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CHAPITRE PREMIER

L ENFANT DE NANTERRB

Après avoir traversé Paris, la Seine multiplie les sinuosités de son cours, comme si ses eaux s'éloignaient à regret du beau pays qu'elles arrosent. Elle se dirige d'abord vers le sud-ouest, remonte ensuite subitement vers le nord, puis revient à sa Hirection première et forme par ses capricieux détours la presqu'île de Gennevilliers. A l'extrémité occidentale de cette presqu'île et au pied de la plus saillante de ses collines, connue depuis sous le nom de mont Yalérien, s'élevait déjà au iv^ siècle le petit village de Nemetodurum ou Nanterre*. Les habitants de la bourgade vivaient de la culture des

I. Nemeiodurum paraît signifier, dans la langue celtique, « temple sur la rivière ».

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champs environnants, de Félevage des troupeaux^ de la pèche et peut-être aussi des transports par voie;QuviaIe 9ai|^<^U&U;dvnnait lieu le commerce de répoàuè, . .

^jyf^ 1^?*^*^ ^P9^^> ^vère et Gérontia, habitaient Nanterre au début du v* siècle. Leurs noms, dont l'un est latin et l'autre d'origine grecque, n'ont rien qui puisse étonner dans un pays galloromain. L'histoire a conservé le souvenir d'un soldat du nom de Gérontius, lieutenant de ce Constantin qui se fit proclamer empereur en Grande-Bretagne et périt en 4i i sous les coups d'Honorius. La condition sociale de Sévère et de Gérontia ne nous est point connue. Ils ne furent, selon toute vraisemblance, ni les principaux personnages de Nanterre ni de trop humbles gens. Il ressort plutôt des récits qui se rapportent à l'enfance de leur fille, qu'ils étaient eux-mêmes de condition moyenne, possédant un petit avoir en champs et en troupeaux.

Mais telle était alors l'insécurité des temps, résultant, surtout dans le nord de la Gaule, de l'insta* bilité et de la faiblesse des représentants de l'autorité impériale, que les deux époux ne pouvaient guère compter sur la jouissance paisible de leur humble patrimoine. Jeunes encore, ils avaient dû connaître toutes les horreurs de l'invasion.

Sur la fin de l'année 4o6, en effet, d'innombrables hordes de barbares, passant par-dessus les

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Francs qui gardaient alors les rives du Rhin, se ruèrent sur la Gaule et la ravagèrent pendant deux ans. Toutes les cités de quelque importance furent saccagées et ruinées, les campagnes pillées et dépeuplées. Attentif à toutes les commotions qui ébranlaient le vieux monde romain, saint Jérôme' écrivait du fond de la Palestine : « Des peuples sans nombre et d'une férocité extrême ont envahi toutes les Gaules. Tout le pays compris entre les Alpes et les Pyrénées, TOcéan et le Rhin, a subi les hostilités et les ravages des barbares, Quades, Vandales, Sarmates, Alains, Gépides, Hérules, Saxons, Burgondes, Alamans et Pannoniens. Quelques villes exceptées, tout a été dévasté; ces villes mêmes, menacées au dehors par le glaive, sont au dedans la proie de la faim. » A Reims, les Vandales, plus cruels encore que les autres envahisseurs, massacrèrent le pontife saint Nicaise au milieu de son troupeau. Ni la petite cité de Lutèce, ni les bourgades des environs ne durent échapper aux désastres causés par la sinistre avalanche. Les habitants du territoire parisien qui survécurent à l'invasion ne purent effacer de leur mémoire le souvenir des violences dont ils avaient été les témoins et les victimes. Le flot dévastateur fînitpar s'écouler vers les contrées méridionales de la Gaule. Les Francs n'avaient

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