‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 35 sur 46 · I. V espérance du troupeau, (Note des éditeurs · texte numérisé non relu

I. V espérance du troupeau, (Note des éditeurs

miséricorde, l'on en a usé ainsi dans la compagnie jusqu'à Drésent et nous pouvons dire qu'il n'y a rien en elle que Dieu n'y ait mis et que nous n avons recherché, ni hommes, ni biens,ni établissements. Au nom de Dieu, tenons-nous là et laissons faire Dieu. Suivons ie vous prie, ses ordres, et ne le prévenons pas. Croyez-moi, si la compagnie en use de la sorte. Dieu la bénira.

>> Que si nous voyons qu'ils aient la pensée de se retirer ailleurs, daller servir Dieu dans quelque saint Ordre ou communauté, ô JJiEU ! ne les en empêchons pas ; autrement, il faudrait craindre que 1 indignation de Dieu ne tombât sur la compagnie, pour avoir voulu avoir ce que Dieu ne veut pas qu'elle ait. Et dites-moi, je vous prie, SI la compagnie n'avait été jusqu'à présent dans cet esprit de n accepter point d'autres sujets, pour excellents qu'ils fussent, sinon ceux qu il a plu à Dieu d'y envoyer et qui ont eu le désir longtemps auparavant, les pères chartreux et autres communautés religieuses nous enverraient-ils, comme ils font, pour faire retraite céansf quantité déjeunes hommes qui demandent d'entrer chez eux .? Vraiment ils s en donneraient bien de garde! '

» Quoi donc ! voilà un bon sujet qui a la pensée de se faire chartreux ; on l envoie ici pour conférer avec Notre-Seigneur par le moyen d une retraite, et vous tâcheriez de lui persuader qu'il demeurât céans ! Et que serait-ce que cela, Messieurs, sinon vouloir retenir ce qui ne nous appartient pas, et vouloir faire qu'un homme entre dans une congrégation où Dieu ne l'appelle pas, et à quoi même il na pas pensé ? Et que pourrait faire une telle entreprise, sinon attirer la disgrâce de Dieu sur toute cette compagnie ? O pauvre compagnie de missionnaires, que tu tomberais en un intoyable état SI tu venais là ! mais par la grâce de Dieu tu en as toujours été et tu en es encore bien éloignée. Prions Dieu, Messieurs, prions Dieu qu il confirme cette compagnie dans la grâce qu'il lui a faite jusqu a présent, de ne vouloir avoir autre chose que ce qu'il a agréable qu'elle ait. » ^ m 5 t^ ^

Voilà de quelle façon M. Vincent parlait, et voici comme il agissait. Plusieurs personnes s'adressaient à lui, lui disant • « Monsieur, je me remets entre vos mains pour faire tout ce que vous jugerez que Dieu demande de moi. Dites-moi donc ce que je dois faire ; si je dois quitter le monde pour embrasser tel ou tel état. Je suis dans une entière indifférence sur le choix que j ai à faire, et je suivrai votre avis comme la marque la plus assurée de la volonté de Dieu. » Mais, chose merveilleuse ! cet humble et sage serviteur de Dieu n'a presque jamais voulu déterminer personne, de peur d'entreprendre comme il disait, sur la conduite de la providence de Dieu et de prévenir les ordres de sa souveraine volonté, qu'il faut

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humblement et fidèlement suivre. Sa réponse plus ordinaire était en ces termes :

« La résolution de votre doute est une affaire à vider entre Dieu et vous ; continuez à le prier qu'il vous inspire ce que vous avez à faire; mettez-vous en retraite pour quelques jours à cet effet, et croyez que la résolution que vous prendrez en la vue de Notre-Seigneur, sera la plus agréable à la divine Majesté et la plus utile pour votre vrai bien. »

Quant à ceux qui, déjà déterminés de quitter le monde, mais incertains de la communauté en laquelle ils devaient se retirer, lui en proposaient deux pour savoir laquelle ils devaient choisir, il les remettait encore à résoudre ce qu'ils avaient à faire avec DiEU ; mais si la Congrégation de la Mission était l'une de ces deux-là, il leur disait : « O monsieur ! nous sommes de pauvres gens indignes d'entrer en comparaison avec cette autre sainte compagnie ; allez-y au nom de Notre- Seigneur, vous y serez incomparablement mieux qu'avec nous. »

