effet qu’il y ait un intervalle entre les prémices et la masse d’où elles sont tirées; ce sera tout le cours de la vie de ce monde, pendant lequel la masse des vivants vivra d'espoir, d’un espoir fondé et sûr, en se conformant à ses prémices). 24. Et puis alors, c'est la fin; maintenant qu’il livre la royauté à Dieu son Père, après avoir réduit à néant toute principauté, domination et puissance. 25. Car il faut qu'il soit Roï, Roëï de l’histoire et des temps messianiques, jusqu’au bout, que son règne dure etse prolonge jusqu’à ce moment-là, jusqu’à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds, comme | *Écriture l’a

prédit du Messie. 26. Le dernier ennemi qui sera alors anéanti, c'est la mort, à

cette résurrection générale qui détruira et la mort, et ses causes, et ses conséquences. à à. + + + + à à + « + + + + « 35. Mais vous me demandez comment elle pourra se faire, cette résurrection? vous ne concevez pas quel genre de corps pourra être celui des ressuscités? (36-49. Mais voyez la puissance de Dieu à créer tous les genres de corps qu'il veut, et rappelez-vous ce qu'est le corps de Jésus, l'homme céleste, transformé à sa résurrection). 49. Voici donc la réponse : ainsi que nous avons porté la ressemblance de l’homme fait de poussière, de même nous porterons aussi la ressemblance de l'homme céleste, du Christ ressuscité. 50. Mais pour que vous compreniez bien, contre toute imagination grossière ou insuffisante, jusqu'où ira cette ressemblance, et à qui elle s’étendra, je vous affirme ceci, frères : « la chair et le sang », je veux dire ce qui est infirme, faible, caduc dans la nature humaine (1), ne peuvent hériter de la royauté de Dieu (dont la participation nous est promise); il faudra donc que nous soyons dégagés des faiblesses comme il y en a dans notre état présent; celle corruption, qui était le lot de notre corps, de ce grain semé dans toutes les pauvretés de la vie présente, et destiné à pourrir au tombeau, n'hérite pas l'incorruptibilité; elle ne pourra se prolonger sous le régime de l’incorruptibilité, ce serait contradictoire; donc il faudra que nous soyons tous changés profondément. 51. Voici donc que, de plus, je vous révèle un mystère (car vous pourriez vous demander, puisque je vous ai présenté la mort, la mort que le Christ lui-même a dû souffrir, comme condition de notre gloire future, ce qu’il adviendra de ceux que la Parousie trouvera encore. vivants). 52, Ce mystère, comprenez-le : Ce n'est pas en totalité (2), sans aucun doute, je l’aï dit déjà (cfr. I Thess., infra) que nous dormirons du “ ommeil de la mort; mais c'est en totalité (2) que nous serons changés, éransformés; et cela en un instant indivisible, en un clin d'œil, à la « dernière trompette » {et pas avant). — Car la trompette retentira! — nous serons transformés, tous les fidèles appartenant au Christ, soit par la résurrection,

‘une autre manière, les morts en reprenant un corps exempt de toutes

(1) Ou bien : « la personne humaine en tant que remplie d’infirmités, ne peut (in sensu composito) hériter, etc. ».

(2) Iévra a évidemment la même extension dans les deux membres de cette phrase antithélique : par conséquent, la « transformation » attribuée à mavres? englobe aussi la résurrection proprement dite, comme l’un de ses deux modes éventuels. Il s’agit de tous les fidèles, de Corinthe et d'ailleurs, de ce temps-là et de toute. autre époque; l'enseignement de Paul vise l'universalité des fidèles dignes du salut. Et il ne pense pas ici, pas plus que I Thess., à leur rien apprendre sur la date de la Parousie.

