‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 29 sur 106 · m. m vil, |,..r S.l.iÉ~li;iTi.. il.'l l'ioliibo · texte numérisé non relu

m. m vil, |,..r S.l.iÉ~li;iTi.. il.'l l'ioliibo

modrie en hois, livs ((iinplifiui', trrs (li'taiih', qui cnùl;! quatre mille cent quatre-vingl-qiialic éciis à la Kahriqnr de Sainl-l'ierre. Ce modrk'. qui pailait aux ynix. eut plein succès. Il v.ilul ii laiilcNr une prime de quinze cents éciis «lu .-^uuxcr.iiii iiontilr ri ,nil:iiil de l;i |-'ahrii|U('. Le iii.illiriireux ii'eiil pas le temps de les touclici-. ()ccu|)é. par oidrc de r.iul 111. à c.uialiscr l;i lisiric N'clliiio ;"i 'r( riii. il prit la lièvre et niiHiint en lôU». l'aul III n'était pas sans cimImi ims. OTi trouver un ;iiv|iilf(lc".* Il supplia Jules Humain d'en accepter la charge. Aprt's d'ingrats et longs poui|iarlers, le célrhie artiste, à son corps défendant, venait ilf cnnseiilir quand il mourut i\ son toiu-. On lit des ouvertures à Sansovino. i|ui ne voulut rien ciiIcikIic ii reins;! i\f ipiilliT Venise. 1/idée de Nicolas V et île •Iules II t'i.iii rii pt'iil. im seul imiiiiiii' pouvait la sauver.

-212 SAINT-PIERRE DE lîOME

De guerre lasse, le pape finit par où il aurait dû commencer; il se souvint de Michel- Ange, et le pria d'accepter la direction delà Basilique. Il est douloureux de voir Michel-Ange choisi à défaut d'autres, comme un j)is- aller.

Ce n'était plus qu'un vieillard, mais quel vieillard! Il })ortait sur ses épaules un monde, ce monde qui s'appelle dans les arts la chapelle Sixtine. Michel-Ange n'a pas d'égal. Il est le prince de la peinture et de la sculpture, comme Michel, son saint patron, est le chef des milices célestes. Les génies passent au-dessous de lui, et leurs noms sont sublimes : ils s'appellent Raphaël, le Dominiquin, le Pérugin, Guido Reni, Sodoma, Fra Angelico, Véronèse, Titien, Tintoret, mais ils sont à ses pieds; il est au milieu d'eux comme ce Moïse que sa main vigoureuse a taillé, le front illuminé des rayons divins, le regard dominateur.

Dieu semble avoir conservé les jours de Michel-Ange pour élever à son Vicaire en terre un temple digne de sa gloire.

Michel-Ange hésita, prétextant son grand âge : il avait soixante-douze ans. Il disait, non peut-être sans quelque ironie, qu'il était peintre, sculpteur, et pas architecte. La place, à la vérité, n'était pas enviable. Les San Galle, oncle et neveu, avaient à Rome, pour leur succéder, toute une coterie qui se disputait la direction des travaux, non p(iur l'honneur de l'art ou l'amour du prince des Apôti'es, mais parce que cette direction était une abondante et intarissable source de richesses. Ces architectes de deuxième et troisième ordre, plus épris de l'argent que de leur art, cherchaient avant tout à faire traîner en longueur la construction, et à ne jamais la finir. Vasari dit tout crûment : « C'était une boutique, un traûc d'argent. » Michel -Ange, honnête homme par excellence et grand chrétien, ne voulait pas se prêter à ces honteuses et déloyales combinaisons. D'autre part, écarter les San Gallo c'était se vouer à une haine implacable. Il refusa les offres de Paul HT. Le pape, ne pouvant rien obtenir par ses j^rières, agit d'autorité, il oidonna. L'artiste se soumit; c'était le l^- janvier 1547, date mémorable dans les annales de la basilique 'Vaticane.

Cette fois, Saint-Pierre avait trouvé son architecte.

Du premier coup, Michel -Ange coupa court à toutes les rapacités des San Gallo. Il refusa toute rétribution, voulant, disait-il, travailler pour l'amour de Dieu, de la sainte Vierge et du prince des Apôtres. Aussi grand par la foi que par le génie, il avait à cœur de se présenter au tribunal de Dieu portant dans ses mains, pures de tout intérêt personnel , la basilique de Saint-Pierre.

Dans le Bref qui l'institue « commissaire, préfet et architecte de la

Basilique sa vie durant », Paul III rend hommage à ce pieux désintéressement, auquel, à n'en pas douter, les pontifes romains n'étaient pas habitués. De plus, il donne à Michel-Ange pleins pouvoirs sur la Basilique. A lui de faire tel modèle qui lui plaira, de détruiic, de liàfir à son gré, sans avoir égard à la dépense, sans le contrôle des députés de la Fabrique auxquels le pape enlève toute autorité, toute juridiction sur l'artiste et son œuvre. A lui également de choisir les entrepreneurs et les ouvriers, sans que personne ait à se plaindre. Michel-Ange est le maître de la Basilique '.

Cette toute-puissance devait néces.sairemcnt déplaire aux San Galle et à la révérende Fabrique : aux San Gallo, qui étaient mis à la discrétion de Michel-Ange, même pour les travaux secondaires; aux députés de la révérende Fabrique, qui perdaient leur contrôle, — ce que les gens, même les plus ignorants, n'aiment jamais perdre. Les uns et les autres vont faire à l'architecte une guerre acharnée : ce sont des ennemis implacables.

Fort de l'autorité pontificale, Michel-Ange so mil à l'œuvre. Le projet d'Antonio San Gallo, surchargé d'ornements inutiles, dépourvu de l'austère simplicité qui convenait à une basilique chrétienne, telle que la rêvait Michel-Ange, lui déplut. TJn jour les San Gallo lui disaient par ironie : « Le ()lan d'Antonio est un pré plantureux où vous pourrez brouter à votre aise. — Oui, leur répondit-il, un pré où peuvent brouter les brutes qui ne connaissent rien à rarcliitrchno. » Il s'en explique luimôme dans une lettre à Bartholomeo Aiumnuati, dont nous avons déjà cité quelques i)assages concernant Bramante. Outre les défauts techniques d'architecture, le grand rcjiroche rpi'il fait à ce projet est le manque de lumière. « Il y aurait, écrit-il, tant de coins obscurs que ce serait plaisir pour cacher les brigands et fabriipier de la fausse monnaie, de, do manière que le soir, à la fermeture des portes, il faudrait au moins vingtcimi hommes pour chercher dans tous les coins ceux qui voudraient s'y cacher'. » Autoritaire comme il l'était dans son .ut, Michel-.Vnge n'était pas Ikiiiiihc ;'i marcher sur les brisées d'aiitrui. Il coiislniisil de toutes pièces un nouveau modèle eu bois ([iii coûta vingt-cinq écus. Nous sommes loin des quatre mille cent qualre-vingt-qnatre écus qu'avait coûtés celui de San Gallo.

Le plan de Michel-Auge, tel qu'il est conservé ;\ la Fabrique de Sainll'ieire, eût donn»- à la basilique un caractère de grandeur iuqiosanle. Sans avoir les dimensions colossales des autres plans et même de la basi-

' Cniii, 11. |>, i;t:i.

- (ioiii, I, |,. aiir..

lique actuelle, celle de Michel-Ange eût produit uu plus majestueux effet. On peut dire qu'elle était toute dans la coupole; car la coupole gigantesque dessinée par l'artiste, accompagnée de quatre coupoles de moindre élévation, lui servant pour ainsi dire de marchepied, eût écrasé le spectateur par sa hauteur prodigieuse. Les bras de la croix grecque, d'égale proportion, d'une ligne sévère, ayant pour façade un simple portique de colonnes, comme celui du Panthéon, n'auraient servi qu'à la porter sans l'amoindrir en l'éloignant. Ce plan, grandiose dans son ensemble, pur dans ses lignes, austère dans ses ornements, était digne du génie de Michel-Ange : il est à jamais regrettable qu'on s'en soit écarté.

Ce n'est pas la faute de Paul III. Dans son Bref, approuvant hautement ce projet, il ordonne de n'y rien changer, rien ajouter, rien retrancher in perpefuis temporibus.

Avec Michel-Ange la construction de la Basilique marcha rapidement. Il choisit de bons ouvriers, surveilla lui-même la ((iialité des matériaux, voulant que la solidité de l'édifire fût irréprocliahlc. Il renforça à son tour les quatre piliers devant porter la coupole centrale, posa dessus cette admirable et gracieuse corniche qui fait le tour de la Basilique, bâtit les deux côtés de la nef transversale avec leurs absides et leurs autels. Au dehors, il remplace par du travertin le péperin que Bramante avait employé. II construit ces murs extérieurs ornés de niches, de pilastres, de chapiteaux, qui sont une merveille de Tint liiti'cture des temps modernes. On admire beaucoup l'intérieur de Saint-Pierre, mais peutêtre ne fait-on pas assez attention à l'extérieur : une promenade autour de la Basili(pie est une découverte.

Partout où il y avait à réformer les plans de ses prédécesseurs, Michel-Ange activa le travail. Il voulait, avant de mourir, tellement asseoir et hxer son œuvre, qu'il fût impossible de la dénaturer. C'était vraiment son œuvre à lui, et le grand vieillard y dévouait les dernières forces de son corps et les derniers éclairs de son génie.

