‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 149 sur 328 · La cour alla en effet à Toulouse vers la fin de 1669k · texte numérisé non relu

La cour alla en effet à Toulouse vers la fin de 1669k

S88 EXAMBN CRITIQUE

Éminenee sait que, quand ces messieurs sont à lenr aise en an lieu , ils n'aiment guère à en sortir que pour aller à Paris.

« Le roi témoigne assez d'impatience pour son mariagi' , et disait à la reine, il y a trois jours, qu'il serait fort ennajé s'il le croyait difiéré encore longtemps. 11 est certain que son esprit parait fort libre et assez dégagé, et il semble qu'il s'afifectionne bien plus qu'il ne faisait. Sans doute que la cessation des commerces S à laquelle Votre Éminenee a mis la main si utilement, l'a mis en cet état, et l'y maintient, qui est assurément pour lui une situation d'un très-grai:d repos; car sa santé était visiblement altérée et se sentait des impressions de son esprit, comme je ne doute point que ceux qui en ont le soin ne vous en aient particulièrement informé.

c La cour grossit à cette heure si extraordinairement qu*il ne se peut rien voir de plus en un lieu si éloigné de Paris.

c M. le duc de Guise, MM. d'Harcourt, M. deLangres, MM. d*Albret et de Roquelaure, comtes de Béthune, d'Estrées, de Brancas et cinquante autres particuliers de qualité sont arrivés ici depuis peu, à trois ou quatre jours les uns des autres, et de la façon qu'ils parlent, je crois que M. le commandeur de Jars se trouvera seul dans Paris de tous les gens qui vont au Louvre , tous ceux qui y sont demeurés se disposant à venir ici.

< M. le duc de Guise s*en va voir M. le duc de Lorraine à la conférence et ne demeurera que très-peu de jours.

« Le roi va à cette heure à la comédie presque tous les soirs; il en fit représenter une le jour de la naissance de l'infante ; il prit un habit magnifique, fit faire grand feu aux gardes françaises et suisses et à ses mousquetaires;, tout le canon de la ville fut tiré. Il y eut grand bal où il dansa. L'on

1. Il Vagit des relations de Louû XIV avec Marie Mancini, que le cardi nai avait reléguée à Brouage.

fit média noche, et il dit à la reine n'y ayant que moi et deux personnes que c'était le moins qu'il pouvait faire, puisqu'il était le principal acteur de lacomédie, pour s'expliquer dans les mêmes termes que le roi d'Espagne.

« M. de Roquelaure perdit hier dix mille écus contreM.de Gauvisson au piquet. Celui-ci n'en gagna que deux mille, mais H. de Brancas, qui pariait pour lui, en gagna six mille ^ . M. de Roquelaure n'a joué que deux fois contre M. de Gauvisson, et il a perdu quarante mille francs qu'il a pariés. Je vous écris avec cette certitude , parce que je les lui ai vu perdre. Sa chère n'en est pas moins grande, car il la fait très-bonne.

< M. de Gounrille est passé ici qui a dit qu'il allait quérir M. le surintendant ^

« M. de Langlade y est arrivé sans doute pour servir son quartier.

« M. de Yardes en est parti , il y a quatre jours , pour se rendre auprès de Votre Éminence et s'y tenir. Rien n'est égal à la manière dont il a parlé à tout le monde de ses intérêts, disant qu'il n'aurait jamais de volonté que celle de Votre Éminence. Il a édifié tout le monde par sa tristesse et par sa modestie.

c M. de Bouillon est arrivé de la campagne où il était allé chasser pour quinze jours.

« Il arriva ici avant-hier des comédiens français qui étaient CD Hollande; ils ont passé à la Rochelle; on les appelle les comédiens de Mlle Marianne', parce qu'elle les faisait jouer tous les jours. Ils vinrent hier chez la reine , comme elle entrait au cercle. Elle leur fit diverses questions à ce propos et les engagea à dire qu'il n'y avait jamais eu que Mlle Marianne qui les eût vus jouer, et que les demoiselles ses

1 . Il faudrait huit mille pour faire le chiffre indiqué par Bartet.

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