‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 263 sur 372 · MIRACLES ET CANONISATION (1171-II · texte numérisé non relu

MIRACLES ET CANONISATION (1171-II

Pendant qu'à la cour se passaient les faits dont nous venons de donner le récit, de l'autre côté du détroit Cantorbéry s'illuminait d'un éclat toujours grandissant qui tendait à envahir l'occident tout entier, bientôt même les plages de l'orient et les froides régions du nord. Dans la basilique primatiale, désormais dépouillée de ses livrées de deuil, le tombeau de l'Archevêque martyr était quotidiennement glorifié par de nouveaux miracles (i), et le pèlerinage dont nous avons dit les commencements prenait de jour en jour plus d'importance. On voyait souvent les clients de saint Thomas arriver à Cantorbéry pieds nus et vêtus de bure, s'étant obligés par vœu à faire ainsi un voyage long et dangereux. Dans d'autres circonstances leur promesse revêtait des formes différentes : par exemple ils apportaient une pièce d'argent mise à part pour le martyr au moment où le vœu était prononcé (2) ; ou bien c'était un cierge roulé, donnant la longueur du corps du pèlerin ou du malade guéri par l'invocation du

- I. Guill. Cant. Materials, t. i, pag. 270. Les six livres de miracles de Guillauine nous fourniront toute la matière du présent chapitre, mais nous choisirons les faits qui se rapportent d"une manière certaine aux années 1171-1173, étant datés par des circonstances précises. 2. Pages 169, 200, 328, 345, et en beaucoup d'autres endroits.

saint (i). Parvenus à la crypte de l'église métropolitaine, les suppliants s'agenouillaient dévotement devant le tombeau près duquel veillaient un ou plusieurs religieux, puis passaient la tête dans quelqu'une des ouvertures qui leur permettaient de baiser le sarcophage (2). Les enfants eux-mêmes se faisaient pèlerins, et l'on en vit un jour revenir six, marchant de compagnie, portant au cou l'ampoule de plomb qui était déjà devenue le signe distinctif des pèlerins de saint Thomas (3).

Dans ces ampoules on emportait de l'eau mêlée d'une goutte du sang qui avait coulé pour l'Église, et cette eau s'en allait ainsi au loin multiplier les merveilles et propager dans tous les pays d'occident la dévotion au martyr de Cantorbéry. C'était déjà un premier prodige que la conservation de ce précieux liquide, préservé pendant longtemps de toute corruption, ainsi qu'il appert des récits contemporains (4). La foi des peuples obtenait par son moyen des miracles si éclatants et si nombreux que dans les annales de l'Église il n'est pas d'exemple comparable à celui-ci ; pour autant que l'histoire nous l'apprend, ni le tombeau de saint Martin de Tours ni même aucun des sanctuaires les plus vénérés de Notre-Dame n'ont été si tôt ni si largement glorifiés par l'éclat des prodiges ; seule la grotte de Lourdes a vu de nos jours autant de

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