I. Eug,, xxxvm
C*est ainsi» nous dit Eugippius, que très souvent il prévoyait les maladies qui menaçaient ses moines et les guérissait. Aux yeux du peuple comme à ceux des Barbares cette prévision et ces cures heureuses étaient autant de miracles.
Mais la santé du corps, comme nous venons de le dire, était pour lui peu de chose au regard de celle de Tàme. Il savait que la maladie est le triomphe des forts et tirait parti de cette sorte d'épreuve pour le plus grand bien de ses disciples. Parmi les moines de Favianes était un certain Bonosus, Barbare qui s'était pris d'admiration pour Séverin, avait abandonné Tarianisme et s'était fait religieux '. Il fut atteint d'une maladie des yeux qui le faisait beaucoup souffrir et le menaçait de cécité. Or, Séverin ne tentait rien pour lui. Bonosus en avait le cœur plein d'amertume. « Était-il juste, disait-il, que le maître répandit ses faveurs sur des étrangers et n'essayât pas de le guérir? » Un jour qu'il s'en plaignait, Séverin lui répondit : « Il ne convient pas, mon fils, que tu y voies clair et que tu attaches tant d'importance à la lumière matérielle. Prie plutôt afin que tu perdes la vue des choses extérieures pour progresser dans celle des choses intérieures. » Instruit par ces paroles, Bonosus s'appliqua à la contemplation des mys-