‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 1 sur 113 · I VOL. IN-4® CONTENANT · texte numérisé non relu

I VOL. IN-4® CONTENANT

fieux chromolithographies, cinq planches en taille-douce et deux cent cinquante gravures sur bois. BROCHÉ, a5 FR. — RELIÉ DOS CHAGRIN f TRANCHES DORÉES, 33 FR.

U a clé tiré à part, dm» le mime format, 200 exemplaires oomirolcs cur papier de cuve. Urocbc, 10 U.

'un de nos meilleurs érudits, justement épouvante de l'indifférence du public français pour tout ce qui se rapporte à nos Antiquités religieuses et nationales, jetait nagucrcs ce cri d’alarme : « Il est honteux d’ignorer « scs origines à ce point. » Il faut croire que ce cri a été entendu. Ce qu’il y a de certain, c’est que la Science vulgarisée a fait depuis lors d’incomparables progrès. Et voici que nous pouvons offrir à ce même public, jadis si indifférent et aujourd’hui si enthousiaste, un livre de luxe, un livre d'étrennes qui a pour objet les Origines religieuses, les premières Basiliques, les Catacombes, l’Art chrétien primitif. Par un certain côté, ce livre offre quelque ressemblance avec ceux que M. Paul Lacroix vient de consa-

Saillie Ct «île, «T «prit la mouique de tUicliKe.

crer au Moyen Age. A coup sûr, il les complète, il en ouvre la série, il en est l’introduction nécessaire.

C’est à l’érudit le plus compétent que les Éditeurs ont voulu s'adresser pour populariser la notion, encore obscure, de ces origines plusieurs fois vénérables. L’illustre savant qui a ramené les Bénédictins en France et qui continue à leur tête la tradition des Mabillon et des Martcne, Dom Guéranger était visiblement désigné pour une telle tâche. La vie de sa chère sainte lui a fourni l’occasion d’écrire toute une histoire de la société chrétienne aux deux premiers siècles, et dans une Introduction magistrale, il étudie à fond l'antiquité catholique. C’est là qu'il nous transporte dans les ténèbres des catacombes, qu’il nous prend par la main, et qu'avec M. de Rossi il s’applique à ne laisser sans réponse aucune de nos questions sur la forme, l’âge, le symbolisme et le sens profond de tous ces monuments figurés. Ces souterrains, que nous pouvions croire les asiles de la mort, deviennent soudain le royaume de la vie. Nous y découvrons toute une société nouvelle; nous la voyons frémir sous nos yeux, prier, chanter, aimer. Dans les rangs pressés de ces catéchumènes, toutes les classes sociales sont admirablement mêlées et confondues. Qui donc avait osé prétendre que le Christianisme n’avait atteint à Rome que des artisans ou des esclaves? Dom Guérangcr répond très-vivement à cette calomnie de l’érudition allemande, et il nous montre, aux pieds du Christ, l’aristocratie de la race et celle du génie. Jamais argumentation n’a été plus serrée, plus décisive, plus lumineuse.

Ce n’est là, d’ailleurs, comme nous l’avons dit, que la première partie de son œuvre, et la biographie de l’illustre Cæcilia forme le vrai sujet du livre. Or il est peu de Saints qui aient conquis une telle popularité au sein de l’Eglise et du monde. Les grands sculpteurs et les grands peintres se sont tous inspirés de cette noble figure, et le 22 novembre, jour de sa fête, est encore aujourd’hui la fête de tous les artistes vraiment dignes de ce nom. Ils tiendront sans doute à honneur de mieux connaître l’histoire de leur patronne : Dom Guéranger est fait pour leur rendre cette lecture attrayante : car il est passé maître en l’art d’écrire. Ce livre, une fois commencé, on est entraîné à le lire jusqu’à la dernière page.

Une grave difficulté restait à résoudre: « Comment illustrer une telle œuvre? « Après y avoir mûrement réfléchi, on s’est résolu à adopter parallèlement deux systèmes d’illustration. L’un d’eux est particulièrement destiné à mettre en relief tous les éléments scientifiques qui donnent un si haut prix à l’ Introduction de Dom Guéranger. Ce sont les représentations, fort exactes, de toutes nos antiquités chrétiennes : peintures murales, sculptures, basiliques, tombeaux. Les monuments figurés de l’art païen à la même époque sont placés en regard des œuvres chrétiennes : rien

Peint par H. Flandrin dans l'église de Saint-Vincent de Paul, & Paris.

