‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 122 sur 137 · Livre-toi, femme, au seul devoir qui nous honore · texte numérisé non relu

Livre-toi, femme, au seul devoir qui nous honore

Puisque le Ciel l'ordonne, — et puisque je t'adore !

THÉRÈSE

Ah! tu l'as dit, le mot qui me sauve à jamais.

ERVANN

Qu'ai-je dit?

Dans le fou vertige des sommets Où m'appelait ta voix qui blasphème et qui souffre. J'aurais pu m'étonner et m'éblouir du goutïre, La montagne est le lieu de la tentation! Mais c'est la voix d'une terrestre passion. Qui rompit ton mensonge et t'échappa des lèvres ; Ce feu d'enfer n'est qu'un sursaut d'humaines fièvres, Et, démon dévêtu d'une auguste vapeur Céleste, tu n'es qu'un homme, je n'ai plus peur.

EUVANJJ

Soit, c'est vrai. Je ne suis, puisqu'il faut tout te dire. Prêtre en vain repentant, apôtre, ni martyre. Mais amant. Et si, comme un prêcheur de la foi. J'ai souffert, ce n'est pas pour le Ciel, c'est pour toi, Seul, mon amour s'éprit d'une autre loi chrétienne Qui me fît innocent, et qui te ferait mienne!

THÉRÈSE

Alors, qu'importe-t il que vous ayez parlé?

Le Salut m'a conquis de t'avoir ressemblé ! Si j'ai pu triompher du péché, c'est qu'il ose Offrir des voluptés dont tu n'es point la cause; Et, par l'antique mal vainement combattu. Mon seul désir de toi fut toute ma vertu. Dès que tu me parlas je fus la force due K la sublimité d'une extase éperdue:

ib.

On m'a rompu les flancs, les os, on m'a craché Aux lèvres, j'ai béni la torture, et léché Dans les crachats l'espoir rédempteur de ta bouche! J'aimais la claie en sang qui me vaudrait ta couche : Et, devant tout un peuple à mes cris ameuté. J'ai dit le bien en souvenir de ta beauté!

THÉRÈSE

Le vent concupiscent tout gonflé de superbe Murmure de vains mots et croit qu'il est le Verbe Traverse le portail de l'église jusqu'au Pavé froid de la nef et s'y meurt sans écho.

ERVA?fN

Je t'aime et du profond des ténèbres je crie ! Comme l'ombre le jour et l'exil la patrie Et l'abîme le ciel, je t'aime et je te veux ! Que m'importe le lin qui sacre tes cheveux. Je respire à travers le lin ta chevelure : Ta neigeuse froideur m'élreint d'une brûlure Et le rayonnement de ta virginité M'enveloppe de nuptiale volupté.

Viens, Thérèse!

THÉRÈSE

Dieu seul cueille les lys célestes.

Même proche de toi, je monte d'où tu restes.

ERVAXN

Je te vaincrai, hautaine!

THÉRÈSE

Ai-je donc combattu?

ERVANN

Ah! je puis t'emporter!

THÉRÈSE

Homme! que prétends-tu?

Quand môme tes deux mains toucheraient cette bure Qui me fait plus auguste et que je fais plus pure, Ce serait comme si sous le signe immortel Une bête rôdeuse avait taché l'autcL

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