‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 100 sur 328 · Mémoires du duc de Luynes ^ t. XIV, p. 146 et suiv · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luynes ^ t. XIV, p. 146 et suiv

« On doit juger qu'avec l'esprit critique qu'il avait il doit se trouver dans ses écrits plusieurs papiers qui ne sont pas faits pour voir le jour et qui ne peuvent être remis qu'entre les mains d'un ami sage et prudent. C'est ce qui a déterminé M. de Saint-Simon à vouloir que ses écrits fussent remis à H. Févéque de Metz. Si M. de Saint-Simon avait donné, de lamainàlamainy ses manuscrits à M. l'évéque de Metz, et qu'ils se fussent trouvés à sa mort hors de chez lui, il n'y aurait eu nulle difficulté; mais il s'est trouvé grand nombre de créanciers qui ont été affligés et piqués de voir qu'ils perdraient au moins la moitié de ce qui leur était dû, parce qu'il y a pour 40 000 livres de rentes de terres substituées qui passent à Mme de Valentinois ^, sans être tenues des dettes. Us ont demandé que les manuscrits fussent examinés et inventoriés comme le reste; ils ont donné pour raison que ces manuscrits pouvaient contenir des titres de la maison ou quelques papiers utiles aux intérêts de M. de Saint-Simon, et par conséquent aux leurs, ou bien qu'ils pouvaient avoir une valeur considérable qui augmenterait les biens de la succession. Us ont ajouté que l'usage ordinaire était que l'exécuteur testamentaire^ fût chargé de la délivrance des legs sans que les légataires y assistassent, et se sont opposés à la prétention de M. de Metz d'assister à cet inventaire par procureur ou du moins en personne.

' « M. de Metz a représenté qu'il avait toute confiance dans un ami aussi sage et aussi éclairé que M. de Fresne, mais que c'était par M. de Presne lui-même qu'il avait été averti du moment où il serait question des manuscrits dans l'inventaire, et que, sachant que les occupations de M. de Fresne ne lui permettraient pas toujours d'assister audit inventaire.

1. C*était, comme on la vu plus haut, la petite-fille de Saint-Simon et l'unique héritière de la branche des Saint-Simon à laquelle appartenait Tantear des mémoires.

1. SaintpSimoa avait nommé pour exécuteur testamentaire M. de Fresne- Dtguesseau.

on ne pouvait le blâmer de n'avoir pas une confiance aussi entière dans le procureur que M. de Fresne mettrait à sa place.

« Il a été d'abord décidé à Tamiable et de concert avec les héritiers, qfui avaient la même prétention que les créanciers» que les manuscrits seraient remis entre les mains de M. le lieutenant civil. Mais comme il fallait examiner ces manuscrits et voir s'ils étaient tous dans le cas du legs fait à M. de Metz, cela a formé une question qui fait l'objet du mémoire. Cette question a d'abord été portée à M. le lieutenant civily qui a jugé que cet examen des papiers pouvait se faire en l'absence de M. de Metz. M. de Metz a appelé de cette sentence à la grand'chambre ; l'affaire a été plaidée. L'avocat des créanciers est créancier lui-même. Il y eut hier arrêt qui jugea que M. de Metz en personne serait présent à l'inventaire. Les livres imprimés où il y a des notes ne peuvent faire partie des manuscrits.

« On est un peu étonné que les créanciers de M. de Saint- Simon se trouvent dans le cas de perdre plus de moitié. A la mort de Mme la duchesse de Saint-Simon, oii fit un inventaire des biens de M. de SaintSimon qui se trouvèrent monter • à 173 000 livres de rentes. »

Le gouvernement, instruit du caractère satirique des Mémoires de Saint-Simon, qui pouvaient toucher à Thonneur d'un grand nombre de familles, en ordonna le dépôt au mrinistère des affaires étrangères, où ils sont restés comme prisonniers d'État jusqu'en 1829. Cependant de nombreuses indiscrétions les fin nt connaître du public. Mme du Deffand en avait obtenu communication en 1 770, et trouvait à leur lecture un plaisir indicible ^ A partir de 1784, on commença à en publier des fragments, et enfin en 1829 le général de Saint-Simon, qui se rattachait à la famille de l'auteur des Mémoires par une branche collatérale, donna la première

1. Voy. la Notice de M. Sainte-Beuve en |ête des Mémoires de Saènl- Simon y p. ztxu.

édition complète ^ J'ai cherché, en 1856, à améliorer cette édition, d'abord en rétablissant un certain nombre de passages retranchés dans l'édition de 1829 , puis en rendant à d*autres la place que Fauteur leur avait assignée*, enfin en consenrant les notes marginales où il avait résumé sa pensée. J'ai fait de ces notes les sommaires des chapitres. Quant à Findication des pièces auxquelles renvoie Saint-Simon, indication qêe Ton avait retranchée dans les anciennes éditions, je l'ai maintenue et j'ai prouvé qu'elle n'était pas sans importance.

£n résumé» la biographie de Saint-Simon nous l'a montré concevant à dix-sept ans, en 1692^ la première pensée de ses mémoires, ne les perdant jamais de vue pendant plus de cinquante ans (1692-1743), observant par lui-même, se ménageant des amitiés puissantes, qui le tenaient au courant des intrigues de cour, se procurant des mémoires sur les négociations secrètes, s'instruisanl de tout le détail des mœurs et des institutions, lisant et annotant les journaux qu'il pouvait se procurer, puis armé de toys ces documents s'enfermant dans la solitude et retraçant dans sa vieillesse, avec une grande puissance d'imagination, les scènes auxquelles il avait assisté et les anecdotes quon lui avait racontées. Il voulait être vrai; nous ne doutons pas de sa sincérité lorsqu'il dit dans l'introduction de ses mémoires * : « C'est en ce

1. Je me sers à tort du mot complète. J'ai prouvé, en effet, par les notes de mon édition, que plusieurs passages avaient été transposés et d'autres supprimés.

2. Ainsi tous les détails sur la situation de l'Espagne, en 1700, à i'avénement de Philippe V, ont été renvoyés par les éditeurs de 1829 à l'année 1722, où Satnt-Srmon fut chargé d'une ambassade eitraordinaire en Espagne. Ils ont réuni en un seul morceau les deux passages où , à vingt-deux ans de distance, l'auteur avait tracé le tableau de cette contrée. Hais pendant cette période (les changements considérables avaient eu lieu: placer en 1722 ce que Saint-Simon disait de l'Espagne de 1700, c'est] altérer gravement la ver. té historique.

Page 1