les infirmités et besoins qu'il avait eus avant de mourir, et les vivants en se dégageant de tous ces besoins et infirmités sans être obligés de mourir; donc les morts ressusciteront incorruptibles, et nous: (je parle: au nom et des morts et de'ceux qui ne seront point morts), nous serons {ous changés en toutes nos conditions de vie, de facon à passer à l'état de: ressuscités ou au même état que les ressuscités. 53. Car il faut que ce: corps corruptible (que nous avons à présent, et que les morts ont eu), revête l'incorruptibilité (4), et que: ce corps, maintenant mortel, revête: l'immortalité, 54, Et lorsque ce corps eorruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps. mortel aura revêtu limmortalité, qu'il n'y aura plus pour aucun de nous de ces indigences de « la chair et du sang. », quelle heure, 6: frères, sera cette heure où l'apparition du Christ ous apportera à tous, morts et vivants, la plénitude d'une vie indéfectible! Alors se vérifiera, proclamée par Dieu etious les êtres, la parole de l'Écriture : Ea mort a été engloutie dans la victoire!

55. « Où est, Ô Mort, ta victoire »?.. 58. Ainsi, mes frères très aimés, devenez fermes, ne vous laissez plus troubler l'éme par toutes ces questions sur la résurrection, sachant bien que tout. votre travail n'est pas vain dans le Seigneur, et vous mènera à une vie complète et éternellenent bienheureuse. »

Dans ces perspectives encourageantes que Paul ouvre à ses Corinthiens, on voit qu'il n’y a pas la moindre mention d'un Millenium de bonheur qui dût commencer durant leur vie ou plus tard. On dirait donc finalement, d'après ce chapitre xv de: la Première aux Corinthiens, ou que Paul n’a pas soupçonné l'attente millénariste, ow que, s’il l’a connue; il en a résolument détourné ses fidèles.

La démonstration est déjà bien complète à nos yeux. S'il en est encore à qui elle ne suffit pas, examinons l’autre fameux passage eschatolosique, I Thessaloniciens, 1v, 13-18.

L'intervalle de temps qui sépare cette épître de l’autre n’est pas, nous le prétendons encore une fois, à mettre en ligne de compte. Mais l'état psychologique des lecteurs diffère; il est pour ainsi dire, retourné. Si Paul suppose, d'après les derniers versets, 50 et ss., du passage précédent, que certains Corinthiens pouvaient se demander comment les vivants, au jour de la Parousie, ne seraient pas dans une condition inférieure à celle des morts, ici c’est l'inverse, et l'Apôtre:se croit obligé de déclarer aux Thessaloniciens que les vivants, au jour de la Parousie, n'auront sur les morts aucun avantage. État d'esprit que nous ne comprenons plus guère; il faut croire que ces pieux et ardents fidèles de Macédoine avaient été influencés par des rêveries de chiliasme judaïque. A Thessalonique on attendait avec ferveur le retour du Christ, et beaucoup pour une époque rapprochée, avant la fin de la génération contemporaine. Paul, sans

ti} Le mot évètouoBat, « revélir », est, malgré Joh. Weiss, une figure très exacte, et non

un à peu près, attendu que c'est dans l’idée de Paul, malgré les théories de ces auteurs, le

même corps qui était mortel et qui deviendra immortel, dépouillant le vêlement terrestre pour

prendre le vêlement céleste, les qualités « pneumatiques »; il n’y à pas distinction de sujet. ÉPITRE AUX CORINTINENS. 99

le vouloir, y était pour quelque chose : il les avait enthousiasmés par l'espoir du retour du Christ; mais le temps de son enseignement avait été trop raccourei, ou leurs esprits trop lents à s'ouvrir, pour qu'il les eût bien pénétrés de la connaissance des modalités de l'Avènement glorieux. Sous l'influence peut-être des Synagogues locales, et des prosélytes ou craignant-Dieu qui formaient une part de leur communauté (Act. xvir, 4), ils croyaient que Jésus, — ce Messie trouvé! — allait bientôt redescendre sur la terre, parmi ses fidèles vivants, pour leur assurer une période indéfinie de bonheur parfait; mais ils ne voyaient pas trop quelle serait la suite des événements, ni comment leurs frères dans la foi que le trépas avait enlevés déjà pourraient avoir leur part dans cette félicité. La résurrection, que Paul ne peut avoir manqué de leur enseigner, les impressionnait moins que cette perspective de régénération sur terre, et semble être demeurée pour eux dans un brumeux lointain.

