‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 31 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Saint Sdverin et les Romains. — Sens de sa mission. — Ëlëmenis »ur lesquels il s'appuie. ^- OrganîsâdoQ mumcipale^ -^ Clergé. — Prépondérance qu'il a prise. — Bonnes relations de saint Se vérin avec le cierge, â quelques exception* près. — Paulin, prêtre, puis évêque» disciple de Se vérin. — Incrédulité et cbâumeDt de PassaUf de Jovîacum. — Scandaks de Cucultis, victorieuse inlerveotion du saint- — Un jugement de Dieu, ^^ FUau. des sauterelles. — Organisation de la clicirité.

— Dîmes consenties. — Héroïque charité de Maxicdiiiî,

— Légende de Tours. — Miraûle de rhuile. — Réaiillats.

Saint Se vérin était donc venu d'Orient pour porter secours aux populations du Norique et des provinces limitrophes* Celle mission entraîn^iit deô repports avec les deux couches de peuples qui occupaient le pays ou y pénétraient par des iocursîons incessantes. Les anciennes d'abord, colons romains, implantés depuis un nombre plus ou moins grand de générations, et anciens indigènes assimilés à la civilisation romaine, c'est-à-dire les vaincus et les opprimés, puis les

oppresseurs, c*est-à-djre les Barbares. Il B*agîasait, comme nous l'avons dît^ d*uoe pari, de relever les premiers, moralement d* a bord, par la ^ferveur relig^îeuse qui affermirait leur âme» leur donnerait le courage de se défendre, de réagir ^■contre l'înévûable découragement, et ensuite, matériellement, soit en tirant parti de ce qui pouvait subsisier d'organisation dans un pays désorganisé, et en suppléant dans la mesure du possible à r autorité défaillante. Il était nécessaire, cl*autre part, d'opposer à la tyrannie capricieuse des Barbares ime puissance morale capable de leur en imposer, puisque la force matérielle faisait défaut. Nous devons donc maintenant étudier saint Séverin dans ses relations avec les uns, puis avec les autres*

Et d'abord, quels éléments subsistaient dont le saint pût tirer parti? L'armée, nous avons vu que Ton ne pouvait guère compter sur elle* A peine, çà et là, subsistaient quelques faibles garnisons, capables à la rigueur, si on savait leur donner confiance en elles-mêmes, de protéger une ville contre les coups de mains des brigands scamares, mais totalement impuissantes contre les peuples barbares. A peine pouvaient-elles se sauver elles-mêmes. Une escouade de Passau partie pour aller en Italie chercber la solde qu'on

SATNT SÉVERIN.

n'envoyait plus ne pul revenir. Après avoir traversé les Alpes sans encombre, elle fui massacrée sur les bords de l'Inn, et Ton ne connut le sort des malheureux soldats qui la composaient qu*en retrouvant leurs cadavres dépouillés V D'iâilleurSî quand Odoacre eut annexé le Norîque k son jeune royaume, ces débris mêmes de rarmée romaine rentrèrent en Italie*.

Du pouvoir centrât, il n*y a pas à parler. Depuis longtemps, il ne donnait plus signe de vie uun provinciaux perdus sur les bords du Danube. Restait rorganisatioD municipale. On sait quelles charges les fonctions municipales, si rechercbées jadis, avaient fini par imposer aux habitants riches des villes de provinces, et comment, dans les derniers tem]*s de Tempirep les citoyens cherchaient, par tous les moyens, h s'évader de ces ruineux honneurs. Il est donc certain que rorganisatiou, telle que les Romains l'avaient établie, s*était effondi'ée à la faveur de lanarchte causée par les invasions. Mais, quelle que soit Tanarchie, une ville ne peut subsister sans une ombre d'autorité locale. 11 est donc non moins certain qu'il s'était établi une entente entre les citoyens pour veiller aux services indispensables. Le bon sens suffirait

à oous en donner la certitude^ mnis quelques faits nous permettent d'affirmer que ce n*est pas Hi une simple hypothèse. Il existait des millneâ, toutes locales, composées de ciiovens qui, a tour de rôlej veillaient sur les remparts, impuissantes, parce qu'elles étaient isolées, mais qu'à un moment donné Séverin saura réunir, avec efficacité, pour une action commune* Puis, il y avait des délégations que nous voyous adressées par les villes, soit au saint, soit h des rois barbares* Ces délégations traitent avec quelques-uns, moitié conquérantSj moitié protecteurs, pour défendre les Romains contre d'autres envahisseujs. Elles solticitent d'autres rois des autorisations pour faire le commerce avec les provinces limitrophes. Cette autorisation dépend de rinslable bonne volonté des divers chefs qui y régnent. C'est ainsi que nous voyons les habitants romains de Passau, en Rhétie, prier Séverin d'intervenir auprès du roi des Ruges pour qu'il leur permette de commercer avec leurs voisins du Norique*, on il faisait la loi, bien qu'il n'en fût pas officiellement le maître.

