‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 21 sur 113 · A Mademoiselle Le Gras · texte numérisé non relu

A Mademoiselle Le Gras

Pemiission de manger de la viande. — Il lui recommande la confiance en Dieu et une sainte joie.

Mademoiselle,

Il faut pour le plus sûr avoir une attestation du médecin comme il est expédient que vous et monsieur votre fils mangiez de la viande, et que vous l'envoyiez au greffier de M. de Paris (1), nommé M. BaudoHng, et sans difficulté il vous mettra la permission au pied ; et cela étant, ne faites point de difficulté d'en manger. Ains en tant qu'en moi est, je vous l'ordonne, comme aussi de rejeter les défiantes pensées que vous permettez à votre cœur. Et soyez pleine de confiance que vous êtes la chère fille de Notre-Seigneur par sa miséricorde.

Je vous ordonne de plus de vous concilier la sainte joie de votre cœur par tous les divertissements qui vous seront possibles, et de me pardonner si je n'ai eu honneur de vous voir à cause de quantité d'affaires qui m'occupent. Assurez-vous, mademoiselle, que j'aurai ce bonheur le plus tôt qu'il me sera possible, et que je suis votre serviteur.

P. -S. — Je vous prie de faire travailler demain au matin à cette permission, afin que vous puissiez manger de la viande dès demain ; car l'usage du poisson vous est entièrement contraire.

(1) Mgr l'archevêque Jean-François de Gondi.

I ^huli'hhii^i-'ïir Le ('ri(s, à f>c/inrin'y..

11 rencnurage dans quelques difficultés au sujet de la Charité de Beauvais, lui parle de rétablir à Saint-Lauicut, et lui recommande le soin de sa santé.

21 juillet 1635.

Je vous le disais bien, mademoiselle, que vous trouveriez de grandes difficultés en l'affaire de Beauvais. Béni soit Dieu ■ de ce que vous l'avez si heureusement acheminée ! Quand s'établit la Charité à Mâcon (1), chacun se moquait de moi "et me montrait au doigt par les rues ; et quand la chose fut faite, chacun fondait en larmes de joie, et les échevins de la ville me firent tant d'honneur au départ, que, ne le pouvant porter, je fus contraint de partir en cachette pour éviter cet applaudissement ; et c'est là une des Charités mieux étabhes. J'espère que la confusion qu'il vous a fallu souffrir au commencement se convertira en consolation et que l'œuvre en sera plus affermie. J'approuve ce que vous dites d'ériger la confrérie, et de l'accommoder à l'état des autres du diocèse ; et j'ai envoyé votre lettre à Mgr de Beauvais pour cela, à ce matin. Il part dès aujourd'hui et pourra être samedi à Beauvais ; vous lui en parlerez, et prendrez garde à vous ménager dans le peu de santé que vous avez. J'ai bien peur que cette grande fatigue ne vous accable. Je salue de tout mon cœur et suis très humble serviteur de la bonne Mme de Ville-Goubehn, votre bonne et charitable hôtesse, laquelle la Providence a menée à propos à 'Beauvais pour faire le bien qu'elle y fait. Oh ! que je lui souhaite une meilleure santé et une très longue et heureuse vie ! Ayez soin de la vôtre, mademoiselle, je vous le dis encore derechef. Je me sens pressé par l'aumône de Mme la garde des sceaux de faire ce qui se pourra pour établir la Charité dans Saint- Laurent ; mais j'attendrai que vous soyez ici pour y travailler. J'ai encore votre lettre à MUe Guérin, et ai vu Marguerite de. Saint-Paul, qui trouve le fardeau de cette paroisse-là insup-

(1) En 1622.

== LKTTUES A M^^^ LE GRAS, 1625-1643 = 55

portable, à cause de la grandeur d'iqelle et de la quantité de malades, et que les dames ne vont point les visiter.

Page 1