CHAPITRE IV
L EVEQUE DE ROLEX
Lorsque Victrlce prit possession de son siège, Rouen était, — en sa qualité de métropole de lu Seconde Lyonnaise, — Tune des plus g^randes villes de la province. L'antique Ratuniacos des Véliocasses* avait, comme tous les chefs-lieux des cités gauloises, subi d'importantes transformations sous la domination romaine. Son nom même était déjà légèrement altéré : on l'appelait Ralomagus, ou même peut-être Rotonia-
I. Les pièces de inonuaies du Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale, par 3Ioret et Chabouillet, 1889, portent au droit Suticos et au revers Ratumacos. Ce sont les n°' 7364 à 7369. Les n" 7372 et 7373 portent R,vtumacos au droit, et au revers uu cavalier. Ce qui prouve que le Ratumacos joint à Suticos est bien la capitale des Véliocasscs, c'est que trois exemplaires, les n°' 7354-7356, portent au droit Siticos et au revers VemocaOi. Sur l'orlliograplie du nom de ceUe jjeuplade gauloise, voy. Boissiou, Inscriptions antiques de Lyon, p. 409 : « Rx civitate ^ cliocassium ». Cf. K. Des jardins, Géographie de la Gaule romaine, t. II, p. 4^1, n. 4.
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£;iis^. Aux environs de l'an joo, son aspect se modifie complètement. De ville ouverte, Rouen devient ville fermée. C'est, en effet, le temps où « averties par les invasions, parfois déjà ravagées,
I. h'Ilincraire d'.'lntimin (iv° siècle) donue Ratomago (E. Desjardins, oiiv. cit., t. IV, p. 6i); la Tuhle de Pcutiiiger offre pareillement lialumagiis {ibid., t. IV, p. 74, reproduction photographique); Ptolémce (11' siècle) présente Ratomagus ou Rotomagus {I/>id., t. Ill, p. 352). Le plus ancien manuscrit connu (i\° siècle) du De Laudc Sanctorum de saint Victrice porte aussi Ratoinagenseni civUatem (cap. 11, p. i6, éd. Tougard). Plusieurs localités gauloises ont porté ce nom de Ralomagtts ou Ratitma<rtts. Ainsi nous avons Ratomagus, aujourd'hui Pondion ou mieux Pont-de-Ron, commune de Fresnoy-la-Rivière (Oise); Rdtiimagiis, le mont de César, commune de Baillensur-'l'liéraiu, ou mieux Hernies-sur-Tliérain (Oise). On J trouve encore Rotomagus, Pont-de-Ruan (Indre-et-Loire). ^ Cf. Longnon, Jl/as historique de la Fiance, p. 3o. Tous ces noms nous aident à comprendre comment Ratomagus, en passant par Rotomagus et Rolomus, est devenu Rouen. La consonne médiane de Rotomus est tombée avec le suffixe us et on a eu, selon les pavs, d'abord Room, puis Rou (Oise), lluan (Indre-et-Loire), Rouen (Seine-lnférienre). Il faut dire que pour cette dernière localité les textes anciens olfrent aussi Ro/ian, Ruan, Roan. Quant à l'étvmologie de Ralumagus, voici ce que IM. d'Arbois de Jnbainvilie écrivait en 1886 (A«/c sur les noms de lieux habites de la Gaule, dans le Ruiletin des y/nti(jiiaircs de France, 1S8G, p. ai i-2i5) : « Les noms terminés par le suffixe -acos et par le suiistantif magus (champ) sont des noms de fun<li, témoignage de la grande révolution par J laquelle les Romains ont substitué en Gaule la propriété ^ foncière individuelle à la propriété collective. Dans les noms en magu.i le premier terme est un surnom on plutck un nom gaulois. »
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les cités s'entourent de remparts, se resserrent entre ties fossés, se rétrécissent, pour être plus facilement défendues. Leurs murs ne sont pas bâtis selon les anciennes règles de la fortification romaine. Ce sont des rectangles, flanqués de nombreuses tours, et puissants surtout par leur
masse Bouclées dans cette étroite enceiutc,
les villes deviennent très petites, les enceintes urbaines les plus étendues ne contiendront guère désormais plus de quinze à vingt mille âmes' ».
Rouen formait alors un carré presque oblong. A Test, ses murs longeaient le Robec jusqu'à la liautcur de la rue actuelle des Fossés-Louis VIII ; celle-ci, continuée et aijoutissant à la rue de la Poterne, représenterait assez bien son côté nord ; la rue de la Poterne, allant rejoindre par la rue Massacre la rue aux Oûes (aujourd'hui la rue aux Ours), constituerait le côté ouest; au sud, les murs couraient de la rue aux Oiies jusqu'au Robec'.
On peut se demander quelle communication la ville avait avec le fleuve. Les Romains s'étaient ingéniés à reporter les ports à l'intérieur des terres, pour les faire profiter tics défenses de la
I. Paul Allaitl, Julien ripostât, t. I. p. 378-3;(). ■A. Sur celle dt-limilalioii, voy. les ouvrages de Cocliet, conlirraes par les fouilles plus receules de M. de ^'esIv.
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lesl
cité. « Une porte, sous laquelle passaient navires, fermait l'entrée des bassins et mettait la flottille militaire ou les bâtiments de commerce à l'abri d'un coup de main'. » Tel est, par exemple, le cas de la ville de Bordeaux. Sur la protection des bords de la Seine nous sommes moins positivement renseignés. Cependant, nous avons des raisons de croire que Constance Chlore avait fortifié Harfleur", et nous savons qu'une flottille, la Classis Aiideritianoruni, avait son port d'attache à Paris^. Dès lors,n'est-ilpas vraisemblable que la capitale de la Seconde Lyonnaise, qui avait une position si avantageuse entre Paris et Harfleur, dut aussi, en cas d'alerte, offrir un refuge à des bâtiments soit de guerre, soit de commerce? Il suflisait d'une étroite ouverture dans les murs du sud de la ville pour livrer passage aux eaux du fleuve et former, comme h Bordeaux, un bassin intérieur*.