‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 48 sur 85 · DERNIÈRE PÉRIODE D ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

DERNIÈRE PÉRIODE D ENSEIGNEMENT

avec tous, dit un biographe; tous parlent et s'expliquent par lui. » Les textes sont rapportés dans un si bel ordre qu'ils semblent émaner d'une seule et même pensée.

« Il a plu à Votre Sainteté, dit-il lui-même dans son épître dédicatoire au pape Urbain, de me confier le soin d'expliquer l'Evangile de saint Matthieu; je me suis appliqué à ce travail, et j'ai recueilli de nombreux passages des Pères. Mon intention a. été non seulement de faire ressortir le sens littéral, mais d'exposer le sens mystique, de réfuter l'erreur et de prouver la vérité. »

Le souverain pontife était tellement ravi de ce commentaire, d'un genre tout nouveau, qu'il voulait élever l'auteur à l'épiscopat, et même à la dignité cardinalice. L'humilité du saint religieux ut uns barrière que le pape n'osa franchir. Le Père Annibal de Molaria, intime ami de notre docteur, reçut la pourpre, et Thomas, l'éminente fonction d'enseigner la philosophie et les lettres sacrées aux clercs de la Maison pontificale.

Attaché dès lors à la cour du pape, le Docteur angélique enseignait et prêchait partout où se rendait le Vicaire de Jésus- Clirist. De la sorte, Viterbe, Orvieto, Fondi, Pérouse, et plusieurs autres villes de moindre renom, entendirent cette grande voix que sollicitaient les principales cités de l'Europe.

En 1264, Jean de Verceil, Général de l'ordre de

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Saint-Dominique, institua Frère Thomas régent des études à Sainte-Sabine.

Le couvent de Sainte-Sabine, près de l'église élevée sur le mont Aventin à la mémoire d'une martyre du second siècle, avait été donné par Honorius III au bienheureux patriarche des Prêcheurs. Le souvenir du saint y était toujours vivant. C'est là qu'il avait revêtu des livrées de l'ordre saint Hyacinthe et le bienheureux Ceslas, deux jeunes Polonais, destinés par Dieu à semer des couvents dans les régions du Nord, et à évangéliser des peuples sans nombre. C'est là que Dominique avait planté, en un coin du jardin, un oranger qu'a respecté le temps, et dont le tronc s'est enrichi tout à coup d'une tige nouvelle, l'année même où le P. Lacordaire prenait à Rome le froc monastique. Coïncidence gracieuse, dans laquelle on a voulu voir un symbole de la renaissance de l'ordre dominicain en France, au souffle de l'illustre conférencier de Notre-Dame !

Quand, en 1273, le Maître général transporta sa résidence dans le couvent de Sainte-Marie-sur- Minerve, au centre de Rome, Sainte-Sabine ne cessa point d'être habitée par les fils de saint Dominique. Aujourd'hui cette maison est, hélas! aux mains du gouvernement piémontais, à la réserve d'un bâtiment qu'occupent quelques religieux, chargés de desservir la vieille basilique.

Saint Thomas, installé dans sa nouvelle chaire, déploya les rares talents qu'il avait montrés précé-

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demment à Paris et à Cologne. Toute la ville contemplait non plus un astre naissant, mais un soleil en son midi, ce sont les expressions d'un historien, tant il brillait par la netteté de ses pensées, la clarté de ses raisonnements et la ravissante méthode de ses leçons. Il passa de la sorte plusieurs années, écouté de ses Frères comme un interprète inspiré de l'Ecriture et de la Tradition, estimé du peuple, auquel il annonçait la parole de Dieu, vénéré par les cardinaux et le Vicaire de Jésus- Christ.

Clément IV, successeur d'Urbain, avait en singulière affection notre saint docteur. Le siège archiépiscopal de Naples étant venu à vaquer, il en pourvut aussitôt Thomas d'Aquin. C'était honorer tout ensemble et l'élu, à cause de l'importance du siège, et la capitale d'un royaume dont saint Thomas était le plus illustre citoyen. La bulle en fut expédiée à l'humble moine, qu'elle remplit de douleur, et qui, à force de prières et de larmes, obtint que Dieu changeât les dispositions de son Vicaire. Par un de ces faits assez rares dans l'histoire des papes. Clément IV retira sa bulle, laissant au saint religieux l'entière liberté de sa vie modeste et laborieuse. A partir de cette époque, en effet, il n'est plus trace de nouvelles tentatives pour élever saint Thomas aux dignités ecclésiastiques.

