Voir pièce n° IV
Pierre de Saintes est agrégée à la basilique \ atieane de Saint-Pierre de Rome, et a les mêmes avantages spirituels et les mêmes indulgences. Il y a là deux ordres de faits qu'il est peut-être à propos de raconter ou d'expliquer.
On sait que la basilique , basilica , était chez les Romains un vaste édifice public élevé dans la place du marché. Son nom lui vient de Bacitay;, roi, BaGikixoç, royal, parce que c'était primitivement, à Athènes, l'édifice où l'archonte-roi ren- . dait la justice, le palais du prince , la salle où il recevait ses sujets, et jugeait leurs différends1 , ou bien parce que ce monument s'élevait autant au-dessus des maisons particulières que les rois sont au-dessus des autres hommes. C'est ce sens métaphorique que le mot a de nos jours dans la langue liturgique.
La basilique , après avoir été ou palais du roi ou sa salle de justice , servit de lieu de réunion pour les marchands et les hommes d'affaires,
1 . Basilica prius vocabantur regurn habitacula , unde et nomen habent; nunc autem ideo divina templa Basilicae nominantur, quia ibi régi omnium Dec cultus et sacrificium offeruntur. S. Isidore , Lib. XV Originum, c. '15.
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et aussi de cour où se jugeaient les contestations fréquentes dans le commerce, parfois d'exhibition pour les marchandises1. Cicéron, que la foule assiégeait à la campagne, se plaignait à Atticus que sa villa fût devenue une basilique 2. Chez nous la basilique ancienne serait assez bien représentée par un hôtel-de- ville réuni à une bourse, ou siégerait le tribunal de commerce et ou des marchands feraient un étalage.
Deux rangs de colonnes divisaient l'édifice en trois parties inégales qui formaient la nef centrale et deux ailes latérales. Les colonnes étaient dressées à l'intérieur, ce qui distinguait les basiliques des temples où les colonnes environnaient les murs. Dans cette partie de l'édifice se tenaient les trafiquants, le public. A l'extrémité de la grande nef était placée une grille qui séparait un espace plus profond , réser vé exelusive-
1. Loca venalium rerum foris cunjuncta in quibus hiemc potissimum publiera conciones habebantur. Vitruve, Lib. V, c. i. — Descendrram in basilicam Juliam;.,. sedebant judices. Pline, Epist.VI , Lib. V. — Fremitu j udiciorum basilicœ résonant. Sénèque, De ira, lib. III, c. 33.
2. Basilicam habeo,non villam, frequentia Formianorum. Cicéron, ad Atticum. EpiUolarum lib. I. Voir aussi Verres II, 58,
ment aux avocats, greffiers, magistrats, gens de justice. C'étaient la barre et le prétoire. Dans un enfoncement semi-circulaire s'asseyaient les juges. L'intérieur de l'édifice était entouré d'une galerie supérieure que supportaient des colonnes. Là venaient les oisifs , les curieux , qui voulaient assister au mouvement des affaires sans s'y mêler. Plus tard , sous l'Empire , avec le luxe effréné qui envahit alors Rome, chaque riche citoyen eut dans sa maison sa basilique particulière, bibliothèque et promenoir, salle d'exercices et de jeux. Le maître y donnait rendez-vous aux grammairiens, aux sophistes, aux rhéteurs, aux poètes; il les écoutait en marchant. On causait , parfois on jouait à la paume 1. Ainsi affaires et plaisirs , justice et oisiveté lettrée , occupaient la basilique ancienne.
Quand le christianisme , triomphant avec Constantin , sortit des catacombes , il eut besoin d'édifices pour son culte. On ne bâtit pas une
1. Instar palatii privatorum extructse basilicoc , ut vile corpusculum hominis pretiosius inambulet et quasi mundo quidquam possit esse ornatius , tecta sua magis velint aspicerc quam cœlum. Saint Jérôme, ad Marcclhim, Epist. XVIII.
église en un jour , et une cathédrale en une année. Il lui fallut se servir de ce qui existait. Les temples païens étaient trop souillés par les fêtes indécentes et les mystères immondes. On prit les basiliques. L'espace était vaste pour une assemblée de fidèles, et déjà elles étaient toutes prêtes pour leur nouveau service1. L'évêque ou le prêtre officiant , entouré des prêtres assistants, se plaça au fond de l'hémicycle appelé tribune, où siégeaient autrefois les juges. Il prit le siège du président , cathedra , ordinairement en marbre, qui s'élevait audessus des bancs de pierre adossés à l'abside et destinés aux autres prêtres 2. De là il dominait l'assemblée , la surveillait et justifiait son nom d'Episcorus , êvêque ( èmà^imcù , qui jette les yeux sur , qui regarde 3). L'espace réservé aux avocats
\. Ejusmodi fère structura) esse ipsas Christianorum antiquas basilicas nullus ignorât. Nam paucis mutatis vel additis, ex ipsis aliqua3ve! (quod frequcntius accidit) ipsarum basilicarum columnaj in usum chrislianan religionis transiere eu m nomine. Cesau Baronius, Marlyrologium romanitm, 5 Aug., page 800.