Il fallut se décider à détruire encore une partie de la vieille Basilique et à séparer le reste du chantier de construction, de manière à laisser toute liberté au culte et à la dévotion des fidèles. Michel-Ange éleva en avant de la Confession un mur qui dérobait les travaux. Y avait-il une porte donnant accès à la Confession même, nous ne pouvons que le supposer. En tout cas, pour en indiquer la place, on suspendit à ce mur des lampes qui brûlaient devant le tombeau de saint Pierre. On transporta dans la partie réservée au culte les reliques des saints martyrs Processe etMartinien, de sainte Pétronille. de saint Ghrysostome, la célèbre statue de saint Pierre, les autels et les mausolées des papes. Puis les démolis-

LA BASILIQUF. VATICANE 217

seurs commencèrent de nouvelles ruines. Les oratoires de Sainte-Pétronille, de Saint-Michel, situés à gauche de la hasilique, et tant d'autres élevés par la piété des papes et des fidèles depuis mille ans, tombèrent sous les coups de pic. Il y eut moins de pillage, moins do dévastations que sous Bramante; mais, malgré tout, nombre infini de souvenirs précieux disparurent sans retour, et avec leurs autels antiques les saints perdirent le culte traditionnel que les fidèles étaient habitués à leur rendre. Avec les vieux murs, les vieilles dévotions tombent; c'est tout un passé qui entre dans l'oubli.

Au milieu de ces travaux, Paul III vint à mourir. Le grand honneur de ce pontife est d'avoir rendu justice à Michel-Ange; à ce titre, il méritait d'avoirson tombeau à la place d'honneur dans la Basilique. Il occupe, au fond de l'abside, la droite de la chaire de saint Pierre.

Michel -Ange perdait en lui un protecteur dévoué. Avec son successeur. Jules III, commence une série de déboires. Non pas que ce pontife lui lût contraire, mais il pn'ta une oreille trop complaisante aux accusations de la coterie sangallesquc. Il y avait quelques architectes ou entrepreneurs qui ne pardonnaient pas au grand homme de leur avoir enlevé, au détriment de leur bourse, la direction de Tédifice. Toute la tpaostion était là.

Sous Paul m, leurs murmures peu écoutés en haut lieu avaient effleuré Michel-Ange sans l'atteindre. Mais, à sa mort, il y eut une explosion de rancunes étoufîées, de colères longtemps concentrées. A les entendre, en modifiant le plan de San Gallo, l'architecte avait défiguré à jamais la construction de la basilique. Son œuvre était ridicule.

A l'époque de l'élection do Jules III, Michel-Ange achevait le bras de la noix du côté sud, où se trouve actuelleuient l'autel des saints Simon et Jude, lieu très [trobablc du crucifiomont de saint Pierre. Les murs étaient élevés, la grande abside et les trois hémicycles où .sont les autels terminés. Au-dessus des aulds il iivait ouveil trois Icuôtrcs, se disposant, poiii' donner une luiiiirre plus abondante, à en ouvrir trois autres audessus de la corniche. Comiuo il navait pas Ihaiiilude do dire ses projets, on crut, de bonne foi ou non, (ju'il n'y aurait que les trois fenêtres inférieures pour éclairer colle immense nef transversale. L'occasion do nuire à l'arcliitecte ('tait trop boiuie pour (pi'on n'en |trofit;\t pas. Iinmédiatonieut les San (lallo vont liouvor Jules 111, ol accusent Micliel-.\ugo do bàlir une li;isilii|iie s.ms liiinière. D'après leurs dires, c'en était l'ail do riionuein- (In |iiiiice des Ap(Mres. Son tem|ilo était man(|ué, le temps pcTdu, l'argent dissi{)é, les fidèles troinp('s, |o pape indigueinciit joué. L'accusation, sonlennc p.n les ciniinanx S.ihiali et C.rrvini. deviiil si

violente, que Jules III voulut en avoir le cœur net. Il réunit la commission de la Fabrique de Saint-Pierre, et cita Michel-Ange à comparaître devant lui.

C'était une faute, une concession dangereuse, qui dans le cas devenait odieuse, car les membres de la Fabrique de Saint- Pierre n'avaient pas pardonné à Michel-Ange leur exclusion, par Paul III, de la suprême direction des travaux. Ils étaient donc juges et parties. L'illustre vieillard se soumit. Il parut devant ses juges la tête haute, comme un accusé dont la conscience est en paix, l'honneur intact, la cause assurée.

Le pape se chargea du réquisitoire. Il développait longuement tous les griefs accumulés contre l'architecte, quand Michel-Ange l'interrompit vivement et lui dit : « Saint-Père, je voudrais entendre parler les accusateurs eux-mêmes, quels sont-ils? — C'est nous, riposta le cardinal Cervini. nous qui vous accusons de bàlir une basilique sans lunnère. — Monseigneur, reprit Michel-Ange, au-dessus des fenêtres déjà ouvertes je dois en percer trois autres. — Vous ne hdus l'avez jamais dit, » répondit aigrement le cardinal. Poussé à bout, et voulant en finir une bonne fois avec ces mesquines tracasseries de sacristie, Michel -Ange se redressa : « Monseigneur, répondit-il, je ne suis pas obligé et je ne veux pas être obligé de vous dire, pas plus à vous qu'à un autre, ce que je dois, ce que je veux faire. Votre office est de me donner de l'argent et de prendre garde aux voleurs. A moi seul l.i charge de faire et de diriger le pian de la Basilique. » Et, se tiunnant vers le pape, il ajouta : « Saint-Père, vous voyez ce (|ue je gagne à ce travail; si mes fatigues ne profitent pas à mon âme, je perds mon temps et mes forces. » Le pape, (jui en réalité l'aimait beaucoup, et n'était pas fâché de la verte correction qu'il venait d'administrer à ses ennemis, lui mit familièrement la main sur l'épaule, et lui dit : (f C'est bien, soyez sans crainte; vous gagnez beaucoup pour le temps et [)our réteruilé. »

N'est-il pas pénible de voir ce grand lionime siii' la sellette, jugé par des ignorants et des envieux? Il a\.iil lrioiii|ilM' cette l'ois et humilié ses adversaires : grief de plus. Micliel-.Vnge le coiiipril, et ci'aignant de nouvelles attaques, voulant finir ses jours en i»ai\, il demanda à Jules III la permission de se retirer à Florence. Jules III répondit par un Bref renouvelant toutes les louanges, toutes les appiobations, tous les pouvoirs concédés par Paul III. L'artiste, réconforté, se remit à l'œuvre avec courage.

Il ne s'occupait pas seulement, comme Bramante, des grandes lignes de l'architecture; tout Fintéressail, tout passait sous ses yeux, tout était sui\('ill('. L,i (|iialitr> {\r<. iiialériaux rin(piiélait vivement. Pas de coin-

LA BASILIQUE VATICAXE

promis, pas de pots-do -vin, quaml il s'agissait de son œuvre. Il était impitoyable pour les marchés fraudiiloux qui eu menaçaient la solidité. Il écrivait aux entrepreneurs des travaux : « Vous savez que j'ai dit à Balduccio de ne pas envoyer sa chaux si elle n'était pas bonne. Malgré cela il la envoyi'c mauvaise, tout eu «'tant sûr d'avoir à la reprendre, ce qui me lait suuprunner qu'il y a ime uiilenle avec l'i^tuvrier qui l'a

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l'iutl ili' iMiihil- AllKf

acce|»tée. Ces! l'aire im ^laiid plaisir à ceux rpie j'ai rliass('s du cliantier piiur sciiililalilc aciinii. (jiii a(cc|ili' de mauvais mali''iiau\ |inui' erlle eoushui'liDU, malien'' ma déi'euse. se d('(laie rami de mi's ennemis. 1! «loi! y avdir une Uduvelle loleiie. |,es |ir(imessi's. les immlinires, les prt'serjls corr()m|Miil la juslice. Je vous |irie dune, au unm de lanlorité tpie j'ai du pa|ie. de n acee|i|er au( uns mali'iiau\ qui ue -nient rouvonables, quand mèuie ils viendiaieul du riel... n

Celle li(>imi''le|(v er iji'siiili'ressemenl. si ciintraiics à lusaiie. ne dt'saimaieiil |i,is. tani s'en laiil la rnlciie des San (îalln : elle eul l'espérance du tiiomplie. .Iules III l'Ianl uinil \r eanliual (',ei'\ini. l'aecu^atenr aii(|uel Micliel-Au'!!' avail si iiidement Ici nu'' la iMinelir lu! l'Iii piiie sons le num

de Marcel IL C'était un ennemi. Heureusement, il mourut aprôs vingtdeux jours de pontificat. II eut pour successeur le cardinal Caraffa, Napolitain, qui prit le nom de Paul IV. Ce pontife amena avec lui un architecte, Pierre Ligorio, qui, voyant Michel-Ange très avancé en âge, — il avait quatre-vingt-un ans, — escompta sa mort prochaine et se crut déjà architecte en chef de la Basilique. L'illustre vieillard, d'une santé vigoureuse, trompa ses espérances; cette déception en fit un adversaire. Pierre Ligorio fit chorus avec les San Gallo, répétant partout, et surtout au pape, qui avait pour lui l'oreille très complaisante, que Michel-Ange tombait en enfance. Cette infamie le blessa cruellement.

Un accident malencontreux vint aggraver la situation. On faisait alors la belle voûte en berceau du transept où se trouve Lautel des saints Simon et Jude; Michel-Ange avait tracé le dessin, donné les mesures. Il arriva que l'entrepreneur, chargé de l'exécution, prit mal ses dimensions : on dut en démolir une partie. Ce fut un cri de victoire dans le camp ennemi. La preuve était faite: le pape ne pouvait plus laisser la direction de travaux si importants à un homme dont la tête n'était plus de force à les surveiller. Les accusations devinrent si violentes, que les amis de Michel-Ange s'en émurent. Au-dessus de ces basses intrigues, il paraissait ignorer l'orage qui s'amoncelait sur sa tète. Côme de Médicis, grand admirateur de son génie, lui fit écrire jiar un de ses familiers pour l'inviter à se retirer à Florence. Voici l'admirable réponse de Michel-Ange : « Je prends Dieu à témoin (jne c'est contre ma volonté, par force, que j'ai obéi au pape Paul III en acceptant, il y a dix ans, la construction de Saint- Pierie. Si les travaux avai(>nt été poussés depuis lors comme sous ce pontife, cette construction serait presque terminée, et je pourrais retourner à Florence; mais le manque d'argent fait traîner tout en longueur au moment où les choses sont plus difficiles. L'abandonner à un tel moment serait uik^ grande honte, et je croirais commettre une faute et perdre le fruit de tant de fatigues eiidiiives depuis dix ans pour l'amour de Dieu. Je vous dis ces choses en réponse à votre lettre, et parce que j'ai reçu une lettre du duc qui m'a bien surpris, tant Sa Seigneurie daigne me parler avec tendresse. J'en remercie Dieu et Son Excellence comme je puis. Je finis, car je perds toute mémoire et toute cervelle : écrire, du reste, n'est pas lunii métier. Mon but est de vous faire comprendre ce qui résulterait de mon départ et de l'abandon de cette construction. Ce serait faire plaisir à Ijcaiicoup de voleurs, être cause de sa ruine et peut-être la faire abandonner à tout jamais. »

Qu'admirer le plus dans cette lettre? Tout y est grand, 1(> sentiment chrétien comme le dévouement.

