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efifet le symbole que la postérité lui a donné, et que riconographie place sur sa poitrine., Bien plus, la liturgie sacrée autorise ce rapprochement, et met sur nos lèvres, dans l'office propre du Saint, la strophe suivante :
Joyeux de cœurs et de visages, Chantons un triomphe si beau !
De Terreur ont fui les nuages, Aux rayons d'un soleil nouveau.
Pendant une période de vingt années, saint Thomas est, à la lettre, suivant la parole d'Albert le Grand, la Lumière de l'Eglise militante ; il est encore, et sera toujours, au témoignage du Pape Paul V, VAnge exterminateur des hérésies. C'est donc avec raison que l'Art chrétien, s'emparant de cette pensée, le représente sous la tigure d'un Chérubin, d'une main tenant rEucharistie, de l'autre brandissant un glaive flamboyant pour en frapper sans pitié les hérésies abattues.
Après le livre des Périls^ le Saint-Siège eut à condamner un autre écrit, VEvangile éternel, composé par un auteur anonyme, d'après la doctrine erronée de l'abbé Joachim, fondateur, au siècle précédent, du monastère de Fiora, en Calabre.
Ce livre partageait la durée du monde en trois états : le premier, sous l'Ancien Testament, avait été le règne du Père Éternel; le second était le règne de Jésus- Christ; le troisième, le plus parfait de tous, devait être le règne du Saint-Esprit, sur le point de commencer.
La vie contemplative pure allait remplacer la vie active, et uneEglise toute spirituelle succéder àTEglise
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"S'isible. La conséquence .pratique de cette doctrine «était l'abrogation prochaine des institutions de Jésus- Christ, en présence d'un nouveau sacerdoce, de nouveaux sacrements, d'une nouvelle morale.
L'Angélique Docteur exerça son zèle contre ces fanatiques, appelés plus tard Fratricelles et Béguins. Après avoir opposé à Lurs rêveries les vérités catholiques, il prouve péremptoirement que la Loi de grâce est l'état par excellence, établi par Jésus-Christ pour préparer la gloire de l'éternité, et qu'il n'y aura jamais d'autre Evangile.
Sur divers points de l'Europe chrétienne, et spécialement dans la haute Italie, restaient encore des traces de manichéisme. Cette hérésie remontait au lu^ siècle, •et admettait deux principes éternels : l'un bon, créateur des substances invisibles; l'autremauvais^ créateur des choses sensibles, par conséquent de la terre, des cieux, du corps humain. Peu d'années auparavant, un fils de saint Dominique, Pierre de Vérone, travaillant en Lombardie à l'extinction de cette erreur, était tombé 50US le glaive d'un sicaire, et Ton avait vu le saint martyr tremper son doigt dans le sang de sa blessure, «t tracer sur le sol sa profession de foi catholique : -« Je crois en un seul Dieu, créateur du ciel et de la « terre. »
Pour venir en aide à ses Frères, qui continuaient avec plus d'ardeur que jamais la lutte contre le manichéisme, saint Thomas employa son génie à trouver -des arguments capables de convaincre et d'éclairer les hérétiques.
Or, dans le temps que son esprit était absorbé par ces questions, dînant un jour à la table de saint Louis,
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avec le Prieur de Saint-J«cques, il lui arriva tout à coup de frapper du poing, en s'écriant : « Argument péremptoire contre les Manichéens ! » Son supérieur, mortifié d'un tel oubli en pareille circonstance, le tira par son habit pour le faire revenir de sa distraction. L'humble Religieux se confondit en excuses; mais le pieux roi, loin de se croire offensé, loua bienhaut son zèle pour l'honneur de Dieu et voulut qu'unsecrétaire notât, sans tarder, un si précieux argumerit.
Au delà des Pyrénées, dans les provinces reconquises sur les Maures par les rois de Castille et d'Aragon, le savant canoniste Raymond de Pennafort travaillait avec succès à la conversion des Musulmans et des Juifs. Convaincu de l'utilité d'un écrit opposé^ aux erreurs et aux superstitions des infidèles, il recourut à son Frère Thomas d'Aquin, et fit appuyer sa demande par le Maître de l'Ordre, Humbert de Romans.
Notre Docteur répondit par la Somme philosophique ou Somme contre les Gentils, chef-d'œuvre troppeu lu, servant en réalité d'introduction et d'explication à la Somme théologique^ dont la splendeur seuleéclipse Téclat de la première.
