A Monsieur Aubeii, aumônier de Mgr de Longueville
II lui parle du triste état des affaires de Pologne, et de la nécessité qu'il y aurait de faire au roi une avance de trente mille livres.
7 avril 1657.
Monsieur,
Je ne mérite ni louange ni remerciement pour un bien que je n'ai pas fait; mes péchés m'ont rendu indigne d'y travailler efficacement. Je ne laisserai pas de faire dans les occasions ce que je pourrai à ce qu'il réussisse, et dans les manières que vous me marquez.
Les nouvelles que nous avons d'Oppeln-Poul (2) sont fort fâcheuses ; l'affaire dont nous avons parlé ne s'est pas faite de delà, et ne se fera point : la dame l'a détournée dans le dessein qu'elle se fasse avec quelqu'un ^de ses parents. L'alhance avec le premier agTesseur de ces Etats-là ne se fera pas, quoiqu'ils soient bien ensemble. Celui en qui la justice abonde manque de force et de finance, et poun-a succomber s'il n'est secouru. Celle qui partage avec lui ce gxand déplaisir a écrit de deçà à la grande assemblée pour lui représenter leurs besoins. Maintenant que j'écris ceci, j'ai le cœur trop transi de douleur de voir l'Église en si grand danger dans un royaume qui est une fois plus gi-and que la France. Ce serait le fait d'un grand seigneur vraiment clirétien, tel qu'est le parent de cette dame affligée, de leur prêter la main dans cette persécution. J'ai su que pour le présent trente miUe hvt'es leur viendraient fort à
(1) L'origmal de cette lettre se trouve à Cracovie dans la maison j)rovmciale de la Congrégation de la Mission. La signature seule est de la mam du saint.
(2) Oppeln, ville de Silésie.
propos pour leur avoir des officiers, qui est leur plus pressant besoin. Je ne vois rien au monde de si digne de la munificence et générosité de ce prince, qu'un secom"s si utile et si opportun. Néanmoins, monsieur, je vous dis ceci à l'aventure, afin que vous en fassiez l'usage que vous jugerez à propos ; si vous venez à Paris, nous en parlerons plus amplement.
Depuis la présente écrite, j'ai reçu une lettre de Glogau, en Silésie, oii le roi s'était retiré, oii il a une partie de sa famille, par laquelle il me mande que l'on a traité avec le premier qui a attaqué ce royaume, pour la future succession en faveur d'un sien fils âgé de quatre ans ; mais comme ce lieu est fort éloigné de la cour, la plupart des nouvelles se trouvent fausses ; je doute d'autant plus de celle-ci, que la dame que vous savez, à laquelle on écrit toutes choses, m'a assuré du contraire. Je fais profession de dire toutes les choses comme je les sais, ou de les taire à part, s'il y a quelque inconvénient à les dire. Je vous dis ceci à l'aventure, et vous fais un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle. Votre, etc.