‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 88 sur 328 · Mémoires du duc de Luynes^ t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luynes^ t. I, p

3. Saint-Simon a longuement parlé dans ses Mémoires de la maison de Bouillon, principalement au tome V, p. 298-326.

4. Les deux fils du premier maréci^ial de Bouillon (Henri de la Tour), furent le duc de Bouillon (Frédéric-Maurice de la Tour) et le vicomte de Turenne.

5. Sedan et Bouillon furent échangés contre les comtés d'Auvergne et d'Évreux, et les duchés «l'Albret et de Château-Thierry. Le duc de Bouillon mourut en 1652, un an après cet échange.

premières dans toutes les histoires et mémoires de leur temps, ont échappé à la même incurie et à Fignorance extrême de ce temps-ci. C'est ce que j'ai cru nécessaire de remettre devant les yeux d'une manière qui porte ses preuves claires et une évidence entière. Ce que vous trouverez rapporté des articles à faire prononcer * par le parlement, que M. le chancelier d'ai:gourd'bui* fit échouer, m*a passé parles mains au temps même, parce que les deux personnes que le roi y employa' n'avait rien de caché pour moi. Tout le reste de cette quatrième partie a été public *, et tout son contenu doit servir de suite à ce que vous ferez tirer des histoires et des mémoires sur le maréchal de Bouillon et ses deux fils.

« n me semble , monsieur, que j'ai passé vos espérances de mon travail, non de bonté, mais d'étendue, et la mesure de la complaisance, dans la très-ferme persuasion où je suis que je n'ai écrit que pour la beurrière, et qu'il n'est aucun des intéressés qui veuille se donner la peine de le lire, beaucoup moins d'en faire usage. Tout le salaire que je vous en demande est un inaltérable secret sur l'auteur, et de brûler cette lettre comme les précédentes. Je ne voudrais pas tourner le pied pour pas un d'eux après ce que j'en ai éprouvé, et à mon âge, à ma retraite et sans postérité; beaucoup moins, pour de telles gens, me faire, de proches de qui personnellement je n'ai qu'à me louer en tout et par tout, des ennemis irréconciliables pour avoir écrit des vérités inutiles. Si donc par impossible j'entends quelqu'un, même des nôtres, me parler de ce mémoire, j'ignorerai qu'il

1. Ces articles sont cités dans le tome VIU, p. 396 et suïy. des Mémoires de Sainl-Simon.

2. D'Aguesseau, qui était alors procureur-g(^n^ral . «se trouva, dit Saint- Simon (t. VIII, p. 401), Tami intime du duc d'Albret», fils du duc de Bouillon.

3. Une de ces deux personnes était le secrétaire d^tat de Ponchartrain. (JWd., p. 402^403.)

4. II s'agit probablement des faits relatifs au cardinal de Bouillon, que Saint-Simon a racontés dans ses mémoires.

en existe un, et je refuserai d*écouter ce qu'il me chante , ni ce qu'on en peut et veut faire. Vous pouvez compter là-dessus, et par ce que vous arrachez de moi [connattre] tout ce que vous pouvez sur moi.

« Vous trouverez dans le père Anselme, à Tarticle de H. de Bouillon, ce qui regarde l'opposition que firent les ducs à la qualité de prince ^ >

Dans les dernières années de sa vie, Saint-Simon s'occupait encore de ces questions de préséance qui n'avaient cessé de le tourmenter. Il écrivait au duc de Luynes, le jour de Noël 1752: c Dispensez-moi , monsieur, d'un volume d'écriture pour expliquer ce qu'une courte conversation ferait. D'ailleurs tout ceci est mêlé de tant de ténèbres, d'entreprises et de tempêtes, qu'il serait difficile à un vieux bourgeois de Paris, tel que je suis*, d'y pénétrer. Elles me font seulement applaudir à ma bourgeoisie, sans avoir la présomption de porter mes considérations plus loin.

< Pour MM. d'Elbeuf et de Brionne , je trouve qu'ils font fort bien *, et que les ducs feraient très-sottement de ks y troubler. C'est précisément le cas de M. deBeauvilliers et de M. de Saint-Aignan, son frère. Je m'en tiens à vous présenter cet exemple récent. Le détail de cette explication mènerait trop loin par écrit.

« On ne peut être à vous, monsieur, avec un attachement

1. II y a dans le texte et de prince. Le et est sans doute un lapsus de Saint- Simon. Il s'agit, en effet, de l'opposition à la qualité de prince étranger.