'fiiinbciiii lie .Mirliil- Anu<', |iiir Vnsarl. ( l''lorcin-<> , (S^'liw S«iiilc.C.ri)ix,)

Michel- Anjïe connaissait hii-n son entomvijie; il voiil.iit à tmit |iri.\. même au prix de son honneur et de son repos, sauvei' la Ijasilique de Saint-Pierre, menacée par les ambitions vaniteuses et intéressées des San Gallo. En restant à sou poste, la construction avani.ait, lentement sans doute, faute de ressources; mais elle avançait sûrement, suivant le plan que son génie avait tracé. Déjà la noi.v grecque était parfaitement dessinée, les ijnativ liras voûtés; sur 1rs [lilii-rs du centie on élevait le tamhmii i|iii (Icv.iil pnitcr la iuii|i(ile. Li's ennemis li's plus acliarnés ne pouvairiil i|ii,Hlmin r nialgi'é eux la hardiesse de cette conception, sans ces.ser toutefois d'attatjuer perfidement son auteur.

\ cette même ('[iiii|iir'. dans les premiers Joins du iionlilicat de l'aul IV. Michel-. \iiL:e eut à a|niilei à Imis ces ennuis du dehors une douleur [iliis intime (pu le touchait au cmmu-. Jlepuis vingt-six ans il avait à son service lui doujestique appelé Urhiuo. ipn lui ('lait eulièrenieul dévoué. Le maître se ri'tail allacli<' par ses hieidaits; mais, devenu lirhe. Jamais Uihino n'avait voulu le quiller; ils avaient porté en.semhle le poids des épreuves et des chagrins de la vie comme celui de la gloire, l'endant la dernière maladie d'Cihino, au [jIiis fort des attaipies malveillanles des San (lallo et des soucis sans cesse renai.ssanls ([ue lui causait la Basilique, Michel-Ange, ouhliant tout, le soigna lui-même mut et jour. La nuit, après une Journée de fatigues et souvent de chagrin, il se couchail tout lialiilji'' près de son fidèle serviieiu' pnui- lui donner ses soin.s, et Michel-Ange avait alors riuatre-viu.ullrnis ans. (Junj de [ijus loiiclianl qu(î de \uii' ce Lirand lionnne servir de garde-malade à son dome-sliipie!

Sa mort lui lui lellemeul pi'iiihle, qu'il ne jail s'en consiiler. Il écrivait ;i Vasari celle li'lire que nous reproduisons, tant pour faire connaitre son nohie ctt'iu- ipià raison de falhision qu'il y fait aux tiaca.sseries qui le poursuivaieiil loujuins, sans ('gard puur ses cheveux hlancs.

« Mou cliei- (ieorges. Je ne puis guère écrire; mais pour rè'pondre à

Xotic lelhi' |r Vous eUNdie ci'S ipielipies U|ols. \'oUS sa\e/ qu I lliiuo esl

iiioil. C'esl une inuui'Mse giàce de la |)ail de Ihen. mais, pour moi, un chagrin |iro|oud el nue douleui- iuliuie. La ^i;'ice de Dieu consisti' en ce que l'rhiuo vivaul me l'aisail \i\re. landis (pTen mourant il ma appris à niourii-, non pas ave<- (h'plaisir. mais |iluli"i| avec un grand (h'sir de la niorl. .le l'ai eu \iii;^l-six ans. el je l'ai trouvé d'iuii' lidéliti'' à joiile ('•preuve, chose rare eu ce monde. Iie\enu i ich(' par mes liienlails. J'espi'rais qu'il sérail le Làlon el le soutien ilc ma vieilh'.sse, et li' \oici parli. ne uie laissant que l'espoir de le revoir eu paradis. Dieu m'a iiiouln'' par la très hemvuse uxnl ipi'il a laile que. pour lui. la cho>e la plus pi'uihle

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en mourant était de me laisser en ce monde de traîtres, oi!i je n'ai que tristesses...'. »

II eut cependant, malgré les criailleries de ses adversaires, une grande consolation. Inquiet de l'âge avancé de Michel- Ange, craignant à juste titre de le voir disparaiti'e, sans qu'il eût donné à son œuvre lu dernière main, en jetant lui-même dans les airs la coupole qui devait couronner la Basilique, Paul IV fit les instances les plus vives pour qu'il exécutât un modèle détaillé, complet, de cette coupole. C'était lui donner une preuve évidente et publique du prix qu'il attachait à son projet. Le vieillard y consentit. Il fit dabord un modèle en terre, puis chargea un artiste, Giovanni Francese, de le reproduire en bois. Ce travail délicat dura plus d'un an; il existe encore.

Ce modèle excita l'enthousiasme universel; aucun ennemi n'osa, pour le moment, relever la tête. Les San Gallo cependant continuaient leurs perfides accusations. Pie IV, un Médicis, ayant succédé à Paul IV, les plaintes recommencèrent plus violentes que jamais. Elles furent inutiles, car le pape confirma Michel-Ange dans sa charge et le combla d'honnevus. Pour imposer silence à Pierre Ligorio, il lui donna connue consolation la direction de la construction du Belvédère. C'était peu. Ne pouvant obtenir la iiremière place à Saint-Pierre, cet architecte tenta d'avoir la seconde.

L'entrepreneur des travaux, César de Casteldurante, étant mort, Michel- Ange, de sa propre autorité, en vertu des pouvoirs qu'il tenait du pape^ mita sa place Luigi Gat'ta. on (pii il avait toute confiance. La coterie sangallesque ne l'entendit pas ainsi; elle lit tant près des connnissaires de la Fabriipie, (pi'ils choisirent de leur côté, à défaut de Pierre Ligorio, un certain Vanni de Baccio Bigio, leur créature, adversaire déclaré de Michel-Ange. C'était la guerre. Quand Gaëta se présenta au nom de Michel-Ange, on le mit à la porte. Le grand homme sentit vivement l'injure. Sans plus tarder, il va trouver Pie IV, lui raconte toutes les intrigues dont il est victime et lui donne sa démission. Pie IV la refusa, et, voulant connaître à fond la situation, il réunit à l'Ara-Cœli les commissaires de la Fabrique; et pour la seconde fois Michel-Ange, chargé d'années et de gloire, comparut devant ses juges. Le propre neveu de Pie IV fit uu rapport si élogieux et si impartial sur l'œuvre de Saint-Pierre, que les accusateurs furent accablés par l'évidence des faits. Il fut établi, démontré avec une telle clarté, que la Basilique était une merveille d'art et de solidité, que Pie IV, indigné, fit mettre les calomniateurs à la porte, con-

' Vasari, III, \k 177; Bologna, 1647.

I,A BASII.KJLi: VATICANE 225

firma de nouveau Michel-Ange dans sa charge, et défendit à qui que ce fût de s'occuper de la direction des travaux.

La victoire était complète; mais le glorieux artiste n'en jouit pas longtemps. Il avait quatre-vingt-neuf ans. D('j)uis dix-sept ans, il travaillait avec acharnement à cette œuvre qu'il voulait offrir à Dieu comme l'œuvre de sa dernière heure. Dieu semhle l'avoir acceptée, car il multiplia autour de lui pendant ces dix-sept ans les tristesses, les déboires, les persécutions capables de donner à son âme profondément chrétienne la suprême purification. Ses amis le [)rièrent de faire son testament. Il répondit simplement : « Je remets mon âme entre les mains de Dieu; je laisse mon corps à la terre et ma fortune à mes plus proches parents. Quand j'entrerai en agonie, rappelez-moi la pa.ssion de Jésus-Christ. «

Le 17 février \~ityï, il expira.

Mifhcl-Ange pouviiil niMinir: son (rMivre était assurée. La basilique de Saint -l'ii'ire n'attendait [)liis |iuiir avoir sa perfection, son coui'onncment suprême, ipii' la (•(jup(jle incomparable dont son génie avait tracé le plan, ilessim' les lignes, mesuré les prodigieuses dimensions. C'était potM' iMichel-Ange la teri'e ])romise; mais, comme Mo'ise, il dut la saluer de loin et se couchei- dans la totnhe sans que ses yeux aient contemplé ses splendeiM's.

Pas plus (|nc Nicolas V. pas plus ipic Jules II. Midirl-Ange n'a dans Saint-Pierre m mi IninlH au ni mie inscription. C'est peu, mais en réalité qu'en a-t-il besoin? I )e la ileinière assise des fondations jusqu'à la cioix de la coupole, toutes les pierres redisent son nom et chantent sa gloire.

RIBLIOGIIAPHIE

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Vasari, Vita di Miclielangelo Buonarulli; Iloina, 1740.

