‹ Saint Vincent de PaulChapitre 155 sur 159 · TROIS QUESTIONS IMPORTANTES DANS LA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

TROIS QUESTIONS IMPORTANTES DANS LA PRÉDICATION

1* Des affections.

Elles sont propres pour toucher, et on les doit produire presque partout dans la prédication, mais principalement a la fin de chaque point.

Elles se peuvent faire, 1° par interrogation, par exemple : « Eussions-nous jamais pensé, etc?... L'avez-vous cru? etc. » Et après avoir donné la définition de la contrition ou de quelque autre chose : <c Eh bien ? avons-nous cette contrition? avons-nous cette vertu ? » Après avoir apporté des marques de quelque vice ou vertu : a Reconnaissonsnous ces marques en nous ? Mettez la main sur la conscience, quelques-uns ne se sentent-ils pas coupables d'un tel vice ou d'un tel péché ? Toutes nos confessions précédentes ont-elles été bonnes? N'est-ii pas vrai que...? etc. » Ces sortes d'interrogations réveillent merveilleusement l'auditeur et font d'ordinaire beaucoup d'impression sur les esprits.

2° Par des exclamations : « Ah ! malheureux que nous sommes ! Qu'avons-nous fait en offensant un si bon Dieu? Oh ! si l'on savait... ! Oh ! -si l'on pensait bien... ! »

3° Par admiration : « Est-il possible que... ? etc. »

4° Par des plaintes à Notre-Seigneur : « Hélas! que nous sommes misérables de vous offenser ! etc. Pourquoi avez-vous permis cela ? etc. Faut-il... ? etc. »

5° Par des demandes à Notre-Seigneur et aux saints : « Donnez-nous, mon Dieu, etc. »

6° Par des invectives contre le péché, le diable et le monde : « Va, trompeur, qui traites si mal ceux qui s'engagent à toi. .. ! etc. Va, cruel, qui précipites en enfer ceux qui te suivent I »

7° Par des actes de compassion : « 0 pauvre pécheur, que tu es malheureux de te perdre ! A combien de misères t'engages- tu I etc. »

2° Des transitions.

Il est à propos et en quelque façon nécessaire de lier les points du sermon par quelques transitions. Ainsi,

pour entrer du premier point, qui traite des motifs, au second, qui est la définition, il convient de dire: « Voilà les motifs qui nous font voir combien il importe d'avoir, par exemple, la contrition ; voyons maintenant ce que c'est que cette contrition ; » ou bien : « Vous me direz que vous voyez bien qu'il est nécessaire d'avoir cette contrition, mais vous ne savez pas en quoi elle consiste et comment on la produit ; et c'est ce que je m'en vais vous dire en mon second point, » — ou semblable transition.

Il en faut faire de même pour passer au troisième, par exemple : « Il-me semble que vous me dites : Nous voyons combien il importe d'avoir une telle vertu, et ce que c'est ; nous avouons aussi que nous ne l'avons pas, et désirons de l'embrasser ; mais nous y voyons beaucoup de difficultés, et voudrions bien savoir les moyens de l'acquérir; ces moyens, je m'en vais vous les enseigner ; écoutez-les bieu. C'est mon troisième point. »

Après les moyens, on peut dire : « Eh bien ! que restet-il ? A quoi tient-il que nous ne fassions ceci ou cela 1 Nous en voyons la nécessité, nous savons ce que c'est, nous avons appris les moyens d'y parvenir ; il me semble néanmoins entendre quelqu'un qui me dit..., etc, » Ici, il faut former les objections, s'il y en a à faire, y répondre, puis ajouter, par exemple : « Or sus, il n'y a plus d'empêchements à la pratique d'une telle vertu, etc. »

11 est à remarquer qu'on ne doit pas toujours faire ces transitions de la même façoD , mais les diversifier quant aux termes et aussi quelquefois quant à la manière.

Et pour ce qui est de passer de l'exorde au premier point, il faut observer ce qui a été dit au commencement, et savoir qu'après VAve Maria l'on doit ne point faire de deuxième exorde ou préambule, mais tout d'un coup venir aux motifs, non pas, à la vérité, en disant d'abord :

« Ma première raison ou mon premier motif est, etc., » mais bien : « Le premier point de mon discours, comme je viens de dire, est de vous donner les motifs que nous avons d'éviter, par exemple, le péché de tout notre possible, et le premier motif que j'avance est..., etc. »

3° De la prononciation.

1° Tout discours doit être prononcé d'un ton naturel et familier, avec les inflexions de voix convenables, évitant la monotonie et ce qui ressent le chant et la déclamation : les meilleures choses du monde ne faisant point pour lors d'impression, quand elles sont prononcées de cette dernière sorte.

2° On ne doit pas non plus parler plus haut que l'auditoire et le vaisseau ne le requièrent, crier tout haut ne nuisant pas seulement à la poitrine du prédicateur, mais encore blessant l'oreille des auditeurs.

3° Il faut parler distinctement et posément, s'arrêtant et respirant à loisir à la fin des périodes, et encore plus à la fin de chaque motif et de chaque moyen.

Nota. On doit éviter soigneusement la longueur, qui ne fait qu'ennuyer et charger la tête du pauvre peuple, lequel, étant rebuté sur la fin du discours, profite moins de tout ce qui a été dit auparavant ; on ne doit parler que trois quarts d'heure environ, les jours ouvriers ; et quoiqu'on puisse, les fêtes et dimanches, aller jusqu'à l'heure, on ne la doit pourtant jamais passer.

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