‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 81 sur 113 · A Monseigneur le duc de La Meilleraye · texte numérisé non relu

A Monseigneur le duc de La Meilleraye

Il développe les motifs pour lesquels il désire envoyer des missionnaires à Madagascar. — Il réfute une accusation portée contre les missionnaires.

12 janvier 1658.

Monseigneur,

Je me suis donné l'honneur de vous faire savoir par deux lettres que l'ancienne Compagnie des Indes s'était assemblée une fois, et qu'elle se devait assembler une seconde fois, par les soins de MM. de Lamoignon et Caset, pour se déterminer sur l'union proposée. Or, je vous dii'ai à présent, monseigneur, que m'étant arrivé une chute et une blessure à la tête, je n'ai pu continuer mes solhcitations, et que M. de Lamoignon s'étant chargé de vous écrire ce que ces messieurs ont résolu, m'a mandé ce matin qu'il le ferait aujourd'hui.

J'ai reçu une lettre de M. Coupher qui me mande avoir traité avec vous, monseigneur, pour aller établir une habita-

tion en l'île Mascareigne, et il désire que je lui envoie un prêtre et un frère pour les y faire passer avec ses gens ; sur cela, je lui réponds que je le ferai très volontiers, si vous, monseigneur, avez agréable que nous envoyions en même temps un ou deux autres prêtres pour Madagascar. La manière dont nous y avons été appelés pour travailler au salut de ces pauvi-es gens, qui n'a pas été par notre choix, mais de la part de Sa Sainteté ; la perte que nous y avons faite de six bons ecclésiastiques, avec la dépense qu'il a convenu de faire pour cette mission, qui vaut sept ou huit mille livres ; le secours qu'il est nécessaire de donner au missionnaire vivant, qui reste sur le Heu ; l'habitude qu'il a acquise dans le pays et dans la langue, et quelques bénédictions qu'il a plu à Dieu de lui donner, me font souhaiter, monseigneur, que ce soit votre bon plaisir que nous continuions cette bonne œuvre, ou bien (si vous ne l'avez pas agréable) que nous rappelions M. Bourdaise qui reste de delà.

Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que nos gens ont témoigné plus d'affection pour l'ancienne Compagnie que pour vous ; je vous supphe, monseigneur, de trouver bon que je vous dise que ce sont de mauvais offices qu'on nous a rendus auprès de vous ; pour moi, je n'ai jamais regardé que le service de Dieu en cet emploi, et j'estime qu'ils ont eu aussi la même vue. Certes, monseigneur, nous avons été consolés tous de ce que la providence de Dieu s'est adi'essée à vous pour l'étabhssement de son empire en ces pays-là ; et nous avons prié Dieu et le prions souvent qu'il bénisse votre personne et ce dessein. Que si la réponse que M. de Lamoignon vous doit faire n'est pas conforme à votre intention, c'est à mon grand regret, et je vous supphe très humblement, monseigneur, de croire que j'y ai fait tout ce que j'ai pu, et qu'il n'y a que mes péchés qui m'aient rendu indigne de vous servir efficacement en cette affaire selon votre désir.

Si donc, monseigneur, il vous plaît nous faire la grâce d'agréer que nous continuions nos petits services à Dieu audit Madagascar, et de donner passage aux ouvriers que nous avons destinés pour cela, je vous supphe très humblement, monseigneur, de me le faire mander au plus tôt, afin que nous les fassions partir en diligence.

Je suis cependant en l'amour de Notre-Seigneur, monseigneur, votre, etc.

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