Pour ceux qui venaient se présenter à lui avec une volonté déterminée d'entrer en sa congrégation, il apportait une très grande circonspection avant que de les y recevoir. Il s'informait ordinairement d'eux, depuis quand ils avaient eu cette pensée ; comment et par quelle occasion elle leur était venue; de quelle condition ils étaient ; par quel motif ils étaient portés à embrasser l'état de missionnaires ; s'ils étaient disposés à aller en tous les lieux où ils seraient envoyés, même dans les régions étrangères les plus éloignées, et à passer par-dessus telles et telles difficultés, leur proposant celles qui arrivent le plus fréquemment en l'état qu'ils voulaient embrasser. Il les renvoyait quelquefois sans leur donner aucune résolution et même avec peu d'espérance d'être reçus, pour éprouver leur vocation et leur vertu ; il les remettait pour l'ordinaire pendant un temps notable, les obligeant de revenir plusieurs fois pour les mieux connaître, et quelque preuve qu'il eût faite de leurs dispositions et de leur persévérance, jamais il ne leur donnait parole qu'il ne leur eût fait faire une retraite exprès pour consulter la volonté de DiEiJ. Si alors, ils persévéraient dans leur dessein, il les faisait voir par quelques anciens de la maison, et si ceux-ci les jugeaient propres pour la congrégation, ils étaient reçus au séminaire pour y faire une épreuve de deux ans dans l'exercice de l'humilité, de la mortification, de la dévotion, de la récollection, de l'exactitude et d'autres semblables pratiques nécessaires pour faire un fonds de vertu et

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pour honorer comme il disait, l'état d'enfance de Notre-Seigneur II voulait qu'ils devinssent fort intérieurs et qu'ils fissent bonne provision de cette onction de l'esprit de Dieu qui put après conserver le feu de la charité dans leurs cœurs parmi tous les travaux des missions. Passé ce temps il les admettait a la congrégation. Après quoi, s'ils n'avaient pas encore achevé leurs études, il les leur faisait continuer autant qu 11 était nécessaire pour s'acquitter dignement des fonctions de leur état. Voici un petit sommaire des dispositions qu'il requérait des siens, qu'il a laissé écrit de sa propre main.

« Quiconque veut vivre en communauté, doit résoudre de vivre comme un pèlerin sur la terre, de se faire fou pour Jésus-Christ de changer de mœurs, de mortifier toutes ses passions, de chercher UiEU purement, de s'assujettir à un chacun comme le moindre de tous; de se persuader qu'il est venu pour servir et non pourgouverner; pour souffrir et travailler, et non pour vivre en délices et en oisiveté. I doit savoir que l'on y est éprouvé comme l'or en la fournaise ; qu on ne peut y persévérer si l'on ne veut s'humilier pour Dieu et se persuader, qu'en ce faisant, on aura un véritable contentement en ce monde et la vie éternelle en l'autre. »

Dans ce peu de paroles ce saint homme a compris beaucoup de choses, et l'on peut dire qu'il a bien taillé de l'ouvrage a ceux qui, ne trouvant pas leurs commodités ni leurs satisfactions dans le monde, penseraient trouver leurs aises et leur repos dans la Congrégation des Missionnaires.

Voici encore, sur la disposition qu'il leur souhaitait, un mot qii il dit un jour a sa communauté, au sujet d'un missionnaire qui avait été maltraité dans un pays étranger :

« Plaise à Dieu, mes frères, que tous ceux qui viennent pour être de la compagnie, y viennent dans la pensée du martyre et dans le désir de souffrir la mort, et de se consacrer totalement au service de Dieu, soit pour les pays éloignés, soit pour celui-ci, ou pour quelque autre lieu que ce soit où il plaira à Dieu de se servir de la pauvre petite compagnie. Oui, dans la pensée du martyre. Oh ! que nous devrions demander souvent cette grâce à Notre-Seigneur ! Hélas ! Messieurs et mes frères, y a-til rien de plus raisonnable que de se consunier pour celui qui a si librement donné sa vie pour nous ?

nônrl'n; ^^"^"' """^ ^^™^' J"*''"'^ <=« P»'"' 1"^ «^c mourir pour nous, pourquoi n'aurions-nous pas la même affection envers ui, pour la mettre à effet si l'occasion s'en présente ? Nous voyons tant de papes qui, les uns après les autres.ont été martyrisés! N'est-ce pas une chose étonnante de voir des marchands qui, pour un petit gain, traversent les mers et s'exposent à une infinité de dangers?

J'étais, dimanche passé, avec un qui me disait qu'on lui avait prol)osé d'aller aux Indes, et qu'il était résolu d'y aller. Je lui demandai s'il y avait du péril ; il me dit qu'il y en avait plusieurs très grands ; qu'il était vrai qu'un marchand de sa connaissance en était revenu, mais qu'un autre y était demeuré. Je disais alors en moi-même : Si cette personne, pour aller chercher quelques pierres de prix ei faire quelque gain se veut ainsi exposer à tant de dangers, combien plus le devons-nous faire pour porter lapierre précieuse de* l'Évangile et gagner des âmes à Jésus-Christ ! »

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