LES LYONNAIS ET LES MONTANISTES
Voici justement que la nouvelle parvient jusqu^à eux que les temps sont accomplis : Jésus va revenir a la tête de Tarmée des anges et fonder sur les ruines des nations perverses le royaume de son Père ; les prophètes parus en Phrygie l'assurent*. Tous les martyrs tressaillent d'un frisson d'espérance sacrée, d'autant que plusieurs sont des chrétiens venus d'Asie: leurs souffrances ne leur annoncent-elles pas que la fin du monde approche ? Quand ils apprennent l'attitude de certains évêques et qu'elle implique le désaveu des prophètes et que l'unité de l'Église est même menacée, ils se décident donc à intervenir afin de confirmer cette unité en prenant avec l'autorité que leurs souffrances leur donnent, la défense des Montanistes de Phrygie. Non contents de leur adresser des lettres et de veiller à ce qu'ils connaissent les tortures qu'ils ont endurées*, ils écrivent à l'évêque
I. Montanus commence de prêcher sous le proconsiilat de Gratus en Phrygie, iSô-iSj; il annonce que Jésus- Christ va enfin descendre sur terre, comme il Ta promis^ dans la plaine de Pëpuza. Eu conséquence, au nom de FËsprit-Saint dont il se croit Torgane, il ordonne des pra* tiques de pénitence extrêmement rigoureuses afin de se préparer au grand jour. Ces faits eurent un retentissement énorme ; ils raffermirent les traditions eschatologiques d'où ils procédaient; saint Irénée fut sympathique, Tertullien adhéra au Montanisme et l'église romaine ellcrmême ne le condamna peut-être qu*en 'an. — Dès lors, le mouvement perdit son importance et changea de caractère. Cf. supra, p. 12 et iufra, chapitre v, in fine.
^ La lettre qui les raconte, et que nous a conservée Eu-^
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MISSION D'IRÉNÉE a BOME. 49
de Rome Eleulhère (175-189) pour lui recommander « la paix et l'union des Églises » . La lettre est . portée a Rome par leur frère et collègue Irénée : « Nous vous prions, disent-ils au pape, d'avoir égard à lui : il est plein de zèle pour le Testament du Christ. Si nous avions su qu'un titre peut conférer quelque justice à quelqu'un, nous vous l'aurions recommandé d'abord comme prêtre de TÉglise :
c'est son grade*. » Le tonde cette lettre ne doit pas surprendre, bien qu'elle soit adressée au premier dignitaire de la hiérarchie: on voit à plusieurs reprises' que les confesseurs traitent d'assez haut les évêques ; et nous devinons que les Lyonnais reprochent à Ëleuthère son attitude plus que réservée à l'endroit des prophètes. Cette méfiance ajoute encore à l'éloge qui est fait de saint Irénée : si les martyrs ont voulu qu'il fût leur mandataire, peutêtre bien qu'il fût prêtre, c'est sans doute qu'il avait une âme aussi forte que la leur.
Aussi ne peut-on s'étonner qu'à la mort de Pothin (177-178), Irénée lui ait été donné pour successeur. Durant une vingtaine d'années', Irénée
•èbe est adressée « aux frères d'Asie et de Phrygie qui ont la même foi ».