n’est plus curieux, rien n'est plus instructif qu’un tel contraste, et l’on y a facilement trouve la matière de 200 gravures intercalées dans le texte. Mais il fallait aussi interroger sur sainte Cécile l'art de tous les siècles, et c’est ce qui a donné lieu à un second ensemble d’illustrations que saisira encore plus vivement le regard des hommes du monde, des femmes et des enfants. Des planches hors texte offrent, depuis Cimabué jusqu’à Flandrin, les plus belles représentations de la grande sainte romaine. Voici Cimabué et son triptyque où déjà se manifeste une belle vie, encore trop byzantine. Le Flamand Van Eyck marque un pas de plus vers l’idéale Beauté; mais l'art italien du quinzième siècle est plus animé, plus correct, plus délicat. Dans la reproduction d’une des plus belles gravures de Marc-Antoine, on pressent déjà l’envahissement prochain du réalisme; mais on ne saurait adresser ce reproche à la Mort de sainte Cécile, du Dominiquin, qui est purement un chef-d'œuvre. La belle statue de Mademo est connue de tous les visiteurs de la Rome chrétienne, et nous passerons rapidement devant elle pour continuer notre voyage à travers les dix-septième et dix-huitième siècles, et nous arrêter, ravis, devant l’œuvre radieuse d’Hippolytc Flandrin...

Grâce à ce parallélisme du texte et de l’illustration, ce livre s'adresse à toutes les classes de lecteurs. Les savants et les artistes pourront en faire le manuel de leurs études sur l’art primitif; les jeunes filles y liront la vie d’un de leurs plus parfaits modèles ; les jeunes gens y apprendront les éléments de l'histoire religieuse. Tous ceux à qui les livres de M. Paul Lacroix ont appris à aimer le moyen âge et qui désirent savoir quand, où et comment le moyen âge est né, remonteront volontiers le cours des siècles, et n’auront qu’à se louer d'avoir fait un pareil voyage, avec un guide tel que Dont Guéranger.

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PRÉFACE

es agitations de la période si troublée que nous traversons n'ont point interrompu che\ les hommes studieux de notre temps l'étude des origines historiques. Dès que quelque rayon de paix vient à luire entre deux tempêtes, on ne tarde pas à s'apercevoir, par les publications sérieuses qui paraissent au jour, que de nombreux amis de la science n'ont pas discontinué d'interroger les débris du passé, durant ces longues heures oit le présent offrait si peu de charmes.

C'est donc à ce moment même oit la société semble en travail pour produire enfin les conditions d une entente qui rétablisse la paix dans l’humanité dévoyée, que les annales des peuples qui ne sont plus se découvrent à nous, comme si Dieu voulait mettre sous nos yeux le spectacle de la vie entière du genre humain, pour nous faire mieux comprendre ce qui a convenu aux hommes et ce qui leur a été nuisible ; pour nous révéler l'unité du plan selon lequel il procède dans le gouvernement du monde , oit la liberté de l'homme apparaît entière, sans préjudice de cette souveraine direction à laquelle rien de créé ne saurait se soustraire.

L’impulsion donnée d'en haut à la science archéologique lui a fait dépasser les études déjà anciennes sur Rome et sur la Grèce; il lui a fallu désormais tendre à se rendre maîtresse de l’Egypte et de l'Assyrie, et bientôt remonter jusqu'au second berceau du genre humain, dans les

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plaines de Seimaar. En même temps qu'elle interroge en ces contrées lointaines des débris qui semblaient muets pour toujours, plus près de nous, elle nous restitue nos annales locales et supplée ainsi de toutes parts aux textes écrits qui nous faisaient défaut , ou que nous comprenions moins.

Au milieu de ces nobles labeurs qui nous rendent la science du passé avec une plénitude que l'on n'eût osé espérer, il était à souhaiter que l'archéologie en vint à diriger aussi ses investigations sur les origines de l’Eglise chrétienne qu’une école a pris à tâche de travestir. Si déjà les récits de l'Ancien Testament se confirment et s'éclaircissent par leur confrontation avec les écritures dépeuplés anéantis, les monuments chrétiens de l'âge des Empereurs sortant tout à coup du sol romain devaient avoir à nous révéler beaucoup de choses sur les faits qui ont accompagné la fondation de l'Église.