Paul rectifie ces vues judaïques : il leur déclare que les morts auront accès au bonheur en même temps que les vivants, et que ce sera seulement, d’une façon complète, au Jour de la Résurrection. Il ne fixe encore pour cela aucune époque, respectant l'incertitude où le Christ, d'après les Synoptiques, avait voulu laisser les croyants sur la date de son retour. Ce n'est que dans la Deuxième Épître aux Thessaloniciens que, ayant pu constater les inconvénients de ce silence, il déterminera une série d'événements intermédiaires, dont le déroulement repousse la Parousie fort loin dans l'avenir. Il pose ici deux catégories où se trouvera en ce jour répartie l'universalité des fidèles : les vivants et les morts; et, comme lui et ses lecteurs sont actuellement du nombre des vivants, il parle au nom de cette catégorie, sans nullement dire ni insinuer qu'ils ne passeront pas dans l’autre. Toute la question n’est traitée qu'au point de vue des principes, sans aucune détermination individuelle, Voici d'ailleurs le texte :

1 Tuess., 1v, 13. Mais nous ne voulons pas que vous restiez dans l'ignorance, frères, au sujet de ceux qui se sont endormis, pour que vous ne vous affligiez pas à la façon des autres, ceux qui n'ont pas d'espérance (d'un sort glorieux pour leurs défunts).

14. Car, si nous croyons que Jésus est mort et est ressuscité, ainsi ceux qui se sont endormis en Jésus (àà ’Insoë), Dieu les amènera (i. e. nous les ramènera) (1) avec Lui {i. e. avec Jésus).

15. Car ceci, nous vous le disons, parlant au nom du Seigneur (cfr. I Cor., xv, 50 et 51) : Nous, les vivants, ceux qui sont laissés (sur terre) jusqu’à la Parousie du Seigneur, nous n'aurons aucune avance (où nu phécuue) sur ceux qui se sont endormis (2).

(1) Leurs âmes, d’ailleurs, avant ce jour-là, jouissaient déjà de la compagnie du Christ, voir II Cor., v, 6-s. et Phil, 1, 23.

(2) Paul s’attendait-il alors à être personnellement de ces vivants au jour de la Parousie ? Alors il faudrait que ses prévisions eussent bien changé, sans qu’il en dit rien, lorsqu'il écrivait II Cor., v, où il prévoit certainement sa mort. Cela malgré l’article de Lyder Brun dans ZNTW, 1929, Zur Auslegung von IT Kor. V, 1-10; les vv. 6-8 seraient d'une singulière banalité, et peu dignes de l’Apôtre, s’il y voulait dire seulement qu'il aimerait plutôt (4älov) être transformé (sans mourir) et emporté au ciel que de rester dans les misères de cetle vie; sans parler d'autres raisons, que nous développerons en leur temps.

16. Parce que le Seigneur lui-même, au signal, à la voix de l'Archange, et à la trompette de Dieu (cfr. I Cor., xv, 52), descendra du ciel, et les hommes morts dans le Christ ressusciteront d'abord (1). 17, Ensuite nous, les vivants, ceux qui sont laissés, tous ensemble, en même temps qu'eux, nous serons ravis dans les nuées à la rencontre du Christ dans les airs. 18. Et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur.