2 De Gaumont , Abécédaire ou rudiments d' 'archéologie , page 9.
3. C'e^t l'ordre indique par saint Jean dani Y Apocalypse, ch. iv.
entre l'hémicycle et les nefs appartint aux chantres et aux ecclésiastiques , sous le nom de chœur. Entre le chœur et la tribune, presbyterium , se dressa l'autel. Les nefs latérales furent remplies par les fidèles : d'un côté les femmes , de l'autre les hommes. Les galeries se peuplèrent des vierges et des veuves qui se vouaient à la prière. Ce type s'est conservé. Le seul changement sensible qu'ont subi les basiliques primitives, c'est qu'au ve siècle, le vaisseau s'élargit entre les nefs et l'abside ; l'édifice eut alors la forme d'une croix, et même matériellement représenta le signe de la rédemption. La maison du négoce était devenue un lieu de prières i .
Dans la suite les basiliques chrétiennes différèrent un peu des églises. Elles étaient plus particulièrement consacrées au souvenir des saints, surtout des martyrs ; les temples , à la célébrations des divins mystères. Cependant , au commencement , les historiens ecclésiastiques les
1. Basilica olim negotiis plena nunc votis, votisque pro tua salute susccptis. Auso^e, ad Gratianum pro Comalalu, § 376.
confondirent1. Selon Baronius, on conserva le nom de basiliques aux églises les pins magnifiques. Cinq édifices à Rome ont encore ce titre; elles appartenaient proprement an Pape : Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre au Vatican, Sainte- Marie-Majeure , Saint-Laurent-hors-lesmurs , et Sainte-Croix-de-Jérnsalem. On les nomme basiliques majeures. Après elles , il y a les basiliques mineures. C'est un titre important, fort recherché , très-difficilement obtenu2. Il est réservé aux églises anciennes et célèbres , vénérables par les personnages qui les ont illustrées, les actes religieux remarquables qui s'y sont passés , renommées par leur architecture et leurs dimensions. Ordinairement quand une église reçoit le titre d'insigne basilique ou basilique mineure , on l'unit à Tune des cinq basiliques majeures de la Ville éternelle. Elle participe ainsi à toutes les prérogatives , à toutes les faveurs spirituelles attachées à l'église-maîtresse.
\. Sulpige Sévère, llislor. sacr., il, 33 et 38.
2. Un très-petit nombre d'églises en France ont seules ce titre Saint-Gyr de Nevers, Saint-Firmin d'Amiens, Saint-Reœi de Reims, etc.
Et ceux, qui la visitent gagnent les mêmes indulgences que s'ils se rendaient à Rome. On comprend dès lors les avantages de ce titre. Aussi y a-t-il lieu de se réjouir de voir la cathédrale de Saint-Pierre de Saintes ainsi enrichie par la munificence du Saint-Père , et ne s'étonnera-t-on pas du louable empressement que Mgr Léon Thomas, évêque de La Rochelle et de Saintes , mit à seconder les pieuses vues de M. Léon Bonnet, archiprêtre et curé de Saint-Pierre , pour faire accorder à la cathédrale de Saintes une aussi précieuse faveur. Le 25 février 1870, il adressait au Souverain Pontife, avec pièces à l'appui , une demande qui fut apostillée avec beaucoup de bonne grâce par NN. SS. les évêques d'Angoulême 1 et deLuçon2, dont les diocèses furent en partie formés des anciens diocèses de Saintes
t. Antoine-Charles Gousseau , né à Saint-Jouin de Châtillon (Deux-Sèvres), le 7 août 4805, supérieur du séminaire de Poitiers, nommé évêque d'Angoulême par décret du 17 juin 1850 , sacré le 29 décembre.
2. Charles-Théodore Collet, né à Gerardemer (Vosges) le 30 avril ! 806, nommé à l'évcché de Luçon le 5 juin 1861, sacré le 25 août.
et de La Rochelle, puis par l'archevêque de Reims 1 et l'évêque d'Amiens 2, attachés par tant de liens à notre province, et qui l'aurait pu être parMgrPallu du Parc3, évêqne de Blois, ancien grand vicaire de La Rochelle4. Pie IX, qui venait de refuser , il y avait peu de temps , pareil honneur à une cathédrale, n'hésita pas en voyant les titres qu'on lui présentait ; il octroya la grâce sollicitée. On verra dans son Bref les faits qui l'avaient le plus vivement frappé.
Par une autre supplique , le 30 avril , Mgr de La Rochelle pria le Saint Père d'agréger la basilique mineure de Saint-Pierre de Saintes à la basilique Vaticane de Saint-Pierre de Rome5:
1. Jean-François-Anne-Thomas Landriol , sacré évèque de La Rochelle le 20 juillet 4856, nommé à l'archevêché de Reims par décret du 30 décembre 4 866.
2. Jacques-Antoine Boudinet, né le 30 août 4 806, à Saint- Rogatien, canton de La Jarrie , arrondissement de La Rochelle , vicaire général de La Rochelle, supérieur de l'institution diocésaine de Pons, nommé évèque d'Amiens par décret du 7 avril 4856, sacré le 20 juillet.
3. Louis-Théophile Fallu du Parc, né à Poitiers le 3 septembre 4 804 , supérieur du séminaire de La Rochelle, nommé à l'évèché de Blois par décret du 4 5 novembre 4 850, sacré le 1er mai 4 854.