Saint Pierre; meditation sacerdotale
Le Verbe divin est descendu en ce monde et s'est fait chair, par la vertu d'une mission donnée par son Père. Durant toute sa vie temporelle il a voulu faire, non sa volonté, mais celle de Celui qui l'a envoyé; l'obéissance l'a conduit de la crèche au Calvaire, jusqu'à la mort de la Croix. (1)
Pontife Eternel et Souverain, Il a consommé le sacrifice dont il était lui-même la victime, et l'oeuvre de la
(1) Philip., II, 8.
E'édemption s'est accomplie dans cet acte de soumission suprême.
Jésus, prêtre et sauveur, a créé dans son Eglise le sacerdoce à son image ; il lui a donné pour mission celle d'appliquer aux âmes les grâces de la Rédemption, et du prêtre dépositaire de son autorité et dispensateur de ses bienfaits, il a voulu avant tout faire, comme de luimême, l'homme de l'obéissance à la vocation qui l'appelle, dans les fonctions qu'il exerce, et pour toute l'étendue de ses actes et de sa vie.
Pierre nous montre en sa personne la vérité absolue, aussi bien que le modèle accompli de cette doctrine.
Il a été de toute façon le premier prêtre de la nouvelle Loi : appelé avant tous les autres *et porté par son divin Maître, au degré suprême du pontificat ; dès lors, Jésus devait, dans son apôtre si privilégié, former d 'une manière exemplaire, l'homme de l'obéissance, et c'est bien ce qui nous apparaît durant toute le cours de sa vie. Il est remarquable en effet que, si Notre-Seigneur n'a parlé directement à aucun apôtre aussi souvent qu'à Pierre, il ne l'a fait en aucune circonstance que sur le ton du commandement; et parfois même c'était pour ordonner des choses indifférentes en elles-mêmes, et qui, aux yeux du monde, pouvaient paraître n'avoir aucun objet précis. Mais chaque fois, Jésus exige de Pierre qu'il se soumette et obéisse tout simplement.
Dès la première rencontre, Jésus fixe son regard sur cet homme, que lui amène André son frère : Tu es Simoji, fils de Jona, désormais tu t'appelleras Céphas (2), c'est-à-dire Pierre. Ce changement de nom portait en lui-même toute la vocation du disciple. Le Sauveur la fera pressentir en la dégageant du métier même exercé par Pierre. Il monte un jour dans sa barque et lui commande de s'éloigner un peu du rivage; puis ayant enseigné le peuple, il ordonne de nouveau: " Avance en pleine eau, et jette les filets pour pêcher "; " Maître, répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre, mais sur votre parole, je jetterai le filet '\ Il le fit et la pêche fut miraculeuse : " Seigneur, éloignez-vous de moi, car je suis un homme pécheur ". "Ne crains point, lui dit Jésus, désormais, tu seras pêcheur d'hoynmes. (3)
Une autre fois, c'est la nuit profonde, un vent contraire souffle en tempête, les vagues se soulèvent avec fureur sur la barque dans laquelle les disciples se fatiguent à ramer. Jésus apparaît. Est-ce un fantôme ! '' Seigneur, dit Pierre, 5?* c'est vous, ordonnez que j'aille à vous sur les flots. " " Viens ", dit Jésus. Pierre descend de la barque et s'avance sur les eaux pour aller à Jésus.
(2) lo.. I, 42.
(3) Luc, V, 4.
Mais voyant la violence du vent, il eut peur et comme il commençait à enfoncer : " Seigneur, s'écria-t-il, sau-
vez-moi! ''.
A l'instant, Jésus étendit la main et le saisit : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? " (4)
Quelle leçon ! l'obéissance au milieu même de Tinsuccès apparent de l'oeuvre commandée.
Un jour il s'agit de payer le tribut. Les fils du Roi en sont exempts et le principe en est posé. Toutefois, Jésus dit à Pierre : " Pour ne point seandaliser ces gens, descends au lac, et jette l'hameçon; le premier poisson cjue tu tireras, ouvre-lui la bouche, tu y trouveras un staicre,prends le et donne-le pour toi et pour moi.''^ (5)
C'est à Pierre, accompagné de Jean, que Jésus, pour préparer le repas de la Pâque, ordonne d'aller à la ville: '' En y entrant, vous rencontrerez un homme, portant une cruche d'eau, suivez-le jusqu'à la maison, où il se rendra... Il vous montrera une grande salle ornée de tapis, préparez-y ce qu'il nous fant. " (6) Et Pierre s'acquitta de cette tâche matérielle, de disposer le sanctuaire pour la cène eucharistique.
