ACTE!. »U SAINT-SÉPULCRE
(Pl.ANCME 33.)
ne indifféremment à la chapelle que décore cet autel le nom de la Sainte-Trinité, ou bien lu Saint-Sépulcre. Le premier vocable est motivé par le sujet qui figure en relief sur le du fronton. Ce sont les trois personnes divines, étagées et ordonnées verticalement : le aut, le Fils en bas, et le Saint-Esprit au milieu. La troisième personne, figurée par la Colombe, descend, comme un souffle, de la bouche du Père, et s’abat, ailes déployées, sur la tète du Fils. C’est une manière d’exprimer le dogme de la Procession du Saint-Esprit, fort en usage au xvic siècle. Le Père est assis, tiare en tête et en costume de souverain Pontife. Le Fils est cloué à une croix en thau, que le Père soutient de ses mains divines. Deux Anges thuriféraires, disposés à droite et à gauche dans de petits œils-de-bœuf, offrent à l’adorable Trinité l’encens de nos prières.
Une autre scène, reproduite sur l’autel en avant de la grande niche que couronne le retable, nous explique le nom du Saint-Sépulcre donné encore à cette chapelle : c’est la Lamentation sur le tombeau, sculptée en pierre vers le commencement du xvi® siècle. Le corps nu du Sauveur, plus grand que nature, est étendu sur un étroit suaire, dont Nicodème et Joseph d’Arimathie retiennent fortement les deux bouts, à l’ouverture d’un sépulcre. Du côté de la tête, et en face de l’observateur, St Jean l’Evangéliste et la Mère de Jésus contemplent, avec une douleur profonde, ses restes inanimés. A la gauche de la Vierge, les trois Maries tiennent aussi le regard tristement attaché sur les plaies de l’Homme-Dieu : Marie-Madeleine, en longs cheveux, porte, à la main gauche, le vase des aromates; Marie, mère de Jacques, ramène ses deux mains croisées sur sa poitrine; et Salomé, que le martyrologe romain appelle encore Marie, avec certains commentateurs1, porte la couronne d’épines entre ses mains. Deux Anges, sculptés en relief sur la face antérieure du tombeau, balancent l’encensoir et se tiennent en adoration.
Tout à côté, quatre gardes veillent debout : à notre droite, un Suisse est au repos sur sa longue «épée fourrée,» et un arquebusier bourre le canon de son arme; à notre gauche est un archer avec son carquois, son arc et ses flèches; et le hallebardier tient dans sa main une hampe qui a perdu le fer de sa double lame.
L’autel proprement dit a, pour tout ornement, la pierre brute et mal unie dont il est construit. Sa face antérieure recevait, au xvie siècle, un parement mobile dont la couleur variait suivant les fêtes, comme celle des ornements sacerdotaux. On faisait ces parements d’étoffes, ordinairement très riches, de drap d’or ou d’argent, rehaussé de broderies, de plaques métalliques émaillées et montées de pierres précieuses, etc., etc.
Nous avons dit plus haut que la dorure du retable est due à Monseigneur de La Mothe-Houdancour :
« Et de plus, avons fait enrichir d’or, depuis le haut jusques en bas, lad. chapelle . à la perfection
de laquelle 11e restant qu’une fondation pour la durée de ce monument, nous avons institué douze chapellains, pour la desservir, selon sa dignité2.»
Le titre de fondation laissait les douze chapellenies à la nomination de Louis XIV et de ses successeurs
1 Voir Dom Calmet, sur St Marc, chap. xv, v. 40. — Les trois Maries sont aussi appelées les trois Myrophores, par les iconogra¬
phes, bien que le vase soit l'attribut spécial (le la 5 Voir les pages 78 et 7ft.
de Lazare.
à la Couronne de France : « transférant, quittant et délaissant, en tant que de besoin, à Sa Majesté et
aux Roys ses successeurs, tous les droits de nomination; . sans nous y rien réserver,» ajoute
l’auguste fondateur, « que le souvenir du regret que nous avons de n’avoir pas eü les moyens d’en faire davantage, pour honnorer la mémoire d’une si saincte et illustre princesse1.»
