‹ Sainte ThérèseChapitre 23 sur 146 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Dans Avilados-Chevaliers, sur une place, ou iilutôt au conlluent de plusieurs rues et ruelles, l.e carrel'our — portes défendues par d'étroites fenêtres, fenêtres étroitement grillées — n'est pas très spacieux.

A gauche et à droite, tout à fait au premier plan, une ruelle, sans doute très peu large, dont les deux tronçons se font face; à gauche, une statue de saint; à droite, une fontaine.

Plus haut, à gauche, le porticjue de la petite église de l'Incarnation, précédé de marches en biais. Au delà, un peu en arrière, 1 entrée du couvent; entre la porte de l'église et celle du couvent, une petite hauteur de pierre formée de deux escaliers, sous une image de Saint- Joseph. Plus haut qne le couvent, une rue qui monte vers le Quemadero iuvisihlc, et vers le chemin de la Croix, dont on distingue dans le hleu intense du ciel la dernière chapelle et le grand crucifix.

Au fond, en face, des maisons à l'avancement inégal, et qui se tassent l'une à l'autre. Elles s'écartent pour laisser voir, au loin, la moitié d'un vaste mur blanc, où des jeunes hommes jouent à la pelote.

Une rue montante, faisant pendant à celle qui mène au Quemadero et au Chemin de la Croix, conduit à la Plaza Major, où ont lieu les <( duelos >> — combats avec les taureaux.

Plus bas, et débordant sur le tronçon de ruelle, une boutique de barbier, pleine de gens qu'on accommode, et qui répand sur la place la plus grande partie de sa clientèle, debout, allant, venant, ou assise sur des escabelles, attendant le tour de barbe en jouant au bilboquet.

4o SAINTE TIIKnÈSE.

— d'énormes bilboquets de buis peinture', — en pinçant de la guitare, lia sont des étudiants fort dé|)cnaillés, des gens de la campagne, venus à Avila pour la double fclc, des bourgeois de la ville, de ces bravaches que Cervantes appelle les « bravos de la bampa >« cl qui portent « la moustache cirée, le feutre à larges bords, h; j\istaucorps de bufde, les bas de couleur, le nœud de rubans à la jarretière, la longue rapière » ; des '< Cuabrcros », des « Frainels », des « Taragotes ». Et partout, grouille une foule de tous côtés harcelée de mendiants cyniquement loqueteux, de vendeurs, de vendeuses de fruits et d'eau fraîche ; foule parmi laquelle abondent les nilTians et les pellejas; mais l'on y voit aussi de fort élégants cavaliers et des dames, très voilées, que suivent leurs écuyers, ou leurs diiègnes, et que saluent leurs galants. C'est surtout du couvent de l'Incarnation, que viennent les personnes de bon rang; elles s'arrêtent sur le seuil, pour causer avec des nonnes carmélites qui les ont accompagnées jusque-là, — et traversent le populaire. Au fond, un amant, devant la grille du rez-de-chaussée, et sa belle, derrière la grille, « plument la pavane ». Le gros de la multitude est vêtu, mal vêtu, d'intenses couleurs foncées, oia éclatent violemment de l'écarlate et du jaune. Les personnes élégantes portent les toilettes absurdement jolies, exagérées jusqu'à la bouffonnerie, du temps de Philippe II. Çà et là, surtout près de l'église, des Béates, sorte de Béguines espagnoles, — et deux Familiers du Saint-OlTicc, rôdant et observant.

Mais au lever du rideau, beaucoup de gens forment, presque à l'avant-scène, une longue file, venant de gauche, en demi-cercle, marchant à petits pas vers l'église qui paraît déjà pleine. Les cloches sonnent à toute volée, (^'est sous le plein soleil.

XIMEIRA.

Use vieille BÉA.TE. — Une jeun'e Béate.

UxE AUTRE vieille BÉATE. UnE AUTRE JEUNE BÉATE.

Une Bourgeoise. — Une Pelleja. — Une vieille Femme.

Une Petite. — Une autre Petite. — Une jeune Demoiselle.

Une Vendeuse de fruits. — Une belle Fille.

La Sceur Tourière.

DON LUIS DE CYNTHO, provincial de la Compagnie de Jésus.

BALBAN,

bravache, voleur, ruffian.

ERCOL, ruffian, voleur, bravache.

ANDRES ALMADEIRA, de la Compagnie de Jésus. FRA QUIROGA, dominicain. — Un Familier du Saint-Office. Un autre Familier. — RUY, frère lai, servant de fra Quiroga.

Un Hidalgo. — Un vieux Cavalier. — Un jeune Cavalier. Un Barbier. — Un nouveau Chrétien. — Un vieux Licencié.

Foule : passants, cavaliers, dames, demoiselles, nonnes, duègnes, écÙyers. — Spadassins, cavaliers, toréadors, « pones » (Piqueurs qui excitent le taureau), muletiers, voleurs, mendiants, marchands et marchandes de CHATAIGNES, CUABREU03, FRAINETS, TARA-

gotes, etc., etc.

Dans l'universel brouhaha :

U>'E YEiVDIcrSE DE FRUITS

Limons! Grenades!

DES VOIX parmi des bras fendus vers l'église

Gueuse !

42 sainte therkse.

d'autres voix A mort!

UN PEONE

dans la rue muiilante qui conduit ù la plaza

Places à l'ombre!

Taureaux ! Taureaux !

UNE VIEII-LE

sordide et délabrée

Fenêtre à louer !

LE ItARRIER à un muletier qui vient de s'asseoir

La barbe, hombre?

LA VIEILLE

Pour l'autodafé. Juste en face des piliers.

Entre par la gauche, au premier plan, — avec une jeune demoiselle et une duègne qui la suit, — un assez vieil hidalgo, vêtu avec une élégance et une richesse surannées ; il a dans la main une longue canne au gland d'or.

LE VIEIL HIDALGO

Quel populaire en Avila-des-Chevaliers !

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