Si entravé qu*il soit, le commerce en effet, tant

1. Eug,^ XXll^ a,., heatitm %'irum ti^pîictâ adierant utpet* gens ad Feùamm^ Ru^ofum prutclptm^ mcrcandl eis Ikeniiam

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qu'il y a des hommes, ne cesse jamais coniplèiement. Dès qu'uue accalmie se produit, il saisit Toccasion* Les transports sur terre étaient dilliciles» périlleux, mais non pas impossibles^ puisque nous allons voir saint Se vérin lm*mème en opérer» les barques continuaient a monter et descendre les cours d'eau.

Donc, il subsistait une vie municipale, quoique faible et insuffisante. Mais au delà, il nv avait rien. Pas trace, nous ne dirons pas de fédération, mais de relations entre villes en vue d*iin accord pour la défense commune.

Une seule org^anisation demeure intacte» sinon forte, le clergé. Le service religieux est partout en pleine activité. Partout nous voyons les ëvcques continuer à gouverner leurs diocèses; des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des portiers, des chantres, remplissent 'chacun leur oflBce. Dépourvu en droit de pouvoirs publics, en Norîque comme en beaucoup d'autres lieux, par la seule force des choses, le clergé est devenu une puissance. C'est vers lui qu'on se tourne instinetivement, puisque sa hiérarchie est la seule qui soit demeurée. Hagarde rautoriic morale et Fautorité matérielle vient à lui. Les églises sont devenues pour le peuple les lieux de réunion habituels. C'est à Téglise que se font les communications de toute

aatiirc, queFontlonne avis Je Tapproclie des Barbares, cjue Ton délibère sur les mesures a prcMidre* Le rôie des prêtres est prépondérant, et surtout celui des évèques. A Laurîacumj lors d*une attaque des Alamans, c'est ré%'êque qui organise [a défense. I.e fait nVst pas unique dans notre récit, nous le re verrons ailleurs. Nous avons déjà rencontré ce tribun militaire, dont le peuple fit un ëvêque. Dans une condition si opposée à sa première profession, Texpérience qu'il avait acquise ne lui fut certainement pas inutile, 11 syuibëtise éloquemment le rôle nouveau qui s'impose à répîscopnt, les devoirs nouveaux que les circonstances exig^ent des évéques.

Têts sont les éléments sur lesquels Séverin peut compter, avec lesquels parfois il doit compter* Mai» de ces deux organisations, Tune municipale, Tautre ecclésiastique, la seconde est incomparablement plus parfaite que la première, Séverin y trouva les cadres tout préparés d'un gouvernement tbéocratique. Dire qu*il le fonda, ce serait^ a notre sens, aller beaucoup trop loin*. Séverin ne fonda pas de gouvernement. Mais il sut fonder une entente. Il lut le lien qui réunit des bonnes Ivolontés éparses, il les stimula, il fut le conseil

I. Âmëdée Thierrj s*approprïe cette expression. Je on quUci il (lëpasBe la réalité.

qui dirige et souvent le bras qui exécute, il donna une li^ne de conduite commune aux cités isolées.

II fut aussi celui qui portait la parole au uora de la romatiité et le seul qui maintint quelque peu la dignité de celle-ci en face d^un conquérant impudent et sans scrupules. S'il a gouverné, ce fut par un cousentenient universel et tacite^ sans plus de litres définis qu'en d'autres temps n'en eut un Përiclès pour inspirer pendant quarante années la politique d'Athènes*

Les relations de Séveriû avec le clergé furent en général excellentes. Cependant, il est a remarquer que les difflcultés qu'il rencontra parfois lui vinrent de ce côté et jamais de la population laïque. Sans cesse nous le voyons en cominnnication avec les évêques et les prêtres du pays. Populaire comme il l'était, il est possible qu*il n'ait pas toujours été étranger au choix des évêques. Il y avait un prêtre de Tiburnium, ville du Norique intérieur, qui jouissait de tonte la confiance de Sévérin. Il se nommait Paulin ', Parfois il venait, malgré la distance, faire un séjour au monastère de Favianes, Un jour qu'après une de cea visites il prenait congé de Séverin, celui-ci lui dit î ft Hâte-toi, vénérable prêtre, car nous avons lieu

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