Par obéissance l'apôtre doit, au cours du repas, se
(4) Math., XIV, 28.
(ô) Math., XVII, 26.
(6) Marc, xiV, ]5.
laisser laver les pieds par son ^Maître, et recevoir de sa main la cominunion et la consécration sacerdotale.
Ilélas ! la Passion commence pour Jésus à la sortie du Cénacle ; les recommandations du Sauveur paraissent superflues à l'apôtre, qui n'est pas encore confirmé dans la grâce; il y répond par des protestations qui n'ont d'ailleurs d'autre appui qu'une vanité présomptueuse; il se croît invincible, capable de tout et surtout plus fort et meilleur que tous les autres. '' Quand même tous se scandaliseraient à votre sujet, moi ! jamais. " (7)
Au jardin, Jésus empoigné par la douleur, commande, réitère son ordre, y joint d'affectueux reproches : '^ Levez-vous,veiUez et priez''. (S) Pierre comme ses compagnons s'est endormi, replongé dans le sommeil, et c'est pour n'avoir pas obéi que tout à l'heure il cédera aux premières tentations et se montrera si faible et si lâche. Cependant s'il manque de sagesse et de prudence, il est impétueux, il a tiré le glaive, s'en est servi à tout hasard. Il croit que c'est ainsi qu'il faut combattre, et qu'il va par là sauver son maître : ^^ Remets Vépée dans le fourreau, lui dit Jésus, car tous ceux ejui se serviront de Vépée, périront par Vépée. (9)
(7) Math., XXVI, 33.
(8) Math., XXVI, 41,
(9) Math., xxvr, 52.
N'est-ce point l'attrait de la soumission à son divin maître/si cruellement renié, qui met Pierre sur son passage pour sentir au fond de son âme l'effet du regard divin, qui porte dans son coeur le commandement, cette fois effectif, de la défiance de soi-même, du repentir et de l'expiation ?
Après sa glorieuse résurrection, Jésus procède à l'organisation définitive de son Eglise; il lui donne des chefs, à leur tête il met Pierre, et c'est encore, et c'est toujours en vertu de l'obéissance à la volonté divine. ^' Fais mes agneaux, pais mes hrehis. " (10)
Bien plus la ressemblance de Pierre avec son Maître sur ce chef particulier de l'obéissance devra être portée jusqu'à son extrême limite, et c'est Jésus lui-même qui l'explique à son apôtre: " En vérité en vérité je te le dis, quand tu étais jeunes tu te ceignais toi-même et tu allais oîl tu voulais, mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains et un autre te ceindra, et te conduira où tu ne voudrais pas aller. '^ (11) Or, l'Evangile nous dit que Jésus parlait ainsi pour faire connaître par quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. C'est donc que, jusque sur la croix, comme Jésus lui-même, Pierre devait porter l'obéissance sacerdotale,et expirer dans cet acte suprême de parfaite soumission.
(10) lo., XV, 16.
(11) lo., XXI, 18.
Durant tout son apostolat, Pierre met en relief, dans sa personne et dans toute sa conduite, l'obéissance, dont il a posé lui-même la règle apostolique et chrétienne. Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux Jiornmes. (12)
11 lui survient un jour un ravissement d'esprit. Le ciel s'ouvre à ses yeux, il en descend jusqu'à terre comme une nappe immense suspendue par des noeuds formés aux quatre coins. Or, dans cette nappe il y avait toutes sortes de quadrupèdes, de reptiles terrestres, et, d'oiseaux du ciel. En même temps, Pierre entendit une voix qui disait : '' Lève-toi Pierre, tue et mange ! " '' Je 7i'ai garde Seigneur! répondit l'apôtre, car jamais je n'ai rien mangé de souillé ni d'impur. 'M 13)
^^ Ce que Dieu a purifié, toi ne le tiens pas pour impur. ' \ Par cette vision et sous le commandement divin Pierre, chef suprême de l'Eglise, comprit qu'il devait y admettre toutes les nations sans distinction de races.
