‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 59 sur 64 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L*exode {488). — MirçLe iriomphale des relique» de saint Séveriu. — Arrivée en lia lie. — Se jour prûv boire à Monte Feltro» — Barbarie, noble dame napolitaine, olfre aux moines* ja villa de Lu eu lia nu m, — Inierveniion du pajïp Gtilase (49^-49^)* — Sépulture royale et nouveau monaslère de Saint-Séverln.

« Après ma mort, Dieu vous visitera; emporte! mes os avec vous i^, avait dit saint Séverin sur soo lit de mort, en s'appropriaot une parole du patriarche Abraham. Et voici qu'en effet Dieu avait visité ce peuple si long^temps opprimé et lui promettait un asile sûr.

A la voix du comte Pierius\ Texode se prépara.

f. Eug.^ XLIY, 5. Ce même comte fut tué deux ou trois

an nées plus lard en Italie dunsi une bataille {Chran, mîti., vol. I, p. 'Ît6, 3j9),

L'émigration eut lîfu en 388, ot cette date nous permet de fixer celle de îa mort de Séverin, En e(Feti Odoacre fait la guerre aux Ruges en 487, puis une seconde guerre. Or, en 4%, Tbéodorie envahit TltaUe. Donc, la deuxième guerre et Tejtode doivent iltre de 4^^, nécessairement après 4S7, avant 489- Or. Eugippius nous dit que le coqiâ Ciat exhume êix aiii après la mort; c'est donc bien en 40 »

l'exode. 191

Les habitants romains des villes et des bourgs chargèrent sur des chariots tout ce qu'ils pouvaient emporter. Les préparatifs des moines si bien dépouillés quelques années auparavant par Frédéric, ne durent pas demander grand travail. Mais leur richesse ne consistait pas en meubles, en étoffes et en vases précieux. Autre était leur trésor.

Depuis six ans le corps de saint Séverin reposait dans la sépulture provisoire où Tavaient déposé ses frères. Quand le jour du départ fut proche^ toute la communauté se réunit un soir autour du sépulcre. L'abbé Lucîllus, qui vivait toujours, entonna un psaume. Puis, lorsque le chant fut terminé, il donna Tordre d'ouvrir le tombeau. Dès qu'il le fut, une odeur si suave se répandit que le cœur des assistants fut pénétré de joie, et plusieurs, incapables de maîtriser leur émotion, se prosternèrent le front contre terre. Puis l'on découvrit le corps, et, à la grande surprise* des assistants (car on ne l'avait pas embaumé), il se trouva conservé comme au jour de la déposition. La barbe, les cheveux étaient intacts.

qu'il faut placer cette mort. L'exode des Romains du Norique fut considéré comme un événement important, car il est relaté par plusieurs chroniqueurs, entre autres par Paul Diacre, Histor. Longob., I, 19.

Pieusement, on changea les linges qui Tentou- ' raientf puis Ton referma le cercueil. On le plara dans une sorte de chapelle portative ou d'oratoirCj depuis longtemps préparé à cet effet* ^ et le tout Jut disposé sur un chariot traîné par plusieurs chevaux.

Alors on vit un des spectacles les plus exlrao dinaires que T histoire ait enregistré et que volon tiers on attribuerait à la légende si nous ne pos sédions le souvenir écrit des témoins oculaires : tout un peuple éniigrant derrière les os de celui qui avait été non pas un roi, non pas même son chet temporel f mais uniquement soq père spirituel et son bienfaiteur'. La population romaine tout entière, en effet, se mit en marche à la suite du 1 char qui portait la dépouille de Se vérin, comme si elle eût demandé au saint personnage de lui^B servir de guide dans son e%ode comme il Tavait^^ fait dans les tribulations. Autour du char marchaient les moines, et jour et nuît> dans J'ora toire comme en une chapelle ardente, quelques uns priaient et chantaient.

Le cortège, escorté par les soldats d*Onulph

I, ^iig.^ XLflI, 9- Dès aprèi k mort du sàînt :*., lactU tum iigaeuni paravenmt u^„ prmdictoriâ imperata complerent.

a, Eug,^ XLIV, 7- Cuftctis nohiscttm propmcjalibas idem itcr agûntibus,...

LEXÛDE,

engagea dans les Alpes et le Franchit sans ren-« contrer d^obatacles, puis il redescendit vers les côtes plus hospilallères de TAdriatique, Moines, peuple, soldats, tous allaient d*un même pas comme d'un même cœur, selon la parole même de Séverin, et faisaient au bienfaiteur du Norîque comme de triomphales fuDëraîlles* Pas un ne se sépara des autres avant que, tous ensemble, on n'eût foulé le sot de Tltalie.

Partout oii Ton s*arrêtait, la foule accourait pour vénérer les saintes reliques. Sur tout le parcours f les malades attendaient et beaucoup étaient guéris'.

Enfin on toucha le sol de Tltalie, Ou s'arrêta dans une place nommée Monte Feltre. Ici, la dispersion s'opéra. Chacun prit sa route du côté où rappelaient ses relations, ses intérêts, et surtout les terres qu'Odoacre n'avait pas manqué de mettre à la disposition des arrivants*.

Les reliques de saint Séverin demeurèrent à Monte Feltre', mais sans y être inhumées, et les moines eux mêmes y restèrent, mais sans y avoir

Page 1