2. Saint-Simon avait cédé sa dignité ducale. la pairie et la grandesse à son fils atné, en 1722, et après sa mort à son second fils, qui ne mourut qu'en 1754. Ce fut alors seulement que Saint-Simon rentra dans ses titres et dignités. D'ailleurs, comme on l'a vu plus haut, il ne paraissait plus à Versailles, et c'est surtout par allusion à sa vie retirée à Paris qu'il s'appelle un vieux bourgeois de Paris.

3. C'est-à-dire qu'ils ont raison de soutenir les droits et titres de princs étrangers attachés à leur maison.

pins sincère ni plus respectueux que j'y suis ni plus entièrement , votre très^humble et très-obéissant serviteur.

Le duc de Saint-Simon. »

Dans une lettre antérieure, Saint-Simon raille le duc de Luynes sur le rigorisme avec lequel il observait les jeûnes et les abstinences: « Je vous félicite , lui écrit-il^ sur Fénormité des maigres, reffrénement des fêtes et la masse accablante que cela forme. Vous savez peut-être ce que dit l'Évangile sur la suffocation des lois de Dieu par les pratiques ajoutées des pharisiens, et ce que dit saint Paul sur l'ancienne loi» que la loi est le germe du péché ; si est-ce que toutefois nous en tenons pour les deux tiers de Tannée. Je vous y souhaite un estomac. Vous êtes, mon cher duc , trop saint, trop détaché et trop rasé les soirs pour oser vous souhaiter autre chose. Je vous envoie Rome' si au net que cet ornement de Talmanach mérite vos bontés pour moi, sur lesquelles je veux compter toutefois, mon cher duc, malgré mon indignité.

Le procureur général du parlement de Paris, Joly de Fleury, fut aussi un des personnages avec lesquels Saint- Simon entretint des relations jusque dans les dernières années de sa vie, et qu'il consulta quelquefois sur des fails consiignés dans ses mémoires Ce magistrat éminent était curieux d'anecdotes et de manuscrits, et sa volumineuse collectioo est venue enrichir le dépôt de la Bibliothèque impé ri.ile. Saint-Simon che Joly de Fleury comme la principale autorité dans le récit qu'il fait de la mort de la première femme de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV*. C'est à ce magistrat que Saint-Simon s'adresse pour vérifier une as-

1. Tome I, des Mémoiret du duc de Luynet, p. 448-449. 1. H s'a^ssait d'une partie d'almanach comprenant tous les titulaires de l'Église romaine.

sertion de Dangeau, relative au parlement. C*est encore Joly de Fleury qui l'instruit des paroles que prononça Louis XIY lorsqu'on lui eut arraché les dispositions testamentaires qui égalaient presque le duc du Maine au régent^ Enfin Joiy de Pleury raconta à Saint-Simon une entrevue entre le r^ent et le premier président du parlement , de Mesmes, dont l'effronterie fut confondue par le ducd*0rléans, de la manière la plus éclatante'. Après la découverte de la conspiration de Cellamare, le premier président, inquiet de ses relations avec l'Espagne, voulut payer d'audace et fit demander au régent une entrevue secrète qu'il obtint par l'intermédiaire de Mlle de Chausseraye. « Là le premier président, qui était beau disetir et qui avait fort la parole en main, fit à M. le duc d'Orléans les protestations les plus fortes de fidélité et d'attachement, à l'occasion des occurences présentes.... Le régent prit plaisir à lui donner lieu de redoubler ses protestations et à tout son bien-dire. Quand il en eut assez, il tira une lettre de sa poche, et tout à coup : Monsieur^ lui dit-il d'un ton irrité, tenez cela; lisez. Le coniiaissez-voxis? A Tinstant le premier président fondit à deux genoux, lui embrassant, non pas les jambes, mais les pieds, et se mit aux pardons, aux regrets, aux repentirs, et n'eut si belle peur de sa vie. »

Pavoue que malgré la haute réputation de Joly de Fleury et la gravité de ses fonctions, je tiens ces anecdotes pour douteuses. On verra plus loin ce qu'il faut penser de l'empoisonnement de Madame. Curieux lui-même et avide de tous les bruits de cour, il les acceptait, comme Saint-Simon, avec un empressement dont il faut se défier. Son témoignage est d'autant plus suspect qu'en ce qui concerne le fait à vérifier sur les registres du parlement, il s'est mis en opposition avec le texte même de ces registres.

1. Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 175 (note). 3. /bïd., t. XVII, p. 40.V406.

Page 1