L A<:H KVKMKNI 1 1 I- I.A UASILUjLK

La mort ilc Miclu'l-Aiiyi' ouvrait hi |h)iIc à foules les aiiibitions. Si lourde ijue lût la succession, elle était ardemment convoitée; tous les architectes s'agitaient autour de la Basilique, assiégeaient le Vatican. Pie IV ne crut pas qu'im seul lionnne IVit < apahh; de remplacer Micliel- Ange ; il en juit deux : Pierre Ligorio, di)iil les intrigui's nous sont comuies, et Juctjues N'ignola. Défense absolue à tous les deux de changer en quoi que ce soit le plan de leur prédécesseia-. l'ierre Ligorio se soumit par l'orce; mais, dès que ct^ pontife fut mort, il présenta à son successeur saint Pie V de nouvelles modilications, croyant ([ue Pie V, j)lus occupé de la (iisripjiiie régulière et de la d('l'ense de l'Lglise contre les Turcs (pie des ciioses d'architecture, lui laisserait libre carrière. Sa vaniti' le perdit, (^e ])ontife, qui était un esprit supérieur, qui si- connaissait en hommes, démêla vite les véritaMes motifs dv ce changement. Il fut iuqiitoyable. Pierre Ligorio, <'assé de sa charge, ilut se retirer. De nnuveau ordre hit domii'' à Vignola, qui avait été plus piudeiit, de ne secarter sur aucun point du projet de Michel-Ange, .\liii délie plus sûr de la pensé-e lin maître. Pie \' a|ipela à linme Vasari, son disciple le plus aimé, pour appieiidre de sa bouche tous les détails de ce projet i-t les transmellie au chef de la |'",iliiii|iir de Sa i ni -Pii'ii i' . chargé- d'eu surveiller scrupuleusement l'exécution.

C'est toute rieiivre de Pie V dans la basili(pie Vaticane; car, malgré sa boime volonlé', il dut dépenser ses forces et ses ressources à la défense de kl chrétienté. Conunenl s'occuper de l'aciièvenient tlun temple malé-riil.

quand l'Église elle-même était menacée dans son existence et le siège de Pierre exposé à devenir le trône du sultan V Pie Y n'hésita pas à ralentir pour un moment la marche du travail, car la lutte qu'il soutenait était une lutte à mort; il s'agissait de savoir lequel resterait le maître de l'Europe, du Christ ou de Mahomet. Le Christ fut vainqueui-, et la bataille de Lépante sauva la chrétienté; elle sauva aussi la Jjasilique de Saint- Pierre. Pie V avait eu le grand méiite de protéger, par son inflexible volonté, les plans de Michel -Ange : il y ajouta, par la défaite des musulmans, l'honneur d'avoir rendu au Saint-Siège, comme à l'Église, la sécurité. Maintenant que les papes sont à l'abri du danger, ils vont hâter l'achèvement du temple de saint Pierre. Ce sera comme un monument d'actions de grâces au Dieu très l)on et très grand, et le témoignage Visible et perpétuel du triomphe du Christ et de son règne sur les âmes.

Grégoire XIII, successeur de saint Pie V (1572-1585), appela comme architecte Jacques délia Porta, Romain de naissance et architecte de premier ordre. La plus grande preuve qu'il donna de son talent fut de comprendre le plan de Michel-Ange et de s'y conformer. Après avoir mis la toiture de la grande nef transversale et de l'abside, il entreprit la construction de la chapelle Grégorienne, située dans le petit bras droit de la croix. Sa belle coupole, — une des deux accompagnant la coupole centrale, — .ses albâtres, ses mosaïques, ses pierres iirécieuses, en font une des plus riches de la Basilique. De chaque côté de l'autel, il pla(;a deux colonnes en marbre prises au temple de Romulus. Ce fut la première partie de la Basilique entièrement construite, décorée, livrée rui culte. Grégoire XUI plaça sur l'autel une très sainte image de la Vierge (|ui se trouvait auparavant au tombeau de Léon le Grand, sous le titre de la Madonna del Soccorso. De plus, il se souvint que Rome possédait les restes de saint Grégoire de Nazianze, l'illustre docteur, l'intrépide défenseur de la divinité du Christ. Ces restes précieux, transportés de Constantinople à Rome pru* des religieuses basiliennes fuyant la fureur des iconoclastes, avaient été conservés dans leur monastère au Campo Marzo. Le jtontife résolut d'eu enrichir sa chapelle et de doimer au défenseur de la foi catholicpie une sépulture honorable près du tombeau de saint Pierre. Les religieuses bénédictines, qui avaient succédé aux basiliennes, tentèrent vainement de garder leur trésor; il fallut obéir et le céder. Après des fêtes splendides, le 11 juin 1580, Grégoire XIII déposait lui-même les restes de saint Grégoire de Nazianze sous l'autel (|ui lui fut consacré.

Llunirc approchait de jeter dans les airs la coupole de Saint-Pierre. Tout était prêt; le tambour (jui devait lu porter, élevé par Michel-Ange

lui-même, attendait son couronnement. Ce travail gigantesque demandait deux hommes : un pape assez hardi pour l'entreprendre, un architecte assez hahile pour l'exécuter. La Providence donna l'un et l'autre, l'ordre de Saint- François fournit le pape.

C'était un petit berger de la marche dAncùne, du nom de Peretti. Jusfpi'à l'âge de douze ans il garda les troui)eaux, puis se fit franciscain. De fortes études, une intelligence d'élite, une volonté tenace, une profonde

Tombenu de Grdgoirt' \MI, |>iii- ltUM!uni.

connaissance des lidinmes et des choses, le coiuluis'ucnl aux pins liantes dignités. Successive Mil 'lit vicaiic général de son ordre (''vriiuc de Sainte- Agathe, cardinal , il lui l'Iii |ia|ir à la nmil de ( irégoirc .Mil <■[ |i|-it le nom de Sixte-Quint.

Il l'Iail li;iliss(iii iiit'atigahlc. MalheiireustMneiit. pour hàtir. il dut be;iii(t»up di'truirc, et piMit-ètie pourrait -on lui reprocher la disparition do véiié'rahles et antiipies inoMiniients ipii ne trouvèrent pas grâce à ses yeux. ('.(! (pi'il voulait devait être e.vécuté sur llieuie. Il avait toutes les violences et toutes les impatiences de Jides 11. Seul mi lioiiime de cette li'eiiipe l'Iail rapiMi' i|V'|i\er la coupole de Saint - 1 'ieire. Il fallait île

l'audace dans la pensée, de la fermeté dans la volonté et de l'argent dans sa bourse. Sixte- Quint en était pourvu.

Cependant, avant d'entreprendre les travaux de la coupole, il voulut, pour ainsi dire, essayer son génie par une œuvre colossale qui se rattache trop à notre sujet pour que nous négligions de la rapporter.

Depuis l'époque néronienne, un témoin des combats des chrétiens et du martyre même de saint Pierre était resté debout, gardé par la Providence. C'était l'obélisque élevé sur le centre de la spina du cirque de Néron. Presque tous ses frères, ces géants sortis des entrailles de la terre d'Egypte, avaient été couchés dans la poussière par la hache des Barbares. Seul il se dressait comme un phare indicateur à côté de la basilique Constantinienne. Ce coin retiré lui valut sans doute d'être oublié par les pillards et ménagé par les papes, qui durent en abattre quelques-uns pour couper court aux pratiques superstitieuses dont ils étaient l'objet. La plupart, en effet, étaient consacrés au soleil, et les chrétiens avaient une tendance à leur témoigner une certaine vénération.

Le peuple, et avec lui tous les érudits jusqu'au temps de Sixte-Quint, pensaient que Caligula avait enfermé dans la boule qui surmontait l'obélisque du Vatican les cendres de Jules César. L'auteur du livre de Mirabilibns urbifi Romse écrit : « Près de là se trouve le monument de César, l'obélisque où ses cendres reposent dans leur sarcophage, c'est-à-dire la pomme d'or. De même que de son vivant le monde entier hii était soumis. d(^ même après sa mort tous les corps des autres défunts lui sont inférieurs. Autour de cette pomme d'or se lit cette inscription : « Il était « aussi grand que le monde, et maintenant cette petite urne le contient. » Malheureusement ces témoisnaues cronlèi(Mit devant l'examen de cette pomme d'or : elle n'était pas creuse.

Pour l'Église, cet obt'Iisque était une relique. Témoin du martyre des premiers chrétiens, témoin du in;irtyre et de la sépulture do saint Pierre, n'était-il pas juste qu'il fût ti'nioin de leur gloire et portât haut dans le ciel la croix dont il avait vu les premiers triomphes? La pens('e de transporter lobélisque hantait depuis longtemps l'esprit de Sixte-Quint. N'étant que cardinal, il avait coutume, à chaque visite à Saint-Pierre, d'aller le contempler, l'épétant volontiers ((ue s'il devenait pape il le placerait devant la Basili(iue. A peine élu, il tint parole. La Basilique allait s'achever, le projet d'élever la coupole était arrêté dans son esprit; c'était l'heure d'miir ilaiis un même triomphe l'humiliation du passé et la gloire du pi'ésent.

Au premier mot qu'il en dit. il y eut une explosion de surprise et de doute ironique. C'est que l'entreprise ne manquait pas de difficultés. Le

poids (le l'obélisque était évalué à neuf cent soixante-trois mille livres lomaines, soit à peu près trois cent vingt-sept mille kilo^trammes. De plus, par suite de l'exliaussement successif du sol amljiant. il était aux trois quarts enterré. Le transport d'une telle niasse semblait impossible. De grands architectes, des papes entreprenants, comme Paul III. Jules II et Grégoire XIII, avaient reculé.

Sixto-Quint ne reculait jamais.

Il convoqua à Rome les architectes du iiKimlc entier. Plus de cinq cents

S.'iinl-l'ii-r ri- ;i I .ix. iMiiMur iir Si\rf-(lliiiit.

accounii riil , laïcs et religieux, cluicuii .ivrc ses dessins, .>^nii |irtijel, son invention. Les imaginations, il laiit l'avouer, avaient jtius tiav.iilh' que les esprits. Certains ])rqjotsétai(iil r,iiitasli(|ues. Les uns voulaient If transport en pied, deboul. à cause de la «liriiculté' de redresser robi'listiuf si on le l'ciiversait; dautiTs. ni en pied ni renversi', mais soulcmcnl inclini'. Les uns molliraient le moyen de le soidever comme sur le plaleau (Tune balance; les autres pn''conisaient des systèmes divers de vis et de idiies. Il y en avait piMU' tous les goûts. Tn seul, et iinii des moins habiles, Ammanati. de Florence, demanda un an de réllexion :

« Un an! Ini dit rimpatieiil |Minlil'e. Allez-vous-en. ce n"esl pas pnur vous! »

Cependant, au milieu de c<' fohu-bolm de plans (>t <rinvenli(>ns plus ou moins bmles(|ues, un (('•lèbre nrchilecte nmiain. l'onLuia. montra un modèle en bois de mécanisme très simple. .\ linlérieur il'mi l'cbataudage

était un obélisque en plomb, proportionné à la force des cordages et autres instruments nécessaires pour le soulever. Fontana fit manœuvrer son système devant la commission chargée de l'examen des projets. Elle l'accepta; mais, craignant que Fontana, encore assez jeune, ne fit quelque étourderie, elle lui adjoignit d'office deux collègues plus âgés, Ammanati, de Florence, et Jacques délia Porta, l'architecte en chef de la Basilique.

