‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 79 sur 81 · HYMNE A SAINT SEVERIN · texte numérisé non relu

HYMNE A SAINT SEVERIN

Par un cantique à la gloire du Seigneur, tous ensemble célébrons ce jour de fête, où Sëverin, notre Père, entra dans les régions célestes.

Quelle plume serait assez éloquente, quelle lyre assez harmonieuse, pour dire tous les miracles que le Christ tout-puissant accorda à son zèle ?

Prophète sûr et trop véridîque, à qui souvent Dieu révélait Tavenir pour le salut d'un peuple alors opprimé.

De sa voix divinatrice, il dévoilait les pièges des brigands et les ruses des pillards; par ses avertissements reçus d'en haut, il sauvait les villes lasses de lutter.

Doucement secourabie aux malheureux, il brisa l'horrible fléau de la famine; en foule il délivra de leurs ennemis ceux qu'avait vaincus la férocité des Barbares.

Sublime confesseur, maître humble, tu donnas à tes moines une règle ; tu leur montras comment, par l'étroit sentier de l'abstinence, on prend d'assaut le ciel.

Entre tes mains sacrées une lumière brilla qui venait du ciel, une huile coula, abondante, comme d'une source.

11 soufTraît avec tous les malheureux et les réchauffait de sa pitié; aux faibles il rendait la vigueur, aux malades la santé. Nul ne vint h lui qui s'en retournât sans remède.

C'est encore toi dont la prière, en présence de tes frères, triompha de la mort, rappela aux joies de la vie Silvinus déjà couché dans sa tombe.

Grâce aux cierges qu'alluma le flambeau de la foi, ce Père vénérable convainquit les coupables; ainsi nos cœurs glacés s'enflamment au contact de l'amour divin.

Accourus pour assister à ses saintes funérailles, un muet recouvra la parole ; un aveugle exulta de reconnaître au loin ses amis.

Réjouis-toi, Naples, en ce jour de fête; applaudistoi de garder ce patron céleste que le Créateur souverain te donna pour ton honneur et pour ton bien.

Par ses mérites, ô Dieu clément, accorde-nous gloire et pardon, afin qu'aux régions célestes nous jouissions éternellement de ta lumière adorée.

Tous ensemble, par nos chants, proclamons la gloire de notre Père.

Suivant Ozanam^ la composition de cet kfmne ne serait pas de beaucoup postérieure au livre âtEugippius. [Doc, in, pour Vhist. littéraire, p. 107.)

TRANSLATION DES RELIQUES DE SAINT SEVERIN DE LUGUL- LANUM AU MONASTÈRE DE SAINT-SÉ VERIN A NAPLES.

Les reliques de saint Séverin ne trouvèrent j)as un asile définitif dans le monastère de Lucullanum.

Au x« siècle, en effet, la crainte de voir les Sarrasins, déjà maîtres de la Sicile, s'emparer de ce lieu bien situé et fortifié d'où ils auraient menacé Naples, détermina Grégoire, consul de Naples, à démanteler le Castellum (an. Ch. 90a) et à en retirer à Naples les habitants ^ Singulière répétition, à plusieurs siècles de distance, de l'exode du Norique en Italie I Qu'allaient , devenir les reliques du saint? Le consul inclinait aies laisser dans le tombeau où elles avaient été déposées par les soins de la dame Barbarîa. Mais tel n'était pas l'avis du vénérable Jean, abbé du monastère de Saint- Séverin, à Naples. Il supplia les autorités de les confier à sa garde. On lui répondit que si la volonté de Dieu se manifestait par quelque signe, on n'hésiterait pas à transférer les reliques; que, dans le cas contraire, on estimerait que le désir du saint était de rester à Lucullanum.

L'abbé ne cessa de prier. Enfin, un prêtre attaché au monastère vint le trouver et lui raconta une vision qu'il avait eue. Le saint lui était apparu pendant son sommeil, et lui avait affirmé son consentement au transfert de son corps.