Ce texte achève bien d'apporter toute la clarté désirable. L’attitude de Paul à l'égard de la « double résurrection corporelle » et du Millénarisme s'y révèle manifestement négative. Tout, en effet, y est présenté comme se passant presque in tnstanti, et ici personne ne pourra douter qu'il s'agisse de la Parousie. En même temps que le Sauveur, Dieu fait reparaître les morts {évidemment ressuscités) aux yeux des vivants. Et, avant même que le Christ ait touché terre, tous les sauvés, morts et vivants, se sont élancés à sa rencontre dans les airs, ravis dans les nuées. Ce n'est pas pour en redescendre afin de juger avec le Christ les réprouvés qui attendent tremblants sur la terre; cette idée d'anciens comme Théophylacte n’est qu'une pure et simple addition, que rien ne justifie, au texte et à l’idée. Caril est dit que, « ainsi » (oÿtws, v. 18), c'est-à-dire sans aucun autre événement ou formalité intermédiaire, « ils seront toujours avec le Seigneur », Leur ravissement dans les nuées n’a été que l'élan de leur ascension continue vers le ciel, où ils se reposeront éternellement avec le Christ. Il n’est pas dit que les vivants ont eu d'abord à être « transformés »; mais cela va de soi, puisqu'ils se trouvent d’une condition égale à celle des ressuscités, agiles comme eux, s'envolant du même vol.

Où trouver là une place pour un Millenium terrestre quelconque séparant la Parousie du Jugement?

Cette instantanéité du drame suprême est même ici portée si loin, qu'on cherche, non sans embarras, où, quand et comment se fera le Jugement général. Il est pourtant indubitable que Paul l’a annoncé, comme les Synoptiques. comme Jean lui-même dans l'Évangile et surtout dans l'Apocalypse. IT Cor. v, 10, est formel, tant pour les élus que pour les réprouvés : « Il faut en effet que tous nous soyons traduits à découvert devant le tribunal du Christ, pour recevoir chacun la rétribution de ce qu'il a fait par son corps (i. e. dans sa vie corporelle), selon ce qu'il a réalisé soit de bien soit de mal. » Et, dans les versets mêmes qui suivent immédiatement ceux que nous venons d'étudier, les impies sont représentés plongés dans l'angoisse à la Parousie, qui les surprendra comme un voleur nocturne, pour leur perdition ([ Thess. v, 2-3).

En somme, si nous réunissons, avec les passages expliqués ci-dessus, plusieurs autres des Epîtres, nous pouvons reconstituer un tableau complet, et très saisissant, du Dernier Jour. Paul y a conservé plusieurs traits d'apocalypse, l'appel angélique, la trompette — ce qui était, dans la symbolique juive, le signe du salut

(1) Hp&rov, « dabord », en corrélation avec éxava de 17, et non xpüro, « les premiers », que les découvreurs de la « double résurrection » chez Paul déclarent être le sens de ce xpütov, pôur introduire encore dans cette scène un socond groupe de ressuscités.