Fontana, humilié, s'en plaignit à Sixte-Quint. Il avait quarante ans, âge raisonnable, disait-il, où l'esprit a toute sa vigueur bien plus qu'à soixante ans. Il eut gain de cause et demeura seul chargé de l'opération.

C'était plaisir, en ce temps-là, d'avoir à exécuter un travail pour le pape, quand le pape était content. Nous en avons pour preuve la célèbre bulle datée de Saint -Marc, le 5 octobre 1585, par laquelle Sixte donne à son architecte les droits les plus extraordinaires :

Droit de réquisitionner, bon gi'é, mal gré, tous les ouvriers dont il avait besoin, avec leurs outils et instruments.

Droit de prendre, à son usage, toutes les poutres et toutes les planches ([u'il Iniiivcr.iil.

Droit de couper des arbres dans les propriétés de la fabrique de Saint- Pierre, du Cli.ipitre, de l'hospice du Saint-Esprit, in Sassia de la Chambre apostolique, sans aucune rétribution.

Droit tle pacage pour toutes les bètes employc'es aux travaux sur tous les terrains, sauf indemnité.

Droit de franchise de douane et gabelle.

Droit d'exiger les vivres nécessaires aux ouvriers et aux bêtes, sauf payement convenable.

Droit d'exproprier, aux alentours de la place Saint-Pierre, toutes les maisons qui gêneraient les travaux, sauf indemnité.

En outre, obligation aux entrepreneurs du chantier de la Basilique de débarrasser la place au plus vite, afin que l'on {)uisse commencer les fondations préparatoires au transport de l'obélisque.

Ainsi armé, Fontana pouvait se mettre à l'œuvre.

Dès le 28 avril 1586, t^us les matériaux étaient réunis, les grues placées en ordre, le château qui entourait l'obélisque pour le soulever, dressé. L'opération fut fixée au surlendemain, ,30 avril. Le matin, deux heures avant le lever du soleil, on célébra deux messes en Thonneur du Saint-Esprit, et tous, entrepreneurs, ouvriers, charretiers, Fontana en tête, reçurent la sainte communion. Il ne s'agissait pas uniquement, en effet, de soulever et de transporter un obélisque; il s'agissait d'élever un piédestal à la croix de Jésus-Christ et de glorilicr le prince des Apôtres.

CiHail mi aclt; de loi. Si\tu-(Juiut, non moins ému que les autres, avait envoyé ses bénédictions.

La journée était belle, la foule immense. Les cardinaux, les amba.ssadeurs, les patriciens, 'ous les personnages de distinction étaient accourus; des grappes humaines pendaient de tous les toits. A l'instant snpréme, les ouvriers étant à leurs places, Fontana lit mettre genou terre, dire un Pater et im Ave; puis la Itoiiipctli' doiiiia le signal. Alors, sous l'ulTort

Sixtu-(Juirit , ilnpi-és une gravure ilu mm viviiiil.

des (piaraiito grues, des iiml cnnts ouvriers, des soixante-quinze chevaux, il s(! fit comme un licmlilcmcnt (|i> ferre, un craquement Ibrmi- (lahle : l'oliéliscpin était en l'air. Il y cul mie explosion d'enthousiasme; toutes les bombardes du château Saint-Ange éclatèrent, aimonçaiit à la ville le |ii('iiiiei' succès de l'entreprise. Il en lallail un .secMud, le principal et le plus dil'licile.

La mise en [ijace de l'obélisipu; fut lixée au merciedi M sc|i|ciiiliie. Entre lciiq)s, il avait éli' lianspuih' sin- la place Sainl-Pici-re, à côté' du I)iédeslal (pii devait le recevoir, le mi'iue qui le portait autrefois dans le circpie de Nc'tom.

I,e matin iln |() seplemhre, citinme punr le .soiilèvcmeni , ileu\ mes.ses en i'Iionncm du Saint-Kspril lurent célébrées dans l'église de Sainle-Mar-

tine, et tous les ouvriers reçurent la sainte communion. Sixte-Quint luimême, entouré des cardinaux, voulut présider la manœuvre. Une foule immense encombrait la place, silencieuse, car il y avait peine de mort portée par le pontife contre quiconque parlerait. Et l'on savait que le terrible vieillard ne plaisantait jamais. On n'entendait (|ue le bruit des grues, des cabestans et des leviers, le piaffement des chevaux, les commandements brefs des chefs. Au signal de Fontana, l'obélisque se levait lentement, quand tout à coup, au milieu du silence, un cri retentit : « De l'eau aux cordes! » Le frottement allait les mettre en feu. On les mouilla rapidement, et l'obélisque, un instant suspendu, s'abaissa majestueusement sur le piédestal.

C'était fait. Un tonnerre d'applaudissements le salua. Enlevé par la foule, Fontana fut porté en triomphe... En cas d'insuccès, des chevaux l'attendaient à la Porta -An gelica pour lui permettre de fuir à la hâte la colère de Sixte-Quint. Ils furent inutiles. Sixte-Quint était radieux. Il donna à Fontana les insignes de l'Éperon dor. quinze mille écus de gratification, tout le matériel, évalué à vingt mille écus, une pension viagère de deux mille écus et dix mille écus équivalant nu traitement de dix chevaliers de Lorette.

Un homme cependant avait encouru la peine de mort en rompant le silence; il est vrai que son cri avait tout sauvé. C'était un jeune marin de la rivière de Gènes appelé Bresca. Au lieu de le punir, Sixte-Quint voulut le récompenser. Il lui demanda ce (pi'il di'sii-ail. Sa réponse fut des plus humbles. Il sollicita pour lui et ses descendants li' privilège de fournir les palmes nécessaires au Vatican, pctur la (-érémonio du dimanche des Rameaux. Aujourd'hui encore, ces palmes sont envoyées par la famille de Bresca. qui habite Hordighera, j)rès de San-Remo.

Plusieurs auteurs traitent de légende la peine de mort portée jtar Sixte-Quint. A la vérité, Fontana', dans son mémoire sur le ti'anspoii de robélis(jue, ne parle que de peines sévères contre tous ceux ipii auraient a parlé, craché, toussé bruyamuicul », sans rien dire de l'incident Bresca. Cet incident n'était pas entièrcnicnl à sa louange puisque son inallcnlion aux cordes allait l'air(> échoun- IViitieprise et briser l'obélisque: il n'est pas étonnant qu'il le passe sous silence et n'insiste pas sur les prohibitions du pape. Prohibitions, du reste, parfaitemeni en rapport avec le caractère de Sixte-Quinl. f(ui n'hésitait jamais à faire pendre un criminel. Les brigands de la province romaine en ont su quehpie chose. La jteine do mort, dans le cas, peut paraître excessive; mais, en réfléchissan I . il faut

' Cr. Fontiiii:!, délia Trasportaziniie ilelV Ûhelisco Vaticano; Ronia, 1590.

LA BASIMQLF. VATICANE 235

liieii s'avouer que \r trouble de l;i multitude aurait pu déranger la manœuvre et faire tuer une quantité d'ouvriers. Cette menace protégeait leurs vies'.

fl restait à consacrer l'obélisque de Néron à la gloire de Jésus-Christ. Le vendredi 27 septembre, alors que les échafaudages étaient en partie retirés, on procéda à sa bénédiction solennelle. Une mes-^e en Thonneur de la sainte Croix fut célébrée flans la Hasilique, à l'autel du Crucifix; puis le clergé de Saint-Pierre, ayant à sa tête Mif Ferratini, évêque d'Amaglia, se rendit sur la place, au pied de l'obélisque. L'évèque l'aspergea trois fois d'eau bénite, en récitant les prières de l'exorcisme, et avec un couteau il grava sur chaque face le signe de la croix. Cette cérémonie terminée, il bénit une croix de bronze qu'un diacre, aidé de quelques clercs, fixa sur le sommet, pendant (jue l'assistance prosternée chantait le Vcxilhi Régis. Plus tard, en 1740, quand on répara cette croix de bronze, sous le pontifical de Clément XI 1, on y enferma une parcelle de la vraie croix, d'où l'usage de saluer l'obéliscfue en passant sur la place Saint-Pierre.

Le soulèvemeiil. le transport. \r dressage de l'obélisque, coûtèrent au ti'ésor j)ontifiral livntc-sept mille neuf cent soixante-quinze écus de nioniiiiii' roiu.iiut', soit à peu près deux cent cinq mille francs.

