PROLOGUE
Et que je parle avec mon Dieu dans ma poitrine.
Ervaun frissonne, se clé-tourné. — Cependant, sur un içesle de Thérèse, don Sanchez, doua .luana, Lisoarda s'écartent, s'éloignent silencieusement par la large porte basse. — Ervann, rpii a pensé à Ximeira, va se retourner pour voir si elle est là encore. Ximeira a comme pressenti ce mouvement, et se dérobe derrière l'épaisse tapisserie au fond à gauche. Ervann regarde la fenêtre, croit sans doute que Ximeira est partie par où elle est venue. Tout ceci à peine indiqué — • comme dans du mystère. Ervann et Thérèse sont seuls.
TIIÉUÈSE.
toujours a.ssisc sur la marche
Approchez-vous. On est si bien près de l'autel.
Il fait quelques pas en chancelant, hagard. — Elle a prié, le front contre la petite table sainte. Elle s'est un peu retournée, elle est presque à genoux.
Je n'ai commis, mon père, aucun péché mortel.
Du moins, je ne crois pas. La Règle qui seconde
M'en aurait préservée au cloître, et dans le monde
L'honneur m'en eût gardée à défaut de la foi.
Pour d'autres ce serait assez. Mais, j'étais, moi.
Envers le Ciel à plus de mérite obligée
Par les faveurs dont il m'avait avantagée.
Puisque Jésus me prit, petite, par la main.
Je n'ai pas eu de gloire au choix du bon chemin;
La grâce me faisant si simple la coutume
De prier, de soulTrir et d'aimer l'amertume.
Et de seul le servir sans infidélité.
J'aurais dû m'y soumettre en plus d'humilité.
Hélas! quand je faisais le bien, j'en étais fière.
Si j'arrivais pour les offices la première.
Si je jeûnais, pas plus d'un jour, de pain et d'eau.
Si j'aidais quelque vieille à porter un fardeau.
Je trouvais cela bien; et lorsque Dieu qui m aime
Daignait m'humilicr, il me restait quand même
Des satisfactions dont je pleure aujourd'hui,
A cause de vertus qui n'étaient que de lui.
Si des dons qu'il me fit j'eus déjà le salaire.
A m'en payer encor se pourra-t-il complaire ? La terre m'accorda toute ma part de ciel. Oh! par le Tout-pouvoir du Verbe essentiel, Que confèrent les Mains, l'Etole et le Saint-Chrême Absolvez-moi, mon père, à cette heure suprême. Des bonheurs que j'avais, du délice où je suis. Absolvez moi de mon espoir!
ERVAÎVN
dans une explosion sanglolanle
Non! je ne puis!
Non!
Thérèse s'est redressée, Ervann tomhc à genoux devant elle.
Demandez plutôt qu'à ce prêtre funeste Le salut à l'enfer, ou la vie à la peste! L'eau pure du pardon, dès que j'y toucherais. Verdirait de la lèpre infecte des marais.
THÉRÈSE
qui recule effrayée
Que dites-vous?
ERVANN
en se frappant la poitrine
Je suis infâme, abject, indigne.
Ce n'est pas à l'égout que doit mourir le cygne. Partez d'ici. Je suis, piétiné du. péché. Une or^nière de fange où des porcs ont marché. J'ai rompu le bon joug- du Seigneur. Ma prêtrise Sert de bête de somme au rut qui la maîtrise, l^arloz, ne souflrez pas de mes vœux parjurés LolTensc à votre lin fidèle...
Il a le front contre terre. — Un silence. — Il lève craintivement la tète. Il voit que Thérèse a les yeux pleins de larmes.
Vous pleurez!
très doucement, en marcliant vers lui
Qui dQ»c ne pleurerait à voir comme vous êtes Malhem-eux ! Dans le ciel vos palmes étaient prêtes ;
PnOLOGiF. 3(1
Déjà sacré par la Grâce, pour acquérir Le bonheur immortel vous n'aviez qu'à mourir. Qu'il doit être poignant, le regret qui vous broie! Que je vous plains surtout de la mauvaise joie! Mais c'est bien votre faute. Oh ! comment avez-vous Pu l'aire tant de peine à notre Dieu si doux?
Il a reculé, le front dans les mains^ la poilrino sccoiice de sanglots. Elle s'approche encore.
Espérez cependant. Le divin juge accorde Quelquefois sa justice à sa miséricorde; Et l'arbre de la loi se fleurit de pitiés. Vous auriez du répit si vous vous repentiez.
Je me repens depuis que vous êtes venue! Mon âme d'autrefois s'est toute reconnue, Avec sa foi sans trouble et son zèle exalté Dans la perfection de votre pureté.
THÉRÈSE
presque enjouée
Si j'ai de la beauté qui vous soit en exemple.
Tant mieux; Dieu qui veut bien que l'on pare le temple
N'est pas fâché si par le charme qu'il lui plut
De mettre en sa servante, elle mène au salut.
Familière et attendrie.
Parlez-moi. Vous aimiez, ])elle selon le monde, Une femme?
De grâce !
T n É n È s E Il faut qu'on me réponde.
Par les astres d'enfer vous fûtes ébloui En les yeux sans pardon d'une pécheresse?
Oui.
THÉRÈSE
vers l'image de la Sainte Vierge
Daignez ne pas l'entendre, indulgente Marie !
A Ervann :
Mais peut-être elle usa de la sorcellerie ?
;io SAINTK TIIKHESK.
EUVANN
Peut-être.
TIIÉRÈS
Elle vous fit boire un breuvage?
Non.
THÉRÈSE
Elle vous mit au doigt une bague, un chaînon Au bras?
ERVA>'N
Je l'ai laissée, un soir de blasphème ivre, Attacher à mon cou cette piastre de cuivre. Des signes sont dessus.
Il arrache la plaque en brisant une cliaînclte. T n É R È S E qui regarde la plaque
La tiare d'Aman, Faite de lézards d'or. C'est là le talisman Qui vous tient. Loin de vous!
Ervann va jeter la [)laque de cuivre par la fenêtre, dans le cimetière Mais il hésite, il n'ose pas, il a dans les veut de très doux et très puissants regrets. Thérèse l'a observé, inquiète. Elle dit, en tirant de son cou une petite crois en acier :
Vous aurez en échange, Dans celte croix, avec un morceau du Saint Lange Trois menus brins de fil de la coiflc de lin De Thérèse...
Ervann a Iressailli.
... l'épouse en Dieu de Saint Paulin; Ma patronne est propice aux cœurs mélancoliques.
Ervann a jeté le talisman, il prend la petite croix
et la baise éperdument.
Mais Thérèse le regarde, et parle avec fermeté.
Il convient aux pécheurs d'adorer les reliques; Mais, par cette ferveur et par le repentir. Ne pensez pas du fond de l'ombre ressortir Jusqu'au sacerdotal éclat, sans l'assistance De la contrition et de la pénitence.