*^ Puisque Dieu leur a fait la même grâce qu'à nous, dira-t-il, qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qu% étais- je moi pour m' opposer à Dieu! (14)
(12) Act., V. 29.
(13) Act., X, 13.
(14) Act., V, 17.
Pierre est en prison ; il dort lié de deux chaînes entre deux soldats, et les hommes postés à l'entrée de la prison l'ont bonne garde; c'est la nuit même qui précède le jour où Ilérode a décidé de l'envoyer au supplice. Soudaiîî apparaît l'Ange du Seigneur, et le cachot est inondé de lumière ; l'ange, frappant le côté de Pierre, le réveille et lui dit: "Lève-toi promptement!". A l'instant même les chaînes tombent de ses mains, l'Ange poursuit, " ceins-toi et chausse tes sandales ": Pierre obéit. L'Ange dit encore " Couvre-toi de ton manteau et suis moi ", et soumis au commandement de l'envoyé du Seigneur, il sort de prison et reprend son apostolat. (15)
Voici Pierre à Rome; c'est la persécution; les fidèles consternés conjurent le chef suprême de l'Eglise de se sauver de la ville, par pitié pour son troupeau; Pierre résiste d'abord, puis cède enfin, et sort de la ville à la faveur des ténèbres. Il venait à peine de franchir les murs, quand il voit, s 'avançant à sa rencontre, le Sauveur Jésus, lui-même. Tombant à ses pieds : " Seigneur, s'écrie-t-il où allez-vous f " "Je vais à Borne pour y être crucifié de nouveau ", répondit Jésus. Pierre comprit, baissa la tête, pleura et retourna sur ses pas. Quelques jours après il était jeté dans la prison Mamertine, d'où il ne devait sortir cette fois que pour aller au supplice.
(15) Act., XII, 7.
C'est sur la croix qu'il mourut, comme son maître, ayant toutefois obtenu dans son humilité et au souvenir de sa défection, d'être crucifié la tête en bas. Sa mort, acte d 'obéissance qui résumait toute sa vie, était la réalisation parfaite de la prophétie du Sauveur ; elle consacrait dans le premier prêtre, souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ, l'homme de la parfaite obéissance.
En faisant de son premier prêtre, de Pierre, le modèle accompli de l'obéissance, Notre-Seigneur appliquait la doctrine fondamentale qu'il avait énoncée en mettant cette même vertu à la base de la vie chrétienne et spécialement de la perfection surnaturelle. " Ecouter la parole et faire la volonté de mon Père, qui est aux cieux, c'est être 'mon frère, c'est être ma soeur, c'est être ma mère " (16), c'est bien à dire, c'est être parfait. Ne dit-il pas de lui-même : ' ' Celui qui m 'a envoyé est avec moi, et il ne me laisse point seul, parce que toujours je fais ce qui lui plaît. . . " (17) et c'est l'objet habituel de sa prière : que la volonté de son père soit faite sur la terre comme elle l'est dans le ciel. (18)
(16) Math., XII, 50.
(17) To., VIII, 16.
(18) Math., VI, 10.
Mais il n'est personne qui ait, plus que le prêtre, mission de faire observer en toutes choses la volonté de Dieu et qui, par conséquent ait davantage le devoir de l'accomplir lui-môme, et c'est pour cela que le divin fondateur de l'Eglise a établi le sacerdoce sur la base de l'autorité, et sur le principe de la dépendance hiérarchique.
C'est pour cela que toute âme sacerdotale doit être pétrie dans l'obéissance, et que c'est uniquement dans l'exercice de cette vertu, supérieure à tout sacrifice, que se trouvent véritablement le mérite des actions et le bonheur de la vie. Tout prêtre est institué pour devenir le coopérateur de l'évêque, comme il est dit dans les prières de son ordination, et cette collaboration ne saurait être efficace autrement que par l'obéissance ; aussi en terminant cette cérémonie, l'évêque demande- t-il au prêtre, nouvellement ordonné, de lui promettre respect et obéissance, et c'est à cette seule condition qu'il l'admet parmi les ouvriers de la vigne particulière dont il a la charge.