apporté par Dieu à son peuple, et corrélativement, du châtiment de ses ennemis. Le sens profond est le même que Mathieu, xx1v, 27 : « Comme l'éclair part de l'Orient et est.vu jusqu'à l'Occident, ainsi sera la Parousie du Fils de l'Homme. 30 alors apparaîtra le signe du Fils de FHomme dans le ciel; et ils verront le Fils de l'Homme venant sur les nuées du ciel; 31 et il enverra ses. anges avec la grande trompette : et ils rassembleront ses élus des quatre vents... ». C'est-à-dire que le Christ apparaîtra subitement à tout l'univers, et tous les hommes seront saisis en même temps par l'éclat de sa théophanie. Paul laisse toujours assez volontiers dans la pénombre le sort des impies; il ne décrira donc point de scène judiciaire se déroulant à l'instar d'un jugement humain, comme Âathieu, xxv, 31-46. Est-ce à dire qu'il supprime ces assises de son enseignement eschatologique? Nullement, car il parle plusieurs fois de la condamnation des réprouvés, et il croit si bien au Jugement dernier et universel qu’il associe à la prononciation de la sentence tous les saints, autrement dit tous les élus, qui auront à « juger le monde » et même les Anges {I Cor. vi, 2-3); il croit à ce « feu » du Grand Jour, qui révélera la valeur exacte de toutes les œuvres humaines (ibid. nr, 12-17). Le jugement n'est pas supprimé, mais la totalité en est contractée en un instant indivisible; comme si tous les hommes, conformément à l’enscignement ultérieur du [V° Évangile, prenaient, en voyant venir le Christ-Juge, l'attitude que leur impose le rapport où leur conscience leur dit qu'ils sont avec cette Présence (cfr. Rom. 11, 15-16) ; et cette Présence sanctionne leur jugement; chacun reçoit, au vu et au su de tout l'Univers, qui approuve, l’une ou l'autre des sentences qu’explicite saint Mathieu. Mais tout cela se fait dans une vision rapide comme la foudre, dès que le Christ apparaît « sur les nuées » : d’un seul coup tous les voiles sont arrachés, tous les secrets des consciences mis à nu, approuvés ou condamnés par tous les Anges et tous les hommes ensemble, toutes les sentences prononcées par le Juge et les justiciables eux-mêmes, tout l'univers rénové pour l'éternité (Rom. vur, 21-22), et la séparation des bons et des mauvais faite pour toute l'éternité aussi. Tableau plus dramatique encore que la deseription de l'Évangile; cette concentration d'une grandeur formidable porte la scène au comble du surnaturel, et, tont en produisant, si on la recompose ainsi, le maximum d'effet, elle: fait transition et établit l'union entre le tableau du Jugement dans le Premier Évangile et la conception. tout, intellectuelle: et spirituelle qu'en donne l' Évangile de Jean.

Mais de millénarisme, dans ces fulgurantes prophéties, pas la moindre trace.

Nous aimons à finir sur cette note positive et synthétique. Mais, pour en revenir au sujet qui nous occupait proprement, la « seconde résurrection corporelle », nous voyons que Paul la nie au moins par prétérition. Ses prophéties sont même incompatibles avec ce dédoublement, et avec le millénarisme, quoiqu'il dût bien connaître, comme le fait supposer [ Thess., et ne fût-ce que par son‘ancienne formation juive, érudite.et pieuse, quelque: forme de chiliasme, IF en faisait si peu de cas qu'il ne l'a même pas réfuté directement.

Si donc on compare l’enseignement de Paul sur les fins dernières avec celui d'Apoc. xx, au lieu de les confondre, en les dénaturant tous les deux, paur les ramener à des rêves dignes de Papias, il faut constater :

° Qu'ils devraient se distinguer dès la première vue, dans l'hypothèse

chiliaste elle-même, — parce que si l'Apocalypse est censée prédire un Règne des Martyrs, Paul parleraît manifestement de celui de tous les justes « qui sont au Christ »; on ne pourrait donc, même en cette hypothèse fansse, les ramener à l'identité ;

2 Paul parle de la résurrection corporelle au Dernier Jour, et l'Apocalypse de la résurrection spirituelle des âmes pendant tout le Règne messianique ;

8° L'Apocalypse, pour ce faire, emprunte la figure juive.d'un « Règne intermédiaire » (en le spiritualisant), afin de signifier les côtés glorieux dans la vie de l'Église militante, unie déjà à l Église triomphante au cours de l'histoire (1): tandis que Paul n’ envisage que ce qui arrivera au moment de la Parousie, qui est pour lui Ja fin, et non pas le début, du « Règne intermédiaire » {si l’on veut ainsi l’appeler) de Jésus-Christ, à savoir celui qui a commencé avec son Premier Avènement, en Palestine, et s'étend de là sur toute la terre.

Concluons donc que la théorie des « deux résurrections » séparées par un Millenium trouve aussi peu d'appui chez Paul que chez aucun autre auteur du Nouveau Testament. Toute la doctrine eschatologique de l’Apôtre en implique même la négation.