Divisée en quatre livres, la Somme contre les Gentils est une démonstration complète du Christianisme: Dieu, ses attributs et ses opérations ; l'homme, sa chutej sa réparation : l'Eglise, les destinées de l'âme et du corps, l'état définitif du monde : tout y est passéen revue, et exposé principalement d'après la raison, et avec des arguments dirigés contre les erreurs orientales.
A la même époque, vivait un philosophe, nommé
Averroës, fils d'un médecin arabe, chrétien en apparence, mais pratiquement athée, A. son jugement, la religion chrétienne était une j^eligion impossible, à cause du mystère de l'Eucharistie ; le judaïsme, zme religion d'enfants, à cause de ses observances légales, et le mahométisme, qui ne regarde que le plaisir des sens, une religion depoiirceaux. On pouvait juger de ses véritables sentiments par cette formule qu'il répétait souvent : « Que mon âme meure de la mort des Philosophes. >
Ce prétendu disciple d'Aristoie soutenait l'opinion insensée d'une intelligence unique existant dans l'univers, et dont les âmes individuelles n'étaient, au fond, que des modifications ou des manifestations diverses. Un tel système favorisait les passions humaines, et attaquait la vertu des Saints, en laissant conclure qu'il n'y avait aucune différence dans les mérites. C'est ainsi que raisonnaient des gens peu éclairés, et qu'on vit à Paris un soldat condamné à mort pour ses crimes, refuser l'assistance du prêtre, en disant: « Si l'âme de saint Pierre est sauvée, la mienne le sera pareillement, car n'ayant qu'un même esprit, nous ne devons avoir qu'une même fin. «
Contre cette doctrineperverse, l'Ange de l'école composa le traité àt l'Unité de V intelligence, en réponse aux Averroïstes : merveilleux ouvrage, dit un auteur, dans lequel, après avoir exposé les preuves fournies par h raison et par la foi, saint Thomas renverse le système de l'adversaire par les paroles mêmes d'Aristote, qu'Averroës avait mal comprises, et il démontre l'individualité de l'âme et sa responsabilité morale.
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Tandis que notre grand Docteur foudroyait une à une les erreurs de son temps, il éclairait TEglise par de lumineux écrits sur le dojme, la morale, le sens des Ecritures.
Il donnait de pieuses et savantes explications de l'Oraison Dominicale, de la Salutation Angélique^ du Symbole des Apôtres \ des expositions sur la Foi, le Décalogue, le Précepte de l'amour de Dieu et du prochain, les Sacrements'^ des traiiés sur divers ouvrages de Boëce, sur le livre des Noms divins, sur les Vices et les Vertus: des commentaires sur la Genèse, Job, les Psaumes j Isaïe, Jérémie, Daniel, les Evangiles de saint Matthieu et de saint Jean, les Epitres de saint Paul.
A Frère Réginald, son compagnon intime et son confesseur, il dédie sous le titre modeste de Compendium, Résumé de Théologie, un ouvrage qui ne comprend pas moins de deux cent cinquante-six chapitres ; à bon nombre de personnes, ecclésiastiques, religieuses ou séculières, parfois de très haut rang, qui lui ont proposé leurs doutes ou l'ont consulté sur les sujets les plus variés, il répond par des Opuscules, dont plusieurs offrent la matière de trente et quarante pages in-folio. Citons les traités de la Pensée ; de la Dijfférence entre laparole divine et la parole humaine: des Substances séparées, ou de la Nature des Anges', les traités : des Sorts ; des Astres-, de i Éternité; du Destin; de T Essence de la matière et de ses dimensions-^ du Mélange des éléments ; des Secrets de la nature ; du Mouvement du cœur -, du Gouvernement des Princes ; de la Perfection de la vie spirituelle ; le traité Contre la doctrine blâmable de ceux qui veulent
empêcher Ventrée en Religion, et bien d'autres, dont le dénombrement nous entraînerait trop loin.
Par ordre du Pape Urbain IV, et en vue de préparer la réunion de l'Église grecque à lÉglise latine, saint Thomas composa le traité Contre les erreurs des Grecs .