Pour le prêtre, son supérieur légitime représente Jésus-Christ, Dieu lui-même dont il est toujours sûr, par la simple obéissance, de faire en toutes choses, la divine volonté. Toute l'existence d'un prêtre, tous ses actes intéressent l'Eglise à cause de la solidarité qui existe entre tous les membres d'un sacerdoce qui est l'âme, le coeur même de l'Eglise. Il s'ensuit que rien en vérité, ne saurait être soustrait à l'obéissance qui, pour être vraiment noble et méritoire, doit couvrir toutft la vie sacerdotale.
C'est pour obéir à sa vocation qu'on accepte les ordres et que Ton devient prêtre. Un poste est dévolu par désignation supérieure et accepté simplement par esprit de soumission, et les fonctions en sont remplies suivant les directions données. C'est encore l'obéissance, d'autant plus belle qu'elle écarte de sa pratique toute hésitation, toute critique malveillante et toute inquiétude inutile, qui incline à se rendre à de simples désirs que l'on devine, et qui, même au prix de quelque renoncement, tendent au bien commun. Parce qu'elle est surnaturelle dans sa source comme dans sa fin, elle est empressée, joyeuse, autant que discrète; elle sait que la grâce d'état dans un supérieur supplée largement à l'absence présumée de beaucoup de qualités, et se garde bien de laisser voir ses déceptions par un visage morose ou une attitude chagrine, qui centriste et gêne le supérieur; elle respecte des raisons secrètes d'agir que la charité ou la prudence lui laissent ignorer.
Elle sait que la responsabilité qui pèse sur le coeur épiscopal est déjà assez lourde, pour qu'il n'y ait pas besoin d'en aggraver le poids par des exigences ou des refus qui contrarient les décisions prises sous le regard de Dieu et pour le bien commun. Le prêtre est vraiment le fils d'obéissance (19) dont parle saint Pierre lui-même; son motif est celui de l'affection surnaturelle; audessus de l'homme qui parle, il voit Dieu qui commande.
(19) I Pet., I, 14.
et sa seule crainte est inspirée par le respect; aussi l'obéissance sacerdotale qui ne se laisse borner par aucun subterfuge, par aucune distinction étrangère à l'esprit sacerdotal, assure-t-elle à ses travaux une fécondité tout<divine. Les initiatives personnelles les plus louables ne se trouvent point frappées de stérilité par le fait qu'elles se dérobent à l'obéissance.
Les oeuvres entreprises ou faites en-dehors de l'obéissance, peuvent être louables en elles-mêmes; elles n'en sont pas moins, au point de vue surnaturel, comme cette plante dont Notre-Seigneur dit que, n'ayant point été plantée par son Père céleste, elle sera arrachée comme ne valant rien; au contraire, parce que l'Eglise ne veut rien perdre de tout ce que ces fils peuvent lui offrir pour l'aider dans son oeuvre de sanctification et de salut, le prêtre obéissant est toujours sûr de trouver en elle, par le ministère de ses supérieurs, l'encouragement le plus efficace, le soutien le plus réel, pour tout ce qui pourrait être le fruit du zèle sacerdotal, dépensé selon l'ordre de la volonté divine.
L'obéissance sacerdotale descend peut-être moins dans les détails de la vie personnelle et intime que la dépendance monastique qui est l'objet d'un voeu spécial dans la vie religieuse; toutefois, à la bien comprendre, elle s'étend aussi loin et même demande souvent davantage, parce qu'elle n'est limitée par aucune constitution autre que celle de l'Eglise elle-même; or, rien dans le sacerdoce et dans ses manifestations ne saurait être
étranger au bien de l'Eglise. A preuve que le religieux qui est ordonné prêtre doit sur son voeu de religion, mettre la promesse d'obéissance sacerdotale prêtée entre les mains du Pontife.
L'obéissance sacerdotale est d'autant plus noble en elle-même et élève d'autant plus l'âme du prêtre pour la maintenir dans la région surnaturelle, que l'autorité qui commande est plus éminemment divine dans sa source, non seulement par le principe général qui consacre l'origine de toute puissance, mais encore parce que celui qui l'exerce est, en dépit de sa propre insignifiance, de ceux que le Saint-Esprit a placés pour gouverner, dans l'Eglise, la portion de l'héritage apostolique qui leur a été confiée. (20)
Elle est d'autant plus facile que l'autorité épiscopale est essentiellement paternelle, étrangère à tout esprit de domination arbitraire, ayant toujours le devoir et le désir de concilier dans la mesure possible avec les intérêts généraux d'un diocèse, le bien particulier de chacun des prêtres. (21)
Elle s'impose avec d'autant plus de rigueur que cette même autorité est nécessairement consciencieuse, que tous ses actes sont dictés en vue du compte sévère qui
(20) Act., XX, 28.
