‹ Sainte-Beuve et Chateaubriand: problèmes et polémiquesChapitre 12 sur 26 · TEXTE DU MANUSCRIT · texte numérisé non relu

TEXTE DU MANUSCRIT

Mais ai-je tout dit dans 17tinéraire sur ce voyage commencé au port de Desdémone et fini au pays de Chimène?

Allais-je au tombeau du Christ dans les dispositions du repentir? Une seule pensée remplissait mon âme; je dévorais les moments. Sous ma voile impatiente, les regards attachés à l'étoile du soir, je lui demandais 1'^ quilon pour cingler plus vite. Comme le cœur me battait en abordant les côtes d'Espagne ! Que de malheurs ont suivi ce mystère!

Le soleil les éclaire encore, la raison que je conserve me les rappelle 2.

1. C'est le texte du cahier manuscrit. Soit volontairement, soit par la faute des typographes, Sainte-Beuve ne l'a pas toujours reproduit très exactement quand il l'a cité. Ainsi, sauf dans la première citation (1836), il a omis et remplacé par des points le membre de phrase : « la raison que je conserve me les rappelle •». Il a écrit, ici Desdémona, là Desdé-

Voilà les deux textes! Les divergences sautent aux yeux.

Quelques avocats déterminés de Tauteur des Lundis chercheront sans doute à défendre leur client en essayant de croire que Chateaubriand a corrigé la rédaction de son premier manuscrit.

Ce serait une hypothèse gratuite, sans autre fondement que le besoin qu'en éprouve une foi décidée à tenir bon quand même, et cette hypothèse manquerait d'ailleurs de vraisemblance.

Car il convient de ne pas oublier que Chateaubriand n'entreprenait pas une copie nouvelle de ses Mémoires pour y insérer ses corrections : il corrigeait, sur le texte déjà copié, au moyen de ratures, ou, si la retouche était importante, en collant, avec des pains à cacheter, un feuillet nouveau sur le feuillet ancien. Ses habitudes paraissent clairement dans le manuscrit de Pilorge.

Supposé cependant que des remaniements plus considérables, ou la crainte d'exposer son œuvre à périr dans un accident s'il n'en avait qu'une copie,

mone ; tantôt « attachés sur l'étoile » , tantôt «• attachés à l'étoile >•. Au lieu de : « ces jours d'enchantement et de délire », d'après M. Troubat que j'ai d'abord suivi, il faudrait lire et de désir. Le mot est peu lisible dans le cahier manuscrit, mais on a fait observer qu'on pouvait, à la rigueur, y voir délire, et, comme Sainte-Beuve a toujours transcrit le passage ainsi, je crois en définitive qu'il vaut mieux adopter cette lecture.

2. C'est parce que le paragraphe finit de cette manière pour nous inattendue, et, d'autre part aussi, parce qu'il commence au bas d'une page, dans le manuscrit, que je m'explique qu'il nous ait d'abord échappé.

OU, enfin, le désir de garder un exemplaire pour lui et pour les siens, l'autre appartenant, pai» contrat, à la société qui avait acheté le droit de publier Touvrage après sa mort, supposé que Tune de ces raisons ou quelque autre l'ait décidé à faire recopier les vingt ou vingt-cinq volumes qu'il possédait, on ne peut admettre qu'il ait recommencé facilement cet énorme et inutile travail.

Or, nous connaissons l'existence de deux manuscrits de ce genre, celui qui a servi à la Presse, et celui de Pilorge, qui n'est évidemment pas le même; s'il y en a eu un troisième, ce qui est douteux, c'est celui dont on aura usé pour la première édition parue en librairie, laquelle présente quelques divergences avec le texte du journal.

Mais en supposant qu'il y a eu trois manuscrits généraux, on étend l'hypothèse autant qu'elle peut être étendue.

Or, ce n'est assurément ni celui de la Presse, ni celui de la première édition, qui contenaient le texte conforme au cahier de Sainte-Beuve, puisque le passage en était absent tout entier. Ce n'est pas non plus celui de Pilorge, qui ne présente ni feuillet ajouté à cet endroit, ni changement dans la pagination indiquant la suppression d'une page ancienne ou l'addition d'une page nouvelle, ni rature, ni surcharge, ni quoi que ce soit, enfin, qui autorise la conjecture d'une correction.

Et, dès lors, on est obligé de convenir qu'il n'a jamais existé de manuscrit où ait figuré le texte de Sainte-Beuve ^

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