‹ Sainte Cécile et la musique [microforme]Chapitre 3 sur 3 · LU RER · texte numérisé non relu

LU RER

meurent purs, Ô mon Dieu, et que je ne sois pas confondue”, Cantanti-

bus organis Cæcilia Domino decantabat dicens: Fiat cor meum immaculatum ut non con under! :

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bien comprendre le sens de ces paroles, il faut se reporter

et au pays où vivait Cécile. “De la boue pétrie avec du el était à Rome, au Ilème siècle,

Ou donc se trouve le secret de cette étonnante sainteté? Un seul mot le résume :

qu’en sort - il donc?

comprendre!

Cécile a lu qu’il faut prêcher l'Evangile. Elle devient catéchiste,

apôtre, Elle convertit Valérien et son frère: Tiburce, au christianisme, Et Valérien et Tiburce cueilleront, avant elle, la e du martyre, .

Se

Dans l'Evangile, un mot revient sans cesse: Pries. Il faut toujours prier et ne jamais cesser. Jour et nuit, nous disent ses .\ctes, elle continue ses entretiens divins. Voyez-vous la jeune pat. une sortant de sa splendide demeure, accompagnée de sa servante. Ille traverse les rues de Rome et s'engage sur la voie Appienne. I. fastueux tombeau de Cecilÿ Metella, son aïeule, n’aîtire pas ses regards. Elle prend un petit sentier souterrain à peine visible. La voilà qui pénètre dans une longue et étroite galerie qu’éclairent à peine des petites lampes scellées aux parois. Tout à coup, sur son passage, s'offre une salle plus abondamment éclairée. Une multitude y est agenouillée, rangée en deux choeurs. Au fond, sous une voûte, creusée sous le tuf, se dresse un tombeau enveloppé d'une r'ppe. Sur cette nappe repose une coupe d’or célèbre une liturgie mystérieuse.

mes. Elle mêle sa :

Descendez, descendez au fond des Catacombes Aux plus bas lieux.

Descendez, le coeur monte. Et du hnut de ces tombes On voit les cieux.

C'est là que l'Evangile est expliqué par l’évêque Urbain. C'est là qu'on médite la passion de Jésus, et Jésus a murmuré à loreille de Cécile qu'il n'y a pas de plus grande marque d'amour que de mourir pour celui qu’on aime... Aussi quelle n’est pas sa joie quant le préfet Almachius la condamne au martyre. “Mais, se dit le magistrat romain, l’on ne peut faire exécuter publiquement tant de jeunesse et tant de beauté, Ses grâces surhumaines lui ont gagné tous les coeurs. Personne ne ia verra mourir. Nous l’enfermerons dans la salle de bains de son palais. Le caldarium sera surchauffé. Elle périra asphyxiée” O prodige! Durant un jour et une nuit, une sorte de rosée céleste rafraichit les membres de Cécile... À cette nouvelle; le préfet dépêche un licteur et lui ordonne de se servir du glaive. Le bourreau donne les trois coups permis par la loi. O licteur! tu n'as pu achever tu victime... Durant trois jours encore, Cécile reste 1à, étendue, le col à demi-rompu—semblable à un beau lis dont la fleur est brisée, mais non encore séparée de sa tige. Les pauvres s’empressent autour de l’agonisante transfigurée. L'évèque Urbaï: vient }1 bénir, “O mon Père, lui dit-elle, je vous lègue tous mes ir ors” et elle lui montre les mendiants qui l'entourent. Toute rayonnante de foi et d’espérance, elle offre à Dieu, pour l'Eglise naissante, pour le peuple romain, pour ses bourreaux, le sang virginal qui s'échappe de ses plaies béantés,

Et Cécile expire pour entrer dans l'immortalité,

O Cécile, vous êtes immortelle! Vous êtes vivante daus la splendeur des cieux, mais vous vivez encore au milieu de nous. Vous

Er

exercez ici-bas un souverain empire. Votre corps porté par des vierges est déposé au cimetière de S.-Calixte, mais votre âme plane toujours sur Rome et en protège le Pontife.

En 822, le Pape Paschal I veut faire transporter la dépouille de Cécile, en son palais du ‘Transtévère, transformé en Basilique. II la fait exhumer. Nouveau miracle. L’angélique enfant est retrouvée dans son coffre de cyprès, belle et radieuse, comme au jour où elle 7 fut ensevelie. La terre avait traité ce joyau des âges héroïques, comme les pierres précieuses dont elle n’altère point l'éclat. Le temps avait respecté la chair virginale, les vêtements brochés d'or, et jusqu’au bois du cercueil.

En 1599, au soir de ce XVIième siècle si tourmenté par les tempêtes de la Renaissance et de l'Hérésie, l'Eglise voulut contempler, encore une fois, Cécile. Rome avait besoin de ce réconfortant spectacle. Elle venait de voir se détacher de son sein l’Angleterre, l’Allemagne, ia Suède et le Danemark. La glorieuse petite vierge apparut tout à coup pour ra- iver l’étincelle du feu sacré, et dire que l'Eglise du XVIieme siècle était bien la même que l'Eglise primitive, puisqu elle se proclamait la fille des martyrs des Amphithéâtres et des Catacombes.