Lobélisque appelait la coupole; Sixte-Quint trouva dans Jacques della Porla un architecte aussi ardent et aussi impatient que lui. T.e projet de .Michel-Ange lut scrupuleusenienl étudié. Le grand artiste avait eu sous les yeux, jtour dessiner sa coupole, deux modèles dilVi'ieiits : Sainte-Marielirs-l-'liMu-s, à h'Iorence, et le Panthéon, à Rome. La coupole de Sainte- M.uic-des-Fleurs, œuvre de Brunelleschi. lui parut avoir une forme |iniiituc, {K'u gracieuse au dehors, tandis que celle du P.imIIk'ou, à l'opposé, dilatanl sa largeur, semble s'affaisser sur sa propre immensité. Il prit un iiioycii terme et ado|)ta pour la coupole de Saint-Pierre, la forme du pleiu liutic, ((iM |)arait aux iuconvénients des deux autres. Jacques della l'iirta crut bon de uioditier qiielipie peu la ]>ensée du maitre, en choisissant la tonne elliptiipie. dont les courbures gracieuses doimaient au dessin de Miclic|-.\uge sa deruièrc pertecliou. Si\te-(Juiul u'i'tait pas homme à laisser luodilicr le |i|;iu de Mielni-Ange .sans juger par lui-même cette iinio\aliciii. ,\\.nit de monter l'œuvre, il voidut quelle tVil dessinée à peu pivs (l.iiissa graudcui' ualurelle. Tl s'agi.ssait de lidiiver nu local suffisant. c.ir le |i|,ui de la coupole de Saiul-Piei-re. dans toute sa dimension, dehi.iud;iil lin inuiieiisi^ espaciv Sainl-Paul-lioi's-les-Mui"s v poniTuf; et

' Ce linnlilV a laissi'- une tcllr r(''|iiil.ili(m de si''Vi'>riU' iiii|il.-icnl>l(>, i|ii'niiiouril'liiii l'iirori' . à Home, <|ii:iiiil 1rs i'iil';iiils |iliiiriiit, 1rs iiii'ii's les iiiniacrnl clii a |ki|i:i Si.stii ■. ("l'csl li- riin|uiMnil.iinc

>lr li..

c'est sur le pavé de cette basilique que fut tracée pour la première fois la forme de la coupole actuelle. Sixte-Quint daigna s'en dire satisfait. Mais il était plus facile de dessiner les courbes de la coupole par terre que de la jeter dans les airs. Les plans arrt'tés, le projet approuvé, les ordres donnés, il fallait agir.

Pour élever la colonne Ti^ajane, on appuya ses assises successives contre la pointe du Quirinal, dont elle marque la hauteur; pour le Panthéon, on remplit le vide que la coupole devait couvrir, et sur cette montagne tassée, durcie, on la posa comme un couvercle. Il eût été difficile à Jacques délia Porta d'élever un tas de terre de hauteur suffisante pour asseoir la coupole de Saint-Pierre. Autant eût-il valu déplacer le Soracte. Il se souvint de Brunelleschi. Cet architecte, cité devant la commission chargée de surveiller les travaux du dôme de Florence, prétendit monter la coupole avec des échafaudages. On le mit à la porte comme un fou, ce qui ne fempêcha pas de réussir.

Jacques délia Porta eut la même audace. Au-dessus des quatre angles de la croix, autoui- du unir formant le tambour, il drossa de prodigieux échafaudages en bois, et le IG juillet ir)88 il conmiença les opérations. Vingt-deux mois après, le 24 mai 1590, la coupole de Saint-Pierre était terminée, moins la lauteruo. Ces quelques mois avaient suffi pour susvpendre au-dessus du tonibcïau du prince des Apôtres, à une hauteur de plus de cent mètres, un dôme de travertin. Mais Sixte-Quint avait mis à la disposition de farchitecte six cents ouvriers et tout le trésor pontifical.

On eût dit que le vieux pontife attendait ce glorieux événement pour mourir. Deux mois après il expirait.

Sa mort n'aiTèta pas les travaux. Dans l'espace de sept mois, Jacques délia Porta termina la lanterne et plaça la boule qui porte la croix.

Trois papes, Urbain VII, Grégoire XIV et Innocent IX passèrent trop rapidement sur le siège de saint Pierre, — en moins de deux ans, — pour avoir le temps de continuer les travaux. L'honneur en revint à Clément VIII. Par ses ordres, Jacques délia Porta couvrit la coupole, à l'extérieur> de lames de plomi), et la décora à l'intérieur de riches ornements en stuc. Et se souvenant, — exemple assez raie, — que cette œuvre incomparable avait été menée à bonne fin par son prédécesseur Sixte-Quint, ce pontife lit graver sur la base de la lanterne cette inscription : Sandi PpM glorias Sixbis PP. V. anno MDXC. — Pontif. Vo. — C'était un juste hommage rendu à l'intrépidité de Sixie-Quint.

De plus, Clément VIII construisit dans le petit transept gauche, en face de la chapelle Grégorienne, une nouvelle chapelle dans le même style, avec la même richesse, qui s'appelle, de son nom, la chapelle Clémentine. Sous

LA BASILIOUE VATICAN'E

laulel, P.nil V (l(îpo.sa plus tard les restes précieux de saint Grégoire le Grand. De cette sorte, deux des plus célèbres pontifes de l'Église grecque et de l'Église latine veillent, comme les chérubins de l'Arche, sur le tombeau de saint Pierre.

A Cléiiiont VUl on doit encore le pavé de marbre élevé de trois mètres au-de.ssus du niveau de la basilique Constantinienne; l'autel papal, dont la table en marbre blanc, trouvée au forum Nerva, fut consacrée par lui

Coupole (le Suinl-I'ieriu, vue des juriliiis «lu Vatican.

\r. 'je» jiiilicl 1504, et les décorations en stuc (jui ornent les voûtes. 1! eut le bonlioiir de placer au-dessus de la coupole la croix du Sauveur.

Ce lui mic lirlli' jiiiirnée.

Cléiiiciil VU! choisit pour cette solennité le 18 novembre 1593, joiuanniversaire de la ((nisiMiatioii de la première basilique par saint Silvestre. Accompagne'- des (juatre caidiiiaiix ( !(''sii.ilili. Toledn, Piotro et Senzii) Aldobrandini, si^s neveux, il deseendil à la liasi!i(|iie Vaticane, i»u il fui reçu par le Cliapitre et une l'oide inunense. Il [«'Mit, dans la chapelle (irégorieniie, deu.\ cassettes en ploiidi que; l'on devait renl'ernier dans les liras de la croix. L'une confenaif une paiceile de la vraie croix et des lelhiues des saints .\|)ntres Audri' et .laecpies le Majeur et des saints papes et niartyrs CliMueut . C.alixle et Sixle; l'autre, sept Aynus Ihu. Puis il Im'imI et encensa la croix elle-un'iue. Comme il fallait du tenqis pour la monter au haut lii' la cou|iole et la consolider, des ouvriers l'iucnt chargés dt> la

238 SAINT-lMEKIiE DE lîdME

besogne. Quand lu croix apparut au-dessus de la lanterne, dominant comme un glorieux étendard la Basilique et la Ville éternelle, elle fut saluée par les applaudissements de la foule et le chant du Te Deum.

Jacques délia Porta, justement fier de l'œuvre gigantesque qu'il venait d'accomplir, mit ses armes sur les murs de la lanterne.

Jusqu'ici, la pensée de Michel-Ange avait été scrupuleusement respectée : il restait à construire sur le devant de la Basili(]ue un portique semblable à celui du Panthéon, qui lui eût donné son caractère le plus grandiose, en laissant, au premier plan, la coujjole accabler le spectateur de son immensité. Saint-Pierre n'aurait pas été, d"après ce projet, la plus grande basilique du monde ; il en eût été la plus belle.

Malheureusement, les dépositaires de la pensée du gi"and liomme disparaissaient les uns après les autres. Jacques délia Porta mourut en 1604, sous le pontificat de Clément VIII. C'était un grand amateur de bonne chère. Se trouvant à Frascati, pour visiter les travaux du belvédère que lui avait commandé le cardinal Pierre Aldobrandini. il but plus *[ne de raison et absorba une quantité énorme de melon. Au retour, dans le carrosse du cardinal, il fut indis[)osé et n'osa pas avouer son malaise. La voiture le secoua tellement, qu'il étouffa, aux portes de Rome, âgé de soixante-cinq ans.

Le 16 mai 1605 montait sur le siège de saint Pierre le cardinal Camille Borghèse, qui prit le nom de Paul V. A lui était réservé l'honneur de terminer l'œuvre de Jules 11. Un accident hâta sa décision. Un jour que l'on célébrait la messe dans la partie réservée de la vieille basilique, à l'autel de la Vierge dite délia Colonna, un bout de corniche se détacha et tomba sur le pavé, au grand effroi des assistants. Il n'y eut aucune victime; mais la peur, ce coup de fouet des esprits indécis, précipita les résolutions du pape. II craignit une catastrophe comme à Parme, où récemment une tour s'était écroulée, ensevelissant de nombreuses victimes sous ses ruines. Les architectes visitèrent avec soin les murs et le toit des vieilles nefs encore debout. Ils constatèrent que les murs avaient subi un écartement considérable. Il fallaitse hâter. Le 17 septembre 1605, Paul V réunit le consistoire et déclai-a aux cardinaux sa ferme résolution d'achever la basiliiiue Valicane. L'assentiment fut unanime. Seul, le jilan fut discuté.

11 y avait aussi une question préalable. Les cinq nefs de la basilique Constantinienne avaient encore assez d'étendue : onze colonnes de front et deux piliers; des peintures, des mosaïques, des sculptures, des autels, des tombeaux entassés un peu partout les décoraient. Avant de démolir, on eut la bonne pensée de prendi^e le dessin de ces vénérables souvenirs; et, de i)lus, pour éviter la destruction, il fut décidé que tout serait trans-

LA liASUJOLE VATICANE

porté dans les grottes vaticanes. Revanche malheureusement trop tardive des dévastations de Bramante.

Ce fut un branle-bas général de saints, d'autels, de tombeaux, qui, les uns sous [evm, dans les grottes, les autres dans la nouvelle basilique, furent mis en lionnour ou dans l'oubli. On lit un choix : les corps des saints ornèrent les autels; ceux du connnun, quelques-uns exceptés, furent relégués ilaiis les grottes. Boniface IX, Nicolas V, Urbain VI, Innocent VII. Iiiiiocnil IX. Marci-I II. (iréguin; V et t;int (i.iiitres,

CoUpult' du i'UIltllL'Ull.

accompagnés de cardinaux, de prélats, de ciianitines dont les monuments superbes, les ('-pitaplifs li iiniipli.iMtfS aviiicnt prr|iétiié longtemps la mémoire et ébloui les i»èlerins, prirent modestement le chemin de la crypte. C'était mourir une ijcuxième fois. Nous retrouverons plus loin les saints dont les vieux o-ssements ou la poussière ret;urent de udiivt'aux honneurs : poui- eux, c'était rcvivir.