Déjà l'Afrique, la Syrie, la Gaule, ont été interrogées par de vaillants investigateurs ; il était temps que Rome elle-même, qui recèle dans ses entrailles sacrées mille secret s- pour le développement de l' histoire chrétienne primitive, fit aussi de nouveau explorée à la suite de ces récentes et inattendues manifestations. C'est sous le pontificat de Pie IX, qui, à la suite de tant d'autres titres glorieux, a mérité celui de second Damase, que la divine Providence a révélé tout à coup tant de précieux débris de l'âge des martyrs, à l’aide desquels l’histoire chrétienne de Rome s’illumine depuis l'âge apostolique jusqu’au temps de Constantin. Un guide était nécessaire dans cette marche si fructueuse, et la meme' Providence l’a fourni à notre temps en la personne de M. le commandeur J. -B. de Rossi.

En 184g, nous avions osé entreprendre de traiter l'épisode romain de sainte Cécile, que nos études sur les antiquités de ta ville sainte nous avaient révélé déjà comme un point central ; mais c'était à peine au moment où le P. Marclii, le docte précurseur de M. de Rossi, commençait ses grands travaux pour l’illustration de Rome souterraine, et rien ne pouvait faire pressentir encore les riches conquêtes qui devaient suivre. Notre but était de faire ressortir la beauté de celte histoire, et de la venger des dédains dont elle était l'objet depuis bientôt deux siècles. En i853, nous donnions une seconde édition de notre livre; mais combien déjà à cette époque la situation avait changé! D’un jour à l’autre , Rome chrétienne primitive apparaissait dans une clarté toujours croissante. Durant l’intervalle de notre première édition à la seconde, le cimetière de Lucine s'était révélé sur la voie Appienne, et nos lecteurs étaient à peine en possession de notre travail amendé, que la découverte du cime

PRÉFACE

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Itère de Calliste, de la crypte des Papes et du tombeau de sainte Cécile, donnait entrée au sein même de l'Eglise chrétienne du deuxième et du troisième siècle. Dès lors notre œuvre se déclarait elle-même incomplète ; plus d'une erreur matérielle lui devenait imputable, et notre seconde édition n’était pas épuisée, que déjà il nous paraissait évident qu'il n’était plus possible de raconter le grand rôle de Cécile, « personnage si important , sans y joindre le récit de l’histoire chrétienne de Rome aux deux premiers siècles.

Les audaces inouïes de la critique allemande sur les origines du christianisme sont connues; néanmoins on a vu que la légèreté française peut quelquefois s' en laisser impressionner. Le haut-parler et la science boursouflée d’au-delà du Rhin n'ont pas été sans produire quelques séductions, et, pour notre part, nous avons cru devoir combattre un imprudent disciple des théories exégétiques de Ëaur. Le meilleur moyen d'en finir avec les romans de ces professeurs prussiens, lorsqu’il s'agit de soustraire à leurs capricieux systèmes l'origine des livres du Nouveau Testament , est d’établir historiquement les conditions de la société qui accepta le christianisme. O y a longtemps que saint Augustin a dit que « cette société était très-docte et peu disposée à accepter ce qui aurait été contraire à la raison. » (De Civitate Dei, lib. xxu, cap. vin.) Au dire deces puissants rêveurs, qui parlent sans cesse de la critique, tout en soutenant l'identité des contraires, la classe sociale à laquelle s'adressèrent les apôtres n'aurait eu rien de commun avec celte brillante civilisation ; en elle, il ne faudrait voir qu'une tourbe grossière, avide d'apocryphes et nourrie de superstitions. Les faits viennent démentir ces faciles théories. Les nouvelles découvertes archéologiques montrent jusqu'à l'évidence que, dès son début à Rome, le christianisme compta dans ses rangs l’élite de la société polie. Dès lors, le rôle de Cécile, sous les Antonins, ne pouvait être pleinement apprécié qu'à la suite d'un récit rétrospectif, qui montrerait l’attitude du patricial romain en face de la prédication de l'Évangile. Au lieu d’un épisode, c’était une histoire qu’il fallait écrire.

L'étude sérieuse des lieux et des monuments , celle des écrits si lumineux et si substantiels de M. de Rossi, ses encouragements et l’amitié dont il nous honore depuis tant d'années, nous ont donné la confiance d'entreprendre cette œuvre. Mais dès lors notre rôle n'est plus simplement celui de l’archéologue qui examine isolément chaque détail, propose, discute et attend; l’historien doit raconter, en mettant à profit toutes les données susceptibles de nourrir son récit. Dans cette rénovation de l’histoire chrétienne de Rome . une foule de points ont été élevés au plus

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