Une fois de plus, Rome et le monde s’émurent. L'on ouvrit le sarcophage L'on . aurait moins dit une morte qu’une victime qui va mourir. :

Regardez Clément VIII. C'est un austère vieillard. Durant deux ans, il a différé lc réconciliation de Henri IV triomphant à Paris et demandant l’absolution de son hérésie. Ce Pontife, héritier de lénergie de Grégoire VII et d’Innocent III, estimera l’un des événements les plus considérables de son règne, la transition que ses mains auront faite du cercueil de Cécile dans une châsse splendide pour laquelle il épuisera le trésor Pontifical. Autour de cette châsse, vous trouverez réuni tout ce que l’Eglise compte de plus vénérable. Voici le docte Baronius. II a déposé un instant sa plume immortelle, qu’il reprendra bientôt pour raconter les gloires de Cécile. Voici le cardinal-prince Paul-Emile Sfondras: il consacrera désormais son zèle et ses richesses à orner le triomphe de Cécile. Voyez le cardinal Jésuite Bellarmin, la terreur des hérétiques, Alexandre de Médicis qui bientôt sera Léon XI, Camile Borghèse qui plus tard gouvernera PEglise, sous le nom à jamais célèbre de Paul V.

Pourtant, qu'est-ce donc après tout, que de contempler les traits d’une Vierge ensevelie depuis treize siècles? Cependant nous avons là une des pages les plus exquises et les plus délicates de l'Histoire de l'Eglise. II n'y a rien qui fasse mieux saisir la suprême moralité de cette sainte Mère toujours éprise d’un fervent enthousiasme pour ceux de ses enfants qui ont pratiqué l’héroïsme, sans que les siècles puissent attiédir cette noble ardeur.

Et Cécile continue de régner. Son nom est devenu synonyme de beauté et d'harmonie, Elle règne sur l'architecture. Son palais est

transformé en somptueuse Basilique. Naguère le cardina’ lla, de sainte mémoire, le maître vénéré de notre bien-aimé Pontife Benoit XV, employait une partie de sa fortune personnelle à restaurer et à orner le temple Cécilien. Dans tous les pays et sur tous les rivages je vois des ca es et des autels élevés en son honneur. Elle règne sur la Etienne Maderne a éternisé par son habile ciseau, l'attitude de la vierge dans son tombeau. Qui est allé à Rome sans remporter, avec soi, un fac-simile de cette éloquente oeuvre d'art? Elle règne sur la peinture. Son image a tenté le pinceau des plus grands artiste depuis Cimabué, Fra Angelico, Jules Romain et Raphaël jusqu’à Paul Delaroche et Hippolyte Flandrin.

Elle règne surtout sur la musique. Son âme et sa vie sont un hymne d'amour. Confidente de la musique des cieux, elle est préposée aux saints cantiques de la terre. Aussi le moins matériel des arts s’est-il placé sous la protection de cette céleste musicienne.

Et d’ailleurs Cécile incarne admirablement l'esprit et le tempérament de l'Eglise. L'Eglise qui n'a cessé de chantér depuis dix-neuf siècles et qui continuera de même jusqu’à la fin du monde. L'Eglise est ici-bas la divine semeuse de joie et d'espérance. C’est pourquoi elle chante. Elle a chanté dans les Catacombes. Elle a chanté sur les échafauds. Elle chante sur les berceaux et sur les tombes. En ce moment, sur cet horrible champ de bataille qu'est devenue la vieille Europe, elle chante des cantiques d'endurance, de courage, de confiance et de paix. C'est là l’accent régulier de son langage et l’une des formes de son culte.

Elle appelle à son secours les plus beaux instruments de musique. Elle les réunit et crée le plus complet et le plus puissant de tous : l'orgue

L'ortzue, le seul concert, le seul Sémissement Qui mêle aux cieux la terre

La seule voix qui puisse avec le flot dormant Et les forêts benies,

Murmurer ici-bas quelque commencement Des choses infinies.

Conceven · vous une fête religieuse sans chant, et sans uusique? . Reportez-vous à votre première communion? Pouvez-vous vous rappeler, sans un obscur désir de larmes, ces voix fraîches et pures soupirant : “Mon bien-aimé ne parait pas encore” de Fénelon, ou bien encore “Le ciel a visité la terre” du tendre et pieux Gounod?

Pouvez-vous imaginer Noël et Pâques sans chant et sans musique? Ces deux fêtes, les plus solennelles de l’année liturgique, ont, du même coup, inspiré les plus beaux chefs-d'oeuvre. Noël! Pâques! C’est le nom d'un genre musical. C’est tout un répertoire. C’est tout un trésor à la fois populaire et sacré. =

Ce sont surtout les vieux cantiques de notre enfance qui nous | émeuvent profondément.

Oh comme ces vieux airs qu’on chantait à dix ans Arriver ( droit au coeur, aux jours de la souffrance!

Comme ils savent, évoquer les joies des temps jussés! Et adus ensevelir eux qui nous ont bercés!

