Bib. imp., Mss. supp. fr., 540^0, 2 fol
elles avaient tout fait pour obtenir une autre supérieure.
Vincent ne déclina pas la responsabilité de F avis qu'il avait donné à la reine, et il essaya de faire comprendre au père les motifs de conscience qui Ty avaient poussé. Le calme même du saint ne fit que charger Forage, qui éclata en colère, en injures et en menaces; mais rien ne put atteindre ni altérer sa sérénité. Il se réjouit intérieurement d'avoir été jugé digne de souffrir persécution pour la justice, et, ni dans cette circonstance ni dans aucune autre, il ne songea à se plaindre, moins encore à se venger de ses persécuteurs. Lui aussi, après avoir pris sa résolution, il .allait droit devant lui ; il renversait, fauchait tous les abus, et ensuite couvrait tout de sa patience et de sa charité.
Jamais il ne dut lui en coûter autant pour rester fidèle à ce plan de conduite, qu'en une occasion où il eut à résister aux prières d'Adrien Le Bon, l'ancien prieur de Saint-Lazare, à qui il avait voué tant de respect et de reconnaissance. Par ses avis et par ordre de la reine, avait été enfermée une abbesse de haute condition, mais qui avait donné à ses scandales un éclat égal à celui de sa naissance. Le prieur, qui avait de grandes obligations à cette religieuse, fut chargé par elle de travailler à son élargissement. Il accepta d'autant plus volontiers, qu'en cette affaire comme en tant d'autres, il croyait n'avoir qu'à dire un mot à Vincent pour lui obtenir sa liberté. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu'il vit non-seulement sa première proposition, mais toutes ses instances échouer contre le refus obstiné du saint homme ! Calme et respectueux, mais inébranlable, Vincent se contentait de répondre : a Je ne le pourrais sans trahir ma conscience; je vous supplie donc très-humblement de m'excuser. — Quoi ! Monsieur, s'écria alors le prieur blessé, est-ce ainsi que je suis traité par vous après vous avoir donné ma maison? Est-ce là votre reconnaissance pour tous les biens que j'ai faits à vous et à votre Compagnie? — 11 est vrai, répliqua Vincent attristé jusqu'au fond de l'âme; il est vrai que vous nous avez comblés de biens et d'honneur, que nous vous avons les mêmes obligations que les
enfants à leur père; mais ayez agréable, Monsieur, de reprendre le tout, si, à votre jugement, nous ne le méritons qu'au prix de Dieu et de notre conscience. » Le prieur se tut et se retira mécontent. A quelques jours de là, luimême fut informé, à n'en pouvoir garder de doute, des déportements scandaleux de l'abbesse et de l'injustice de ses réclamations. Noblement repentant, il se rendit aussitôt auprès du saint prêtre, et, se jetant à ses pieds : « Pardonnez-moi, lui dit-il, la précipitation du jugement que j'ai porté contre vous. Ne relâchez rien en ma considération, je vous prie, de la juste peine décernée contre la coupable. » Vincent, à genoux lui-même, accorda avec confusion le pardon demandé, et se réserva, s'il en eût été besoin, une justification encore plus triomphante. L'abbaye à laquelle on avait enlevé cette indigne supérieure n'avait que trop suivi ses exemples : elle était une sentine de vices. Purgée de cette influence funeste, et par les soins de Vincent, elle devint bientôt un sanctuaire de vertu et de piété *.
Les abus que cherchait à déraciner le saint prêtre dans les communautés de femmes étaient de plus d'une sorte. Ainsi, les abbesses, sous prétexte d'âge ou d'infirmités, demandaient pour coadjutrices, avec future succession, leurs sœurs, leurs nièces ou d'autres parentes. Ces tendresses, ces calculs humains furent toujours déjoués par Vincent de Paul. Vacantes par mort, les abbayes pouvaient être réformées par une nouvelle supérieure librement choisie; les coadjutoreries n'étaient que la succession du relâchement et de l'indiscipline.
Il en était de même dans les résignations, où se mêlaient trop souvent l'intérêt de famille ou la cupidité. Vincent ne les laissait admettre qu'après examen scrupuleux des pièces.
Si, contre son avis, on préposait aux monastères des abbesses ou des prieures incapables, au moins il obtenait d'elles qu'elles passassent quelque temps dans des communautés ferventes pour y prendre l'esprit de leur état et les qualités de leur position. C'est ainsi qu'il fit souvent ad-
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mettre comme pensioimaires des abbesses et des coadjutrices dans les maisons de la Visitation, dont il connaissait la régularité.
Y avait-il trouble et division dans les monastères : il y faisait députer des personnes de vertu et d'expérience, munies de l'autorité du roi, pour y ramener Tordre et la paix; ou bien il faisait enjoindre aux évoques et aux supérieurs de veiller à l'exécution des règlements.
Ainsi fit-il pour les abbayes de la Perrigne et d'Estival, au diocèse du Mans , toutes les deux dans un grand désordre. A Estival, où étaient des religieuses de Saint-Benoît, Tabbesse Glaire Nau, venue du Pont-aux-Dames , au diocèse de Meaux, était en procès avec l'évêque, qu'elle accusait de fomenter un parti contre elle. Vincent en instruisit la reine, qui donna ordre à quatre religieuses de la Mère Marguerite d'Arbouze de se transporter à Estival, avec le consentement du saint évêque qui tenait alors le siège du Mans, Émery Marc de La Ferté, et de l'abbesse elle-même. Marguerite d'Arbouze, parente du garde des sceaux de Marillac, alliée, par conséquent, de M"* Le Gras, était la réformatrice du Val-de-Grâce, qu'elle avait fait transférera Paris. Par elle-même ou par ses filles, elle était souvent— chargée de porter dans les autres monastères la réforme qu'elle avait établie dans le sien ; ou bien les abbesses ve — naient s'instruire à son école et puiser dans sa maison l'esprit de leur état^ Estival subit heureusement, vers 1648, l'influence de ses filles, et la paix y succéda à de trop longues dissensions. Quant à l'abbaye de la Perrigne, de l'ordre de Saint-Augustin, Vincent y envoya une autre célèbre réformatrice, la mère Louise-Eugénie de Fontaines, fille d'un secrétaire du roi, qui, convertie par le P. Athanase Mole, était entrée, en 1630, au couvent de la Visitation de la rue Saint -Antoine, où elle s'acquit l'estime et la confiance de plusieurs prélats, des princesses et des dames les plus distinguées. Elle aussi fut chargée de remettre l'ordre en quelques abbayes, et elle réussit partout, no-