Au huitième article du «règlement et statuts» nous lisons : «Tous les chapellains, à leur tour deux à deux et suivant la Table de la semaine, visiteront les malades, et assisteront particulièrement les agonizants. Et quand on portera le Sainct Sacrement aux malades dans la ville, sortant de notre Eglise Métropolitaine, quatre desdits chapellains l’accompaigneront, les deux portant chascun un flambeau de cire blanche, et les deux autres le poêle selon la Table2.» Enfin, d’après le treizième et dernier article, « on faira des prières spéciales chaque jour pour la personne sacrée du Roy Louis XIV, lesquelles ont été par nous dressées, et qui seront insérées et gravées dans une table de cuivre, exposée en la chapelle aux yeux de tous les chapellains, pour un mémorial et souvenir perpétuel de leur obligation et devoir à s’acquitter desdittes prières; affin qu’il plaise à Dieu remplir son Règne de gloire, son cœur de sa crainte et des dons gratuits de son amour, bénir ses desseins et entreprises, préserver sa personne de tous hazards et périls, et après la durée d’un siècle entier de son sceptre sur la terre, l’eslcver à un autre royaume qui ne finira jamais3.»
La «table de cuivre» a cessé, en 1793, d’être «exposée en la chapelle, pour mémorial et souvenir perpétuel;» et les «costésdc ladite chapelle» ne sont plus, comme autrefois, «tous couverts et parsemez de larmes et de fleurs de lys d’or1.» Et comment, en effet, garantir ici-bas la perpétuité, même aux souvenirs en apparence les plus impérissables!
La dotation du Saint-Sépulcre devait s’élever à la somme annuelle de quatre mille huit cents livres. Mais la mort étant venue surprendre Henri de La Mothe, son œuvre resta incomplète. Les chapelains royaux furent simplement mis en possession d’une rente de mille six cent quarante-huit livres, qui même, en 1725, n’était plus, charges déduites, que d’environ mille cent quatre-vingt-deux livres. Aussi voyons-nous, par un mémoire, dressé vingt-quatre ans plus tard, qu’ils ne sont tenus désormais qu’à «une messe chaque jour, par tour de semaine. Et le samedy, après vêpres, ils devaient se réunir dans la chapelle pour des prières communes. La cire qui s’y consumait pour la célébration des Saints Mystères était à leur charge, de même que l’entretien et la réparation des ornements et linges de lad. chapelle. »
Au reste, la corporation des marchands avait également sa part à l’entretien de l’autel du Saint Sépulcre. Elle venait y célébrer sa fête annuelle, le dimanche de la Sainte-Trinité; et cet ancien usage se pratique encore de nos jours.
ALTUl, DK SllVTl; CATHERINE.
S' uelqoes retouches, peu dignes du travail primitif, sont faciles à reconnaître sur ce précieux | monument de la Renaissance. Nous lisons, en effet, que M. Louis Daignan du Sendat, chanoine
vertu de son titre d’Ouvrier de la fabrique, se plaignait, en 4720, dans un
«Etat des réparations à faire à chaque autel, que le sieur Gaillard, doreur, mettait des couleurs
À là où il fallait de l’or. Et sur ce J. Desmarets, archevêque d’Auch, suspendit au sieur Gaillard les gages annuels de cinquante livres qu'il touchait en sa qualité de doreur de l’Eglise Primatiale.»
1 Fol. o, verso.
* Fol. 8, verso.
3 Fol. 9, verso, elfol. 10.
Mais la plainte venait un peu tard pour l'autel de Sainte-Catherine. Déjà un gluten jaunâtre avait empâté ses fines arabesques, qui, du reste, se seraient passées tout aussi bien de ce ton d'or mat qui les dépare
A la naissance de la petite frise qui reçoit la retombée du cintre des trois niches, nous lisons :
MEMENTO MEI 0 MATER JESU CHRISTI SALV. DEI MEMENTO. L’AN 1524 ET LE 15 DE FÉVRIER FUT COMMENCÉ A FODER.