Bien qu'exempt pareillement de toute prélature dans le cloître, il ne laissait pas, en dehors même

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de renseignement, d'avoir sur son ordre une très utile action.

Deux couvents furent fondés à sa considération ou d'après ses désirs : l'un à San-Germano, petite ville située au pied du Mont-Cassin et dépendante de l'abbaye ; l'autre à Salerne, où fut apportée dans la suite une des mains du saint docteur, avec le corps de sa sœur, la comtesse de San- Severino.

Sauf de rares exceptions, chaque année le retrouvait éclairant des conseils de sa prudence les assemblées capitulaires de l'ordre, édifiant tous les religieux par le spectacle de ses vertus.

En 1267, le Chapitre se tint à Bologne, et saint Thomas y fut appelé. Les habitants de cette ville voulurent retenir un maître si capable de relever l'éclat de leur université, jadis la plus florissante de l'Italie.

Il y avait juste un demi-siècle que Bologne avait vu venir à elle un des trois premiers essaims de l'institut naissant. Elle avait donné aux Frères l'église Saint-Nicolas-des-Vignes, et c'est là que Dominique avait été arrêté par la mort, dans la cinquante et unième année de son âge. Circonstance providentielle ! à l'occasion de ce Chapitre, on transporta son corps du tombeau sans sculpture où il reposait, dans un tombeau plus riche et plus orné. Saint Thomas assista donc à cette translation, faite solennellement en présence de plusieurs évêques, du podestat de Bologne et

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d'une foule considérable ; et il eut, avec les évoques et les religieux présents, la consolation de baiser le chef sacré de son bienheureux Père.

Après quelques jours consacrés uniquement aux effusions de la piété, il commença ses leçons de théologie. «On vit dès lors, à Bologne, écrit Touron, ce qu'on était accoutumé de voir dans tous les lieux où Thomas enseignait : je veux dire une nouvelle ardeur pour l'étude, le concours des citoyens et des étrangers, qui venaient de loin pour l'entendre, l'admiration et l'applaudissement de tous ceux qui avaient le bonheur ou d'écouter ses discours, ou de recevoir ses décisions. »

Cependant la France devait revoir encore son docteur. Un vieux manuscrit, conservé longtemps dans la bibliothèque Saint-Victor, à Paris, nous révèle la présence de Thomas d'Aquin dans cette capitale, pour le Chapitre de 1269. Il eut alors des entretiens fréquents avec saint Louis, qui était à la veille de s'embarquer pources rivages africains, où l'attendait la mort d'un héros et d'un martyr. Le sage monarque admettait dans ses conseils notre saint docteur, et celui-ci présentait des avis si pleins de justesse, qu'on y voyait resplendir comme une lumière divine. En cela rien d'étonnant, dit un chroniqueur, puisqu'il avait incessamment devant les yeux les principes éternels qui régissent les actes humains. Bien plus, Louis IX avait-il pour le lendemain quelque affaire épineuse, le soir il mandait à Thomas de lui préparer pendant la nuit une

note sur la matière, et l'obéissant religieux se conformait à Tordre du prince.

Les instances de son royal ami le décidèrent à remonter dans la chaire du couvent de Saint-Jacques; on croit qu'il y enseigna encore pendant deux ans. 11 revint ensuite à Bologne.

L'antiquité avait vu les villes de la Grèce se disputer la gloire d'être la patrie d'Homère ; ainsi voyait-on les plus fameuses universités rivaliser entre elles pour s'attacher Thomas d'Aquin. Plusieurs cités le demandèrent aux supérieurs de l'ordre, assemblés à Florence, en 1272. Bologne craignait de perdre son régent, et mettait tout en œuvre pour le garder. Paris faisait valoir des droits anciens sur celui qui avait reçu dans son université le grade de docteur. Rome, comme capitale du monde chrétien, le réclamait avec instances, et Naples, son pays natal, désirait ardemment s'abreuver aux eaux de sa doctrine.

Ce royaume venait de changer de maître. Le Saint-Siège, duquel il relevait à titre de fief, en avait conféré l'investiture à Charles d'Anjou, frère du roi de France; la dynastie des Hohenstauffen, qui avait causé tant de mal à l'Eglise, s'était éteinte, en la personne du jeune Conradin, défait dans une bataille, et décapité sur le Marché de Naples, par ordre du vainqueur.

Le roi des Deux-Siciles favorisa les vœux de sa capitale, au sujet du Docteur angélique ; l'auteur d'une histoire de Naples déclare, en propres ter-

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