Le 18 lévritT 1 (■)(!( ■(, mercredi des Ccndics. I;i iliMinililidii riiiiiinciici , les ouvriers atta(pièrenl d'abord la partie du toit ipii cduvrail la taeade. Ils descendirent la croix de marbre (pii la dominait, croix vénérable entre toutes, posi'e par Silvestre et Constantin, connue un signe éclatant ihi triomphe du ciuistianisme. Sur le sorte on lisait, t'erit <-n lettres grecques, ce nom : Aijrippini'.

Le socle de la slalue de la mère de Nt-nm poitait la eroix ilii Christ.

340 SAINT-PIEURE DE KOME

Puis les tuiles, les poutres, tombèrent sous la hache. Il y en avait de tous les siècles, de tous les papes : tuiles au nom de Grégoire XIII, de Pie V, d'Innocent II, d'Alexandre III, d'Honorius I, de Théodoric le Grand et de Constanlin lui-même. Les poutres, taillées dans les forêts des Abruzzes par les ordres de Grégoire le Grand et de ses successeurs, étaient énormes. L'une d'elles, remontant à Constantin dont elle portait la marque, avait des dimensions colossales. Beaucoup de ces poutres, trouvées en bon état, furent employées au toit du palais Borghése. D'autres servirent à faire les portes de la Basilique.

Le 26 mars, la pioche attaqua les murs et mit à découvert les antiques fondations du cirque de Néron. Une à une les colonnes élevées par Constantin disparurent, colonnes précieuses en violet africain, en porta santa, (pii furent conservées et décorent aujourd'hui l'cnirér du i)ortique. Sur l'une était sculpté le portrait de l'empereur Adrien; elle provenait, à n'en pas douter, de son mausolée. On la brisa maladroitement en voulant la restaurer. La neuvième colonne, jjivs de la Confession, à droite, portait cette inscrijjtion : Luc. M. CC.. LVIIII in Chr., que Bosio lut en ce sens : « Lieu des deux cent cimpiante-neuf martyrs dans le Christ ». Sous la base de cette colonne on trouva uii caveau orné de plaques de marbre; celle du fond, en poiphyre, élnit couverte des cendres de ces martyrs, — peutêtre ceux qui hucni brûlés vifs i)ar ordre de Néron.

Kt les démolitions continuèrent. Après U' loit. les murs; après les murs, les colonnades; aj)rès les colonnades, la chapelle du chœur élevée par Sixte IV. La dernière messe v lut ch;uit('e \y.\v Mil'" Mario Altieri, le 15 novembre 1009, au milieu dune foule iuuuense. Le monument en bronze de Sixte IV fut ouvert, et l'on retrouva le corps de ce pontife vêtu d'une chasuble en brocart d'or et du ]»alliuui. mitre en tête et chaussé de sandales ornées d'iuu' croix. Il avait au doigt un riche anneau qui fut donné à la sacristie. ( »n ouvrit ('galenieut le tombeau de Jules II, son neveu, qui avait été profané et j)illé, comme nous l'avons déjà dit, par les soldats du Connétable. Ses ossements furent léuius à ceux de son oncle, dans le même sarcophage.

La basilique Conslantinienne avait vécu. Il n'en restait jibis rien, pas même le campanile, pas même le palais de l'archiprêtre, tout avait disparu; la place était nette.

Pendant cette période de ruines, de 1G05 à KVIO, une grosse question agita les esprits : Fallait-il s'en tenir strictement au pliin de Michel-Ange? D'après ce plan, il ne restait plus qu'à prolonger le pied de lu croix grecque et à élever la façade. On hésita, c(> qui était déjà une laule. La commission de la Fabrique fit de nouveau appel aux architectes. Il y eut

LA liASII.IQL'E VATICANE

une pluie de jnojets, dont la pimiart furent écartés sans examen. Sur les liiiit qui eurent les honneurs d'une discussion, celui de Carlo Maderno obtint la préféi'ence. Dès i;i prciiiii"ie heure, cet architecte ne pensa pas à translornicr la croix grecrpie en croix latine. Il usa d'un moyen terme rpii, sans détniiie l'œuvre du niaitre, devait la déformer singulièrement. D'après le modèle qu'il fit exécuter, il gardait la croix giecque, mais il la flanquail de plusieurs chapelles: cha{)elle du Saint-Sacrement, chapelle du cliœur, sacristie du chapitre, sacristie des pénitenciers, œuvres para-

Coupolo <li' Sainli"-.Miiiii'-ilPs-KIPiir«, à Floronci'.

sites, iiiiilgrè leur iililili', (|iii lirisiiicul riiarmonie drs lignes et cii dctriiisaiciil le graiidiosf ell'cl.

Le S mars 1(i()7, ou creusa les iuiidatioiis du côté de la chapelle aetuelle du S.iiiil-Saereinent. el. le 7 mai, le cardinal pAangelisfa l^allotta. arcliiprèlre (le l.i li,isili(|iie. pusa Milciiiicllcinciil la première pienc des iiduvelles consli'uctioiis. Elles fui-enl hieiiliM Intel lomitues.

l'aid \'. (|iii leiiail an pl.ni de Michel-Ange, était tiraillé dans ti>us les sens. ()ii (liscniail anlcinr de Ini. non sans amertume, les inconvénients de ce plan. Caidiiiaiix, chanoines, architectes, semaieni dans le peuple leurs idées nouvelles el li'ichaient de soulever l'opinion Ils réussirent. A l'orce de irilii|nev. il |.,irHl à tons, même an pape, cpu' la croix grecque, par ses dimensions leslreinles, — si l'on peiil user de telles ex|tr('ssiiins en l'ace dim pi'ojel (|Mi donnait anx qnalre lii;i> dr la ltasili(|ne une longuem-

de cent trente-quatre mètres, celle du dôme de Milan, — no pourrait suffire ni aux nécessités du culte ni au déploiement des cérémonies pontilicales. Les mystiques s'en mêlèrent et triomphèrent des dernières hésitations de Paul V. La démolition du reste de la basilique Constantinienne laissait à découvert une grande partie de son emplacement. Comment profaner un terrain sanctifié par tant de prières? Ordre fut donné à Carlo Maderno de faire un nouveau plan , le plan définitif. Cet architecte, pressé comme Bramante et heureux d'agir à sa guise, traça rapidement, sans l'avoir suffisamment étudié, un dessin de croix latine et de façade qui fut approuvé.

La belle ordonnance de l'œuvre de Michel-Ange était à jamais détruite.

Pour former le pied de la croix latine, on prolongea la nef centrale de trois travées, en l'accompagnant de deux nefs latérales, plus étroites et i»lus basses, donnant accès à de petites chapelles. Les travaux furent menés rapidement. Le 15 juillet 1608. les chanoines Luigi Rinaldini, Bernai'dino Paolini, Camillo Breni et Paride Pallotta, posèrent la première pierre de la façade. Elle était terminée dans son gros œuvre le 16 mai 1612, jour où le peuple romain ]inl lire pour la première fois Finscription suivante, tracée sur son front : la honorem Principix Ajjostolorinn Pendus V. Burghesms Romanus Pont. Max. ann. MDCXII. — Pont. VIT.

Dans les années suivantes, 1613-1614, on plaça la grande corniche, le fronton et la balustrade ornée des colossales statues du Sauveur, de saint Jean-Baptiste et des Apôtres.

Cette façade est le péché de Carlo Maderno.

Déjà les trois travées ajoutées sur le devant de la Basilique avaient relégué la coupole au second plan et diminué l'impression de grandeur qu'elle devait produire. La façade théâtrale et massive, dessinée et bâtie par les soins de Maderno, acheva de la masquer complètement. Quand le pèlerin arrive sur la place Saint-Pierre, sa déception est gi'ande. Cette coupole, tant célébrée par les artistes, il ne la voit pas, écrasé qu'il est par un mur large de cent douze mètres et haut de quarante-quatre, (jui lui en barre la vue. On ne pouvait être plus maladroit. Au lieu de faire valoir l'édifice, connue toute façade bien comprise, ce mur, dont par une étrange aberration la largeur dépasse celle de la Basili([ue elle-même, la diminue et la déprécie. On ne saurait môme en admirer les détails : les fenêtres sont quelconques, la loggia étriquée. Paul V n'a pas illusti'é sa mémoire en étalant sur la frise le nom des Borghèse.

C'est le commencement de la décadence. Les artistes de génie suscités par Dieu pour construire la basilique Vaticane ont disparu, sans jeter un pan de leur manteau sur les épaules de leurs" successeurs. Elle est livrée

LA BASILIOL'E VATICANE 243

aux talents médiocres, (jui, 0iibli<'ux dos saines traditions de lart et avides de nouveautés, coninie tous les artistes d'ordre inléiieur, vont la surcharger d'ornements de mauvais goût.

Ce n'était pas assez d'avoir détruit, par une façade ni religieuse ni artistique, l'effet de la coiiiMilf de Saint-Pierre; on voidut encore la flanquer de deux tours, comme « ces deux oreilles d'àne » qui déshonorèrent trop longtenips le Panthéon. II s'agissait de placer les cloches. Pas plus que celle de Michel-.Vnge, la basiliiiue Constaiitinieniie. dans le princijje, n'avait de cami)anile. Le premier fut élevé par Etienne 11. près de la Basilique, et décoré de fresques. Il y mit trois cloches. Cette tour piiinitive se trouvait au midi, à côté de l'oratoire de Saiiit-Andn'. Adrien I en bâtit une aiiliv (Il avant de la Basilique, sur le haut du palier : elle était surmontée d'un coq doré qui se trouve aujourd'hui, après bien des vicissitudes, dans la sacristie des chanoines, au-dessus de l'horloge. Chose unique à Home, car aucune église ne porte au-dessus de la croix le coq traditioiniel qui domine toutes les églises de France. 11 faut croire qu'on lavait mis [très le tombeau de saint Pierre, pour rappeler son reniement et ses larmes intarissables.

