‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 265 sur 372 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

guérisons que la crypte de Cantorbéry au xif siècle. Plusieurs des miracles obtenus dès les premiers jours au nom de saint Thomas méritent d'être mentionnés, parce qu'en reportant l'esprit aux diverses phases de la vie du martyr, ils accusent en outre le soin avec lequel du haut du ciel il poursuivait l'accomplissement de sa tâche (i).

Voici qu'il récompense ceux qui lui ont été d'un bon secours dans les années où, pauvre et sans ressources, il cherchait encore sa voie au milieu du monde. Il y avait au diocèse de Nor\vich une jeune fille d'environ quinze ans, nommé Cécile, qu'un effroyable cancer rongeait sans repos ni trêve. Depuis le temps de la moisson jusqu'au mois de mars le terrible mal ne fit qu'empirer; enfin l'on vit approcher le dénouement fatal. Gisant dans son lit sans prendre aucune nourriture, les membres contractés, les veux vitreux et grands ouverts, la jeune fille ne donna bientôt plus signe de vie. Cet état durait depuis le mardi, lorsque le vendredi, à la tombée de la nuit, une voisine qui aimait beaucoup cette enfant entra dans sa chambre et se trouva en présence d'un cadavre. Elle s'écria :

— Comment a-t-on laissé mourir ainsi la pauvrette

I. Il est utile de remarquer que les récits de Guillaume de Cantorbéry, Tannaliste officiel des miracles, méritent confiance, attendu le soin avec lequel Tenquête était conduite. Souvent des évêques, des abbés, des chapitres, des chanoines, écrivaient à Cantorbéry les lettres que cite l'historiographe, pour attester la réalité de prodiges dûment vérifiés. A défaut de ces témoignages officiels, les religieux de Cantorbéry réclamaient de bons témoins, et quand on n'en pouvait produire, ils n'enregistraient le fait que sous réserves expresses. D'ailleurs il s'agissait de faits contemporains, et on citait les noms : s'il y avait eu invention ou supercherie, la protestation se fût fait jour sur un point ou sur un autre. Enfin le courant extraordinaire de pèlerins qui ne discontinua pas jusqu'à la Réforme atteste à lui seul le nombre et l'importance des miracles qui le déterminait.

« dans son lit, au lieu de la mettre sur le cilice, « comme une bonne chrétienne î »

Sur quoi des amis enveloppèrent d'un suaire le corps déjà raidi, le descendirent dans la cour de la maison et firent brûler des cierges à l'entour. Le père de la jeune fille, nommé Jourdan, s'était endormi, accablé à la fois par la douleur et par la fatigue d'une journée de travail : au bruit des funèbres apprêts il s'éveilla :

— Cécile est-elle donc morte, s'écria-t-il ?

— Eh oui, elle est morte, répondit la bonne voisine. Alors le pauvre père de se lamenter et de prier :

« O bienheureux Thomas, martyr de Dieu, payez- « moi aujourd'hui les services que je vous ai rendus « jadis de si bon cœur! Je vous ai servi bien volon- « tiers avant que vous fussiez élevé aux honneurs du « monde ; payez-moi maintenant mes services ! Bien- « heureux martyr, souvenez-vous de ces jours où « vous étiez malade au comté de Kent^ à Croydon, « chez Thurstan le clerc. Comme je vous ai servi « de bon cœur! Vous ne pouviez prendre ni vin, ni « bière, ni aucune boisson forte : alors j'ai mis tout « le voisinage à contribution pour vous trouver du ^i petit lait. Puis vous n'aviez qu'un cheval, en ce « temps là; je l'ai soigné. Saint martyr, souvenez- « vous de toute la peine que j'ai prise pour vous : « êtes-vous si pauvre que vous ne puissiez me don- « ner aucun salaire ? » Et Jourdan passa la moitié de la nuit à répéter jusqu'à extinction de voix: « Payez- « moi mes services ! Payez-moi mes services ! » Le saint martyr l'entendit; Cécile remua la main, la sortit du suaire, puis essaya de parler. Le lendemain elle prit quelque nourriture ; le troisième jour le cancer sécha ; et au bout de trois semaines, sans traitement d'aucune sorte, la jeune fille se trouva parfaitement

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