Dans cet ouvrage, il se montre semblable à un habile capitaine, qui, méditant un plan d'attaque, considère les moyens de défense de son ennemi, pour le combailre avec la même tactique et des armes pareilles. Notre intrépide athlète de la vérité oppose à ses adversaires l'autorité même de leurs anciens docteurs, et les convainc de schisme et d'hérésie par les témoignages des Athanase. des Basile, des Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, des Cyrille, des Ephrem et des Chrysostome. On comprend quelle impression dut produire un écrit de cette nature, et comment il devint un arsenal pour les Docteurs catholiques dans leurs disputes avec les Orientaux, aux Conciles de Lyon et de Florence, et jusqu'au sein de Constantinople, où. dans deux discussions publiques, le savant Dominicain Barthélémy de Florence confondit Marc d'Éphèse, lequel en mourut de honte et de chagrin.
Saint Thomas couronna son œuvre de polémique, en écrivant, à la prière du Chantre de l'Eglise d'Antioche, un nouveau traité Contre les Grecs, les Arméniens et les Sarrasins.
Tandis qu'il enseignait à Paris, surgit dans les écoles une controverse demeurée célèbre au sujet des accidents eucharistiques, c'est-à-dire des espèces du pain et du vin après la consécration. Ces accidents
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subsistent-ils réellement , sans substance pour lessupporter, ou nV a-t-il qu'illusion des sens ?
Sur cette question, les Docteurs parisiens étaient fort divisés. Après bien des discussions et des conférences, où toutes les subtilités scolasiiques avaientéié épuiséessans résultat , ils convinrent de consulter Maître Thomas, et de s'en tenir à sa décision. Ils avaient remarqué qu'en d'autres questions épineuses, le savant professeur atteignait la vérité plus sûrement et l'expo^ Sait avec plus de clarté qu'aucun autre.
Ce choix révélait une distinction bien flatteuse; mais notre Religieux avait une humilité trop profonde pour s'arrêter à cette pensée.
Il chercha dans la prière et le jeûne les lumières dont il avait besoin pour ne rien avancer qui ne fût entièrement conforme à la foi. Puis^ ayant pris connaissance de ce qui avait été écrit sur la matière, et s'étant recueilli en lui-même, il se mit à formuler son propre sentiment.
D'abord il distingue entre Vêtre naturel du corps de Jésus-Christ, assis dans la gloire, à la droite du Père, et l'être sacramentel de ce même corps, présent partout où se trouvent des espèces consacrées. De là ^il conclut à la réalité des apparences ou accidents eucharistiques, c'est-à-dire de la quantité, de la forme, de la couleur, de la saveur du pain et du vin, bien que toute la substance du pain et du vin ait été changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ . C'est là le grand miracle que TÉglise appelle transsubstantiation.
Toutefois, notre saint Docteur ne voulut pas prendre sur lui de proposer sa doctrine comme règle d'ensei-
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gnement dans l'école, sans avoir consulté Celui qui était l'objet même de la question. Il s'approche de l'autel, y dépose son cahier, comme un disciple présente son travail à son maître, et, les mains élevées vers le crucifix, il fait cette prière : € Seigneur Jésus, « véritablement présent dans ce Sacrement admi- « rable,et auteur des merveilles qui y sont renfermées, <( de vous seul j'attends la connaissance de la vérité « que je dois enseigner aux autres. C'est pourquoi, je c( vous en supplie très humblement, si mes sentiments « contenus en ces feuilles sont l'expression de la vérité, « accordez-moi de les faire clairement entendre. Si, au a contraire, j'ai écrit quelque chose qui soit en oppo- « sition avec la foi et la réalité de cet adorable mys- « tère, ne me laissez pas aller plus avant, et dire rien « de préjudiciable à la doctrine catholique. )^
Pendant que le saint Docteur priait ainsi, son compagnon et plusieurs Frères qui l'observaient virent tout à coup Jésus-Christ se placer sur le cahier, en face de saint Thomas, et lui adresser cette parole : « Oui, « Thomas, tu as bien écrit du Sacrement de mon * corps et de mon sang; tu as résolu et traité cette « question, autant qu'elle peut être comprise en cette « vie par une intelligence humaine. » La vision disparut; mais le Saint, poursuivant son oraison, tomba dans un ravissement, durant lequel il fut soulevé de terre à la hauteur d'une coudée, par l'attraction de la divine Bonté.
A l'annonce de ce prodige, le Prieur du couvent et d'autres Religieux accoururent; ils purent de leurs yeux constater le miracle, et en rendre témoignage.