Dans la lniir dWiliicn, au temps de l'aul \'. se ti niivainit cinq cloches, dont l'une, la plus petite, d'origine inconnue; une deuxième, de moyenne grosseur, fondue en l'28<S aux frais d'un certain Bichard, notaire du pape Nicolas IV, et les trois autres, don d'Innocent VI, en 135;{-1354. La plus pesante ne dépassait jias dix-sept mille livres romaines.

A la démolition du canqtanile, on tut assez embarrassé : où mettre les cloches? Michel-.Vnge, nous devons l'avouer, les avait oubliées. Faute de mieux, on les plaça provisoirement dans la lanterne de la eou[)ole de la chapelle Cli'nn'iiline, où elles resli'riiil lient' ans. .\ viai dire, la construction d'un campanile s'imposait. Un temple chrétien doit avant tout servir au culte divin. Peut-(Mre ipie Michel-Ange, dans sa jtensée, avait placé cette constructioïi en dehors du plan général de la Basilique, et c'est ainsi que nous concevons le campanile de Saint- Pierre. Bâtir deux tours énormes de chaque côté de la façade, comme le voulait Carlo Maderno, c'était alourdii' encore ce qui est déjà troi> lourd et masqueientièreineiit la coupole. I'imiI ;iii contraire, une tour élégante élevée à côté de la Basilique, à une certaine ilistance des nuirs. énieigeaiit dci lièic la colonnade vers le cimetirre des Teutons, le long de la sacristie, ajouterait un gracieux décor à la persiiective générale, sans nuire à l'elTet de la coupole.

Vainement Cailo Maderm» essaya de bfilir ces deux tours : Saint-Pierre send)le s'(Mre détendu lui-même. Du ci'ité droit. i»rès le Vatican, les fondations furent creusées sans encombre; à gauche, on se trouva sur les

tranchées du cirque de Nérun, terrain rapporté, friable, qui ne pouvait supporter une si colossale construction; et pour comble de malheur, une source jaillit subitement au milieu. Du même coup les maisons s'écroulèrent, l'église du cimetière allemand s'ouvrit en deux comme une grenade. Carlo Maderno bâtit quand même; mais quand le soubassement fut élevé, Paul V, eifrayé de son peu de solidité, arrêta ce trop zélé architecte.

Ce pontife, vm de ceux qui ont \o plus mérité de la basilique Vaticane, consacra les dernières années de son règne à sa décoration. La place fut nivelée, les degrés rétablis, les statues des Apôtres Pierre et Paul remises sur leurs socles, en bas des degrés, le portique décoré de stucs et de statues, les portes construites, la Confession (n-née. Il méditait encore d'autres projets pour la gloire de Saint-Pierre, quand la mort le surprit, le 18 janvier 1G21.

Son succes.seur immédiat, Grégoire XV, de la famille Ludovisi, n'ent pas le temps, dans son rapide passage sur le Siège apostolique, de s'occuper efficacement de la liasilique. Tirbaiii N'Ill. Barberini, fut plus heureux. Ses vingt d un ans de pontificat lui permirent de mener à bonne fin cette immense entreprise. Aussi ses ])etiles abeilles', si actives, si empressées, courent avec ardeur sur tons les murs de Saint-Pierre. On dit bien qu'elles y ont butiné quel([ue i^ui, pour bâtir celte ruche de pierre qui s'appelle le i)alais Barberini; mais on est abeille ou on ne l'est pas...

Urbain VIII commença par faire la dédicace solennelle de la Basilique. Le gros œuvre était terminé, l'autel \r.\\y,\\ déjà consacré, les décorations suffisamment avancées. 11 y eut une grande s(ilciinil('. Vingt-deux cardinaux l'iitdui'aient le pape, an milieu d'un innnense concours de prélats, de patriciens et de peuple.

C'était le 18 novembre 162(). jour où. treize C(>nts ans auparavant, Sylvestre avait consacré la basilique de Constantin.

Les fêles terminées, le pontife s'occupa de continuel- les travaux. Avec lui cdinmence la fortune d'un artiste, grand à ses heures, qui, à travers une nmltitiide d'œuvres théâtrales et de mauvais goût, aura des éclairs de génie. Nous avons nonniK' I(> Bernin. C'est le successeur de Carlo Maderno, sous Urbain VIII. Innnocent \\\. .Vlexandre Vil. Clt'nieid IX, période de quarante-six ans, pendant la(|nelle cel ailisie à eoiqis de vent règne en maître dans Bonie.

La ([uestion du canqjanile fut ii'prisi'. Le lieiiiin [in''senta au )ia[ie un [trojet différent de celui de son prédécesseur : une toiu' haute de cent

' .\rmf's (les Barlierini.

LA BASILIQUF. VATICANE 247

soixante-dix-sept palmes, ayant deux ordres d'architecture superposés, liin corinthien, l'autre composite, se terminant par une pyramide flanquée de candélabres et de statues. Elle fut approuvée.

Le Bernin eut comme un pressentiment des malheurs dont ce campanile allait Taccabler. Il prit ses précautions. Pierre- Paul Drei et Jean Calnrmeno, vieux maîtres maçons rpii avaient travaillé sous les ordres de Carlo Maderno, vivaient encore. Il les consulta pour savoir si les fondations exécutées par leur maître étaient solides. Leur déclaration verbale ne lui suffit point. Il exigea un témoignage écrit. Rassuré par eux, il commença les travaux le 26 Janvier 1G38. Peu de jours après, comme sous Paul V, on remarqua un mouvement menaçant dans les murs de la façade. Malgré les efforts du Bernin pour établir et prouver la solidité de son œuvre, Urbain VIII, effrayé et peut-être aussi influencé par les clameurs des ennemis de l'architecte, fit suspendre la construction. Quelque temps après il mourait, laissant le Bernin .sans protection, aux prises avec ses adversaires

Innocent X, son successeur, ne demandait pas mieux que de terminer le campanile; mais il y eut dins le Sacré-Collège, dims l,i commission de la Fabrique, dans le f:i\\\\\ des aichitectes, dans le peuple même, une telle poussée contre la tour du Bernin, qu'elle en chancela sur ses bases. Le malheureux eut beau se défciidro, ('crirc des mémoires, demander des expertises: la peur d'un désastre eut raison de tout. Innocent X donna l'ordre de démolir le campanile. Il ne se relèvera plus. Sa construction avait coûté près de cIikj cent trente mille francs; sa démolition en demanda sdixaiitc-qu.itic inillr. Avec ses ruines on décora les jtortiques des deux églises de l.i iil.icc du l'ciiplc.

Il est à regretter que Saint -Pierre n'ait pas de campanile, mais il n'est pas à regretter que ce c.im|iaiiile ne soit jias où le mettait le Beniiii après Carlo Madei-iin.

Qiiel(|ii('s .iiiiit'es plus tiird, sous le poiitilicat d.Mexandre \'ll, le Bernin enl une plus suMiine inspiration. La Basili((ue étant terinini'e. on se sou vin! (|iii' l'ancienne était précédée d'un quadriporliipie. I.a place ne ni.'niqnail p.is puui- en leininveler la s)i|en(leui'. |l(>v;int l;i l';iciide, s'étendait linnuense Iniain vague occupé seulement par rnbèlisque de Sixte-Quint et les deux fontaines, si bellesdansleurélégantesinqilicité. (pii font homieiu' à Carlo Madeino. Ce terrain, en p;u-ti<> enclav»'- aiiti-efois dans le cir(|iie de Néron. .i\;iil Imi le sang des premiers martyrs: c'était

inie l'eli(pie.

SilinI l'ie V. se trnuv.int un jour sur la place Saint-i'iene. fui abordé pai' I :nnli.iss;i(leiii du loi de Pologne, ipii lui exposa ipiT^tant sur le point

248 > Al NT- PI ERRE DE ROME

de rentrer dans su patrie, il avait grand désir d'emporter quelques reliques des saints martyrs. Le pontife accueille sa supplique avec bonté, tire son mouchoir et met dedans une poignée de terre ramassée à ses pieds. Gracieusement il Fofïre à Tambassadeur. heureux, lui dit-il, de lui faire plaisir. L'ambassadeur sourit, et néanmoins, par respect pour le pontife, qu'il vénérait comme un saint, il le remercie. Rentré chez lui, il déploie le mouchoir pour enlever \a terre : quelle ne fut pas sa surprise en voyant cette terre devenue compacte et pleine de sang!...

Au Bernin revient rhunneur de cette colonnade incomparable qui encadre la place Saint- Pierre. Sa forme elliptique donne l'impression de l'immensité. On y compte deux cent quatre-vingt colonnes et soixantequatre pilastres d'ordre dorique et toscan. Au-dessus de la corniche, court une balustrade qui dissimule le toit des galeries et porte comme décoi'alion cent quatre-vingt-douze statues hautes de douze pieds; deux galeries couvertes, en forme de trai)èze, relient la colonnade à la Basilique.

Cette place est unitiue au monde. Sa Basilique, sa colonnade, son obélisque, ses fontaines, lui donnent un caractère de grandeur ipion ne retrouve nulle part. Lorsque, aiiivé sur le haut des degrés, au milieu de l'immense palier qui précède le portique, le pèlerin se retourne et la voit à ses pieds, il est ébloui.

La basilique Valicane est finie. Depuis Nicolas V, deux cents ans se sont écoulc'S, trente et un papes ont favorisé sa construction, quinze architectes l'ont dirigée, deux, cent cin([uante millions de francs ont été dépensés; tous ces efforts réunis ont fait d'elle, malgré de graves défauts, une des merveilles du monde.

Nul tombeau ne repose sous une coupole plus grandiose, et si ({uelqu'un nous demande pourquoi cette poignée de cendres a été l'objet de tant d'honneurs, qu'il lève les yeux et lise, à sa base, ces ({uelques mots, (fui en chantent éternellement la divine raison : Tu es' l'clriis^. et sttper hune pelram ivdificabo Ecclesiani iiicaru.

f.A nASILIQUE VATICANE

HIBLIOGHAI'HIE

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