BAL H AN
Personne.
XIMEIRA
retournant s'asseoir devant le petit autel.
Il suffit. Bien. Laissez-moi seule.
ERCOL
Non.
BALBAN
Non. Que fais-ta dans Avila?
XIMEIRA
assise.
Que vous importe?
J'existe peu. Je suis quelqu'un devant la porte, Mendiant sans parler ni prier. Quand le vent Bat l'averse, je cherche un abri sous l'auvent. Les nuits d'hiver, ayant pitié, la sœur tourière Me permet de dormir sur les dalles derrière Ce mur; mais le matin me trouve assise là. On me prend pour un pauvre esprit qui se voila. Si j'obtiens quelque loque en aumône, je change De haillons; si l'on m'offre un peu de pain, je mange. Pourtant, trois jours sur vingt, les vendredis, je crois. Quand elle monte...
1! A L B .\^ N Elle?
Oui... son chemin de la croix.
Je la suis, à genoux, de chapelle en chapelle; Quand elle redescend, je descends derrière elle. Et m'assieds. Puis je reste inerte. C'est ainsi. Et voilà très longtemps que je me tiens ici.
ERCOL '
Bevicns à nous! Là-bas, au vallon des Viornes Oii croule encor l'autel d'un dieu bouc par les cornes, C'est le Sabbat, ce soir! Certe, il est bien déchu : Pour Diable, un sacristain qui chausse un pied fourchu. Mais c'est encor très bien, en tant qu'ignoiuinic; Et lu rallumeras de ton sombre génie
Les noces d'épouvante et d'orgueil, d'ombre et d'or, De la duchesse Hécate et du roi Belphégor! Viens.
XIMEIUA
Non.
Elle s'assied.
Vous, retournez dans la libre aventure.
Que la liart vous épargne! et mourez sur la dure Dans quelque duel contre les dieux, pauvres Titans!
BALBAX
Pourquoi restes-tu là?
XIMEIRA
en un sursaut
Parce que je l'attends !
Oui, lui, ce prèlre, Ervann. Toute une nuit, rampante. Dans le sable ou les rocs, sur la côte ou la pente. Je l'ai suivi, criant son nom, reconnaissant Sur le chemin sa trace aux gouttes de son sang. Puis, plus rien. Où, comment le rejoindre? Alors, lasse. Mi-morte, je me suis traînée à cette place, Et je l'attends.
BALEAN
Eh! quoi? tu l'aimes, Ximeira?
XIMEIRA
Comme l'on hait! avec l'espoir qu'il saignera En des tourments toujours parfaits! avec l'envie D'entendre râle à râle agoniser sa vie Sans fin mourante, morte, et renaissante pour, Après l'avoir refait, faire encore le tour. Sous ma fureur ruée en lanières d'asphaltes, D'un cirque de torture aux déchirantes haltes! Ou bien j'inventerai, folle de son dédain, Quelque supplice énorme, inattendu, soudain. Unique, où toutes les douleurs, âpres crieuses, S'assembleront ainsi que des sœurs furieuses, Afin que, renîments, abandon, trahison, Solitude et misère au seuil de la maison. Mauvais destin qui gagne à l'espoir leurs gageures.