Artistes chrétiens tombez à gehoux aux pieds de l'Eglise. Vous

lui devez votre gloire la plus pure. La musique de Palestrina et de Pergolèse, celle de Mozart et d'Haydn, le chant de la Préface et du Puter, le “Te Deum“, le Lauda Sion”, le Stabat Mater“ et le “Dies Iræ”, “ Adeste fideles” et lO filii et filiæ”, tous ces chefs-d’oeuvre et mille autres sont fils du culte catholique.

Aussi, c'est une constatation heureuse qu'il est bon de faire, en ce jour de fête, Les grands musiciens, les compositeurs les plus célèbres ont eu, pour la plupart, une âme sincèrement religieuse.

Pierluigi Palestima meurt dans les bras de S.-Philippe de Néri, son confesseur et son ami, en contemplant l'oeuvre grandiose léguée à la postérité. "1

Pergolèse dont la vie ne fut que souffrance, expire à 26 ans, chez les Franciscains de Pouzzoles, L'auteur du plus réaliste Stabat

Mater“ murmure à ses derniers instants, la strophe si suave et pleine :

du désir du ciel: Quando corpus morietur, fac ut animæ donetur paradisi gloria. Quand mon corps mourra, donnez le Paradis à mon âme!

Quand l’apoplexie foudroyante vient terrasser l’illustre Glück, il tenait dans ses mains, le Rosaire que lui avait donné, dans son enfance, le vieux frère Anselme .Beethoven méditait longtemps à genoux uvant d'écrire es symphonies et ses sonates.

Haydn, élève comme Glück, de la maîtrise de Vienne, avait une dévotion sans bornes envers Marie. Artiste à dix ans, il n’a composé que des oeuvres de génie qui toutes commencent par ces mots: “Que

le nom de Dieu soit béni” et se terminent par ceux-ci : “Louange à ,

Dieu. Laus Deo“.

Et Mozart, si bien surnommé “le musicien de la prière”, c’est en entendant l'orgue de Salsbourg touché par son père, qu'il sentit s’éveiller en lui, ce talent si pur qui dès l'âge de huit ans, devait susciter l'admiration de la Cour d' Autriche. Louis Veuillot, dans son “Parfum de Rome” nous montre Mozart entrant dans Saint-Pierre et se dirigeant tout droit vers la statue de bronze dont le pied a été usé par la dévotion des âÿs, et il s'écrie: “Cette auguste statue de Saint-Pierre, quand je la reverrai maintenant, parmi les riches et parmi les pauvres, je verrai Mozart posant sur le pied de bronze, ses lèvres d'or d'où se sont envolées de si belles mélodies.” En vérité, ce jour-là, Rome reçut dans le baiser de Mozart, l'hommage et le don de la musique entière, :

Et nos contemporains, me direz-vous, sont-ils aussi religieux que teurs ancêtres? Mais oui. Ne soyons pas pessimistes. L'on peut dire

que l'Ecole Française s'est distin Massenet, César Frank on

Bible et son Cruci

n du génie” Al

et vibrante, s’écria: “Mon petit enfant, a de dénouer les cordons de ta chaussur À Et joignant le geste mystique à la parole place, et le front découvert, l’on vit le gra devant ce chérubin de dix ans.

Et n’allons pas oublier nos e des nôtres

vres et Prouvons-leur, notre reconnaissance.

Mais rappelons-nous toujours que nous avons des devoirs sacrés est de haute lignée.

Ne la profanons ja-

os peines et calmer

au-dessus des vulgarités de la

la détournant de sa fin, nous

faisions d s, si nous nous servions de ses mélodies

nne à tous, mais nesse, Jeunes geus, si Dieu vous a donné des soyez fiers d'offrir vos services au clergé de vot hauser l'éclat des cérémonies sacrées,

Et vous, chanteurs de Notre-Dame et de Montréal, soyez félicités et remerciés. Cette fête collective des chorales de Montréal, (1) en ce vieux temple historique de Notre-Dame, est maintenant pour vous une pieuse et chère tradition.

Imitez votre illustre patronne. Soyez toujours fidèles à votre noble et apostolique mission. Apprenez aux hommes par ces notes qui font vibrer les coeurs les plus insensibles, qu’il est des sons meilleurs que ceux de la terre, et que toute âme est un souffle immortel dans un organisme fragile. Quand vous chantez, faites surtout chanter votre âme! Puisse votre âme—cette chanteuse exilée—après avoir exécuté fidèlement la partie que Dieu lui a confiée dans le concert immense des créatures, expirer doucement et monter jusqu’à Dieu comme le son qui, à la fin d’une cantate, diminue graduellement, devient encore plus beau en expirant, et semble nous inviter à le suivre, là-haut, dans le ciel bleu, par de-là les étoiles. Ainsi soit-il.

(1) Fête cos . l'abbé René Labelle, curé de Notre-Dame, l'Association des PERS ERP SEP

Cantantibus or gants, Cæcilia, Domino decantabat dicens : Fiat cor mc um immaculatum ut non confundar.

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