(21) T Pet., V, 3.
sera demandé, et dont la reddition décidera du salut éternel de celui qui en est le dépositaire.
Cette même obéissance enfin doit être d'autant plus empressée que l'autorité se trouvant bien souvent à l 'insu de tous, en butte à des difficultés, dont la charité interdit de dévoiler les noeuds inextricables, ne peut trouver de solution agréable à Dieu et favorable aux âmes que dans la pure et simple soumission du prêtre.
Par l 'obéissaiice sacerdotale, le prêtre peut dire de lui-même à l'exemple de Notre-Seigneur : " Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d 'accomplir son oeuvre. ' '.
L'o})éissance c'est le sacrifice par excellence, parcequ'il immole à Dieu ce qu'il y a de plus noble dans l'homme, la volonté propre, c'est la première des vertus morales, celle qui assure le mérite de toutes les autres, et sans laquelle toutes les autres peuvent s'exercer en ])ure perte surnaturelle.
Tout prêtre est par le fait même de son ordination,un supérieur "Oportet sacerdotem praeesse'\ il a nécessairement des subordonnés. Il doit leur commander. Le seul moyen pour lui d'obtenir la confiance, le respect, la soumission, c'est d'en donner lui-même l'exemple. L'expérience le démontre tous les jours. C'est le cas d'appli (luer, et d'une façon pour ainsi dire absolue, ^' Date et dahitnr vohis. "
Notre- Seigneur nous donne dans son évangile, une grande leçon dont il convient souvent de tirer profit, lorsqu'il s'agit d'apprécier les actes administratifs de nos supérieurs, et c'est à Pierre même qu'il la donne. L'apôtre tardant à obéir, interroge avec curiosité Jésus au sujet de Jean: " Et celui-ci Seigneur, qu'en adviendra-t-il." Jésus répond: "Que t'importe? Four toi, suis moi. '' (22)
Il y a deux manières bien différentes de pratiquer l'obéissance sacerdotale, et elles sont loin d'avoir le même mérite. La première est indiquée dans cette parole de Notre-Seigneur à l'aveugle né : " Quid tihi vis faciain? " (23) " Que veux-tu que je fasse pour toi V C'est faire sa propre volonté par une sorte d'injonction qui oblige le supérieur, pour éviter de plus grands ennuis, à se rendre au désir exprimé. Ou serait alors la garantie du succès, ou se trouve surtout la joie du devoir accompli ?
La seconde est toute entière formulée dans ce cri de l'apôtre: '^ Quid me vis facere ? — Seigneur que voulez vous que je fasse? " (24)
Voilà toute la beauté, toute la grandeur de l'âme qui ne demande qu'à connaître la volonté de Dieu pour s'y soumettre aussitôt.
(22) lo., XXI, 20.
(23) Marc, x, 51.
(24) Act., IX, ,6.
Une vie de prêtre au cours de laquelle rien n'échappe à l'action de l'obéissance surnaturelle produit alors une image fidèle du prêtre Jésus-Christ, qui s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix, et parmi les prêtres créés par le Christ, on ne saurait trouver de plus beau modèle, que celui qui nous est offert dans la vie et la mort de saint Pierre luimême.
Un clergé diocésain dont tous les membres sont étroitement unis par le lien de l'affection fraternelle, alors que tous ensemble se montrent fidèles à l'obéissance sacerdotale, c'est vraiment l'idéal contemplé par Notre- Seigneur au cours de la prière suprême qu'il adressait à son Père la veille de sa mort : " Si je les ai associés à la gloire que j'ai reçue de vous, c'est pour qu'ils soient un comme nous-mêmes nous sommes un ; moi en eux et vous en moi ! Qu'ils soient ainsi consommés en un, afin que le monde reconnaisse, que c'est vous qui m'avez envoyé et que vous les avez aimés du même amour dont vous m'avez aimé. (25)
(25) lo., XVII, 35.