On accorda donc à l'abbé ce qu'il demandait, et en grande solennité on exhuma le corps de Séverin. Il fut trouvé à une profondeur considérable, et à la surprise de tous les assistants, dans un merveilleux état de conservation. Les muscles adhéraient encore aux os, et le visage était empreint de majesté. On le transporta au monastère de son nom, à Naples, où, d'après Bollandus, il repose encore.

I. Tout le récit de cette translatiou concernant les miracles et les reliques de saint Séverin se trouve consigné dans la relation du diacre Johannès, témoin oculaire. V. Bibliographie.

Mais dans le monastère même, il ne demeura pas à la même place. L'abbé Jean, en effet, estima que Tëglise du monastère était trop modeste pour abriter un corps si précieux, et se mit en tête d'élever en l'honneur du saint une basilique voûtée. Pour se procurer à bon compte les matériaux nécessaires, il fit enlever au cap Misène des pierres taillées provenant du Caxtellwn de ce lieu, qui, environ soixante ans plus tôt, avait été détruit par les Sarrasins.

Quand la basilique fut construite on y transporta le corps de saint Séverin. L'abbaye passa plus tard aux mains des Bénédictins. Cette translation est célébrée à Naples le lo octobre.

On lisait sur la porte principale de la basilique rinscription suivante :

Divis Severino Noricorum in Oriente apostolo et Sosio Levitse B, Januarii episcopi in passione socio templum ubi eorum S. S. corpora sub altare majori requiescunt : et apostolico indultu cum ablatione sacra purgantes animse liberantur.

Sur le grand autel :

Hic duo sancta simul divinaque corpora patres Sosius unanimus et Severinus habeat.

Cette double translation a donné lieu à toutes sortes d'erreurs de la part des annalistes postérieurs. Il suffit cependant pour l'élucider de lire avec attention le récit qu'en a fait le diacre Johannès. Les détails sur la deuxième translation sont contenus dans la Translation de saint Sosius, par le même auteur.

Rien n'est plus clair que ces deux textes.

En résumé : i<> Je corps de saint Séverin repose à Favianes, en Norique;

2® Il est transporte en Italie, où il demeure a Monte Feltre jusqu'au pontificat de Gélase;

3*^ 11 repose au Castellum de Lucullanum près de Naples jusqu'en 902 ;

4® A cette date, on le transfère à Naples, au monastère de Saint-Séverin. Ce monastère tire son nom de Tapôtre du Norique, et non de tout autre saint Séverin, en dépit des confusions postérieures, comme il appert du texte de Johannès.

5*^ Une basilique est élevée aussitôt après, sur le terrain même du monastère, avec des matériaux pro venant du cap Misène et, bien que Johannès ne le dise pas explicitement, très probablement en partie avec les pierres tirées de l'église en ruine où était enterré saint Sosius. En effet, le corps de ce saint fut alors exhumé, transporté au monastère de Saint- Séverin, inhumé dans la nouvelle basilique. Celle-ci fut placée, comme on Ta vu plus haut, sous le vocable des SS. Séverin et Sosius ^

Tout ceci est d'une netteté parfaite et il y a lieu de ne tenir aucun compte des confusions postérieures. Celles-ci proviennent, je crois, en partie, de la même préoccupation qui a fait indûment attribuer un frère à saint Séverin de Norique, à savoir la prétention d'expliquer le mystère de son origine, en l'identifiant avec d'autres saints du même nom.

I. L*ëglise des SS. Séverin et So&ius existe encore à Naples, mais entièrement rebâtie en 1490 par Mormandi. Elle est ornée de fresques par Corenzio et richement décorée. Le couvent renferme depuis 1818 les grandes Archives du royaume. Le cloître est peint de fresques qui représentent des sujets tirés de la vie de saint Benoit.

204 SAINT SE VERIN.

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