‹ Saint-Simon et le saint-simonismeChapitre 15 sur 23 · T. XX, p · texte numérisé non relu

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métiers. Il n'y aura plus de place pour l'arbitraire. Qu'y a-t-il de moins arbitraire que la vérité? or l'administration n'aura d'autre fonction que de déclarer la vérité. Donnons quelques exemples : il s'agit d'établir un système de poids et mesures. La science déclare que le meilleur système, le plus rigoureux, le plus simple, est le système métrique : quoi de moins arbitraire? Cependant il faut appliquer le système et le faire exécuter : c'est ici le rôle de la police ou du gouvernement; fonction très-inférieure. S'agit-il de salubrité publique ? Qui doit décider ? qui doit diriger ? Ce sera un conseil d'hygiène. Il déclarera ce que la science nous apprend relativement à ce qui est salubre ou insalubre : la police n'a qu'à surveiller l'exécution. De même des grands travaux publics, des fêtes publiques, de l'éducation, et tous ces objets qui sont le véritable objet du gouvernement,, parce que tous se traduisent en effets utiles, doivent être jugés par les hommes compétents; la politique ne doit être que leur subordonnée. Dans la réalité il en est tout autrement : c'est la politique qui est la maîtresse, et les objets utiles qui sont subordonnés. Il y a beaucoup de justesse dans ces considérations. Cependant Saint-

Simon se fait illusion lorsqu'il croit détruire par son système le gouvernementalisme. Lorsque l'industrie, en effet, aura remplacé ce qu'il appelle le gouvernement, ce sera elle qui sera le gouvernement. Or ce n'est pas là un fait inconnu dans l'histoire. Il y a eu de grandes compagnies industrielles qui ont été des gouvernements. On ne voit pas qu'elles aient laissé un souvenir d'équité et de douceur supérieur à celui des autres autorités. Il y a eu peu de pouvoirs plus tyranniques que ceux de la compagnie des Indes, soit en France, soit en Angleterre. Il est vrai que ce pouvoir était exercé en pays étranger et sur peuples conquis, mais rien ne prouve qu'il serait plus doux s'il était exercé sur des compatriotes. Saint-Simon a raison de dire : « Qu'on juge où l'on pourrait atteindre si les hommes, cessant de se commander les uns aux autres, s'organisaient pour exercer sur la nature des effets combinés ! » Mais pour s'organiser ainsi, il faudra toujours qu'il y ait des hommes se commandant les uns aux autres : car nulle association sans discipline. Le gouvernementalisme reviendrait donc par le système même qui prétendait l'abolir.

Jusqu'ici la doctrine de Saint-Simon nous a paru surtout une sorte d'industrialisme; et, pour la distin-

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guer des doctrines analogues, on pourrait la caractériser comme un industrialisme centralisateur. Mais nous n'y avons encore signalé aucune trace des deux caractères qui feront plus tard le succès, l'originalité et la ruine de l'école saint-simonienne : d'une part, le caractère philanthropique, humanitaire, populaire; de l'autre, le caractère rehgieux. Cependant ces deux caractères n'ont pas été étrangers à la doctrine du maître, et ils ont signalé la dernière phase de ses idées : celle qui a eu le plus d'influence sur ses disciples, et qu'il a lui-même indiquée comme la plus importante; celle enfin qui a été marquée par la publication du Nouveau Christianisme.

Le caractère philanthropique et populaire de la doctrine de Saint-Simon commence à paraître dans sa pubhcalion du Système industriel. « Le but direct de mon entreprise, disait-il dans une de ses lettres aux industriels, est d'améliorer le plus possible le sort de la classe qui n'a d'autre moyen d'existence que ses bras.. . Ce serait d'elle que les gouvernements devraient s'occuper principalement, et au contraire c'est celle de toutes dont ils soignent le moins les intérêts ; ils la regardent comme essentiellement gouvernable et imposable, et le seul soin important qu'ils prennent à son égard est de la maintenir dans

l'obéissance passive ^ » Quels sont maintenant les besoins de cette classe si nombreuse et si intéressante ? Ils se réduisent à deux : le travail et l'instruction. L'un et l'autre seront le résultat du système industriel et scientifique : car d'une part, les industriels chargés de faire le budget tendront à donner le plus d'extension possible aux entreprises industrielles qui occupent le plus de bras ; et de l'autre, les savants sont le plus en état de donner un bon système d'éducation populaire; car ce qui est le plus utile au peuple dans ses travaux, ce sont les notions pratiques déduites des sciences positives. On voit à quoi se réduit jusqu'ici le socialisme de Saint-Simon. Il consiste dans une vaste entreprise de travaux publics et dans la prédominance de la classe industrielle; mais il n'a jamais encouragé ni même soupçonné cet antagonisme de la classe possédante et de la classe ouvrière dont on a fait, depuis, un des dogmes du socialisme. Dans un autre écrite, la tendance philanthropique et réformatrice est plus marquée. 11 donne pour but à la politique « de travailler directement à l'amélioration du bien-être moral et physique des

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