Avec la révélation que l'Apôtre a donnée sur les fins dernières en cet admirable chapitre xv, nous pouvons nous faire une représentation totale de sa doctrine eschatologique, dispersée à travers toutes ses épiîtres, notamment I-IT Thess., Rom., I-IL Cor. et Phil. (2).

Jésus remonté au ciel avec son corps glorieux règne invisible sur la terre, où ses fidèles vivent « in Christo », pour se préparer à le rejoindre. Comme Roi et Chef de l' Église militante, qui est son corps, il lutte contre tous les obstacles et les abat l'un après l’autre (I Cor. xv); la guerre est engagée, au milieu de péripéties où le rejet temporaire et la conversion d'Israël auront un grand rôle (Rom. x1), contre toutes les puissances du Mal figurées, sous leurs formes les plus insolentes et les plus rebelles, dans « l'homme de péché » ([[ Thess.), l'Antéchrist. Elle durera longtemps. Les âmes des fidèles, « endormis dans le Christ », en attendent l'issue dans la compagnie de leur Maître (IT Cor. v Phil). Le jour enfin viendra où tout sera mûr pour l'Avènement glorieux; alors Jésus reparaîtra avec les siens (1 Thess.), tout reconnaitra sa puissance {PAil 11, 11), les fidèles vivants ne mourront pas, mais seront transformés ([ Cor. xv), le jugement des bons et des méchants aura lieu (Î[ Cor. v, et passim), tous les élus monteront au Ciel avec le Christ, qui remettra à son Père ce qu'il a conquis, et, ayant détruit à jamais la mort {l Cor. xv), n'aura plus rien à vaincre; Dieu « sera tout en tous », et les élus, glorifiés même en leur corps par l'Esprit, jouiront éternellement face à face de la vision de la divinité (l Cor. xur) et du Dieu-Homme. Quant aux réprouvés, ils seront ressuscités aussi {cfr. les paroles de Paul Act. xxiv, 15, al.) et condamnés à un malheur éternel, mais Paul a parlé d'eux le moins possible en des lettres où il voulait stimuler ses convertis par

(1) Voir notre Commentaire de l’Apocalypses, pp. 307-313, et Exc. xL, pp. 317-329. (2) Voir notre Comm. de l'Apocalypse3,'Introd., pp. CXXI-CXXX VIT.

l'espérance. Cette « Apocalypse de Paul » coïncide pleinement, en substance, avec celles des Synoptiques et de Jean.

[On peut voir, pour cet excursus et le chapitre précédent, les commentaires de GoperT, Toussainr, J. Weiss, LiErzMANN, Bacumann, Loisy, etc.; — le commentaire du P. Vosré sur Thessal.; — F, Tirzmann, Die Wiederkunft, etc.; — À. Wixennauser, Das eschatologische Problem (Oberrheinisches Pastoralblatt 1929 et Der Sinn der Apokalypse des heiligen Johannes, 1931); — J. Wuiss, Urchristentum, pp. 373-376; — R. Rerrzensrein, Das iranische Erlüsungsmysterium, p. 132; — Nonnen, Die Geburt des Kindes, p. 49; — Lreisecanc, Der Apostel Paulus ais Denker; — E. B. Aro, L'Apocalypse de S. Jean, pp. cxxI-CXXX VII, 307-313, 317-329; —— Tosac, Le Christ nouvel Adam (Rev. d'hist. ecclés. 1925, 2); — L. Toner, Gest nella storia, 1926; — À. Virri, Christus Adam, de paulino hoc conceptu interpretando ejusque ab extraneis fontibus independentia vindicanda (Biblica 7, 1926); — Diseuvus, Urchr. Gem. et Osiern und Pfingsten; — A. Scawerrzer, Die Mystik des Apostels Paulus. Etc.

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