UN RICHE HOMME
Grand saint! Le démon tient ma fille et la tourmente!
DON LUIS DE CYNTHO
Fais de la chaîne d'or qui te pend sur la mante Deux parts.
Le riche hoinnic obéit. Don Luis désigne le vieux en haillons.
OlTrc à ce vieux, sans calcul de merci, L'une en ton nom...
Montrant la pauvresse qui a imploré pour son fils :
et l'autre au nom de celle-ci.
Le riche homme fait ce qui lui est ordonné. — Un silence. — Don Luis se tourne vers la pauvresse.
Ton enfant est guéri.
Il se tourne vers le riche homme.
Ta fille est délivrée.
Car l'aumône, du pauvre au Seigneur transférée, Est la pierre qne Dieu jette au Mauvais Espril ! Et, maintenant, allez en paix dans Jésus-Christ.
Ils se retirent en tics saluts de respect. Don Luis de Cynlho, qu'observent, du fond à gauche, \i- • meira, Balban, Rrcol, se dirige vers le couvent de rincarnalion. Tout à coup, rapide, alTairé, furtif, le Père Andrès Almadeira, venant de droite, s'approche de don Luis.
LE PÈRE ANDRÈS à voix basse
Monseigneur 1
DOS LUIS
Qu'est-ce? Vous, Père Andrès. Les saints Anges Vous bénissent!
L E p È RE A N I) R È S
Qu'au ciel ils chantent vos louanges !
Retournez sur vos pas. Un piège est préparé Contre vous. Ecoutant, là-haut, sur le degré. J'ai surpris le complot que Fargcs vous fait tendre.
DON LUIS
Mieux eût valu ne pas écouter ni surprendre. D'ailleurs, seul, sans défense, et bien faible en effet Par le péché tenace et le zèle imparfait. Que puis-je redouter, d'où que l'enfer sévisse. Lorsque je viens, avec mon Dieu, pour son service?
LE PÈRE ANDRÈS
Dès l'heure que je fus par la Grâce inondé. Je vous suis humblement docile! Per'uide Ac cadaver. Voici le bas-fond. — et la cime!
L'aigle! — et le ver. Pourtant, ô révérendissime.
Croyez-moi. L'on peut, oui, par des propos taquins,
Piquer l'inquisiteur et ses dominicains.
— Je m'y complais — mais non les défier en face.
Leur bon ami le diable est très fort, quoi qu'on fasse !
Embusquons-nous, il faut ruser avec Satan,
Et par une glissante obliquité...
DON LUIS
Va-t'en.
Le Père veut insister. Don Luis le chasse d'un geste
En sommes-nous donc là, Sainte Eglise! qu'il faille Que Jésus soit servi par cette valetaille?
Il songe. C'est presque tout à fait la nuit.
Mais un ange est venu, la grâce dans la main.
Il va vers le couvent. Quatre hommes vêtus d'étoffe sombre, — sortes d'estafiers, aux gages du Saint-Office, — sortent de l'église, se placent devant la porte de l'Incarnation. Don Luis s'arrête, les regarde, se souvient de l'avertissement donné par le Père Andrès. Il parle avec une excessive polilesse, même humblement.
Senors, vovis plairait-il de laisser le chemin Plus libre?
Personne ne répond.
Je voudrais heurter à cette porte, Senors.
Très doucement :
Je ne suis rien qu'un doux prêtre. J'apporte Les consolations divines à la sœur Thérèse qui m'attend.
De même :
Je parle avec douceur, Bons senors.
De même :
Remarquez qu'afin de vous complaire, Jj ne mets dans ma voix ni hauteur ni colère. Daignez...
Plus dciux encore :
Je suis Don Luis. Oui, c'est mon humble nom