ACTE IV
D0>' PHILIPPE à Don Luis
A votre tour.
DOiN LUIS
lisant
(( Le Roi, « Je dis : Suspect, comme il paraît, de zèle atroce, « Dom Tomasso Fargès, malgré l'âge et la crosse, « Soit par Don Luis, qu'à cet emploi nous élisons, (( Remis discrètement, aux secrètes prisons. »
Les deux prêtres se délournent.
LE UOI
Eh bien ! que tardez-vous à m'obéir? Vous mordre.
Apres chiens 1 vous est-il moins doux, d'en avoir l'ordre?
Et votre mutuel complot est-il déçu
S'il n'agit, pour tous trois nous perdre, à mon insu?
0 soUtude hélas ! de la toute-puissance !
L'é"oïsme m'exhorte et l'intérêt m'encense.
En cet instant fatal ou providentiel
Qui sauve ou perd l'Espagne et moi-même et le Ciel,
Lorsque, incertain du bien ou du mal que nous sommes,
A celui-là qui juge au nom du roi les hommes,
A celui-ci qui juge au nom de Dieu le roi,
A ces deux prêtres, les deux moitiés de ma foi.
Je confesse mon doute au bord du grand ouvrage,
Eux, loin de resserrer d'un senl nœud mon courage.
Le tirent des deux parts et par leurs désaccords
Le rompent! comme l'eau m'a dépiécé le corps.
Et ce n'est pas l'amour des palmes surhumaines
Qui vous meut! Vous n'avez souci que de vos haines.
Ignace, Dominique, ici, là, ne défend
Que l'intérêt de son ordre plus triomphant :
Le vieil inquisiteur et le nouvel apôtre.
Non tous deux pour le Ciel, mais chacun contre l'autre.
Luttent ! et voudraient bien d'un butin tout mortel,
Le fallùt-il gagner sur des débris d^autel.
Soit ! je consens au duel ! allons, faites !
l68 SAINTE ÏIIÉUÈSE.
A don Luis ;
retorte Souplesse.
A don Toiiusso :
âpre fureur.
A tous deux :
Ruez-vous ! et qu'importe Si la patrie, église et Irone, horriblement Râle son agonie en votre étranglement.
à genoux
Oui, roi! Dieu vous éclaire! et la foi vous mérite De discerner en moi ce qu'elle eut d'hypocrite; Le vil champ de mon âme encore est disputé Au blé de grtice, par l'ivraie humanité;
A ce moment les portes de la galerie s'étaal ouvertes, on voit descendre par le grand escalier Thérèse et le cortège des Carmélites entre les saluts et les agenouillements de la coliuc courtisan e.
Mais la vierge du ciel que vous avez mandée Vient comme l'aube par la brume précédée ; Et vous donne le ciel que j'implore à genoux De croire en elle pour avoir douté de nous !
DON PHILIPPE
charmé, ébloui, vers Thérèse et les Carmélites qui descendent processionnel lement
S'il est des cloîtres pour les célestes phalanges Oh! c'est ainsi que sont les Carmélites-Anges, Candeur d'astres sans tache et de lys sans déclin Sous le croisement bleu de leurs ailes de lin. Ou bien telle, parmi l'encens du reliquaire, La vierge de Tolède offrit à son vicaire La chasuble de soie et d'or fin qu'elle ouvra !
DON L L I s
C'est de l'or du salut qu'elle vous vêtira.
Thérèse s'approche, les Carmélites restées sur la galerie. Elle a les bras pleins de lleurs. Elle s'agenouille.