ACTE II
Ont en eux tout Jésus célestement humain. Donne-moi cette clé.
Non ! non ! car je devine Tout ton affreux dessein, ô chère âme divine ! Lcïlah hors d'ici, quand viendront les hourreaux Avec le chevalet, les coins et les barreaux. Toi, sous son voile^, et dans l'ombre, surnaturelle Charité! tu voudras qu'on te prenne pour elle; Tu subiras le bois qui mord, l'acier fumant; S'ils se hâtent, tu feras signe : « Lentement! » Afm que Leïlah que, moi, j'aurai conduite Par la ville, ait le temps d'une lointaine fuite; Puis quand je reviendrai m'asseoir, comme tu dis. J'entendrai sous l'efïbrt des cordages raidis Crier tes os, mais non ta voix, car, par finesse, Tu te tairas, de peur qu'on ne la reconnaisse! Et je me tiendrai là, tes membres garottés. N'importe, il faut le temps. « C'est Thérèse! Arrêtez! » Non, Pas un mot. Bien mieux, je garderai la porte. Si je n'entends plus rien, c'est que tu seras morte.
Elle tombe à genoux.
Cœur de mon cœur! renonce à l'atroce désir! Tu me détestes donc, que tu peux te haïr? Tu n'as pensé qu'à toi, cruelle! Ta folie En te crucifiant me tûrait. Sœur! oublie Cette femme! C'est toi qu'elle peut me coûter.
Se redressant :
Ou bien, sors avec elle, et laisse-moi rester.
THÉRÈSE
charmée.
Encens d'une âme d'or! qu'il est doux d'être aimée Même d'amour humain, feu divin! ta fumée!
A Juana :
Jalouse! tu voudrais me voler mon salut.^*
Ta sœur accomplira ce qu'elle résolut.
Mais je ne cherche pas le tourment qui mutile,
La douleur est mauvaise, à moins que d'être utile;
Laide, si le bienfait ne l'exalte en splendeur; Jésus, bonté, beauté, ne veut mal ni laideur.
Mais, s'il faut, pour voler cette infâme au supplice, Que tu...
THÉRÈSE
La volonté du Seigneur s'accomplisse !
Il est temps.
En effet, un bruit vient de l'église, bruit d'une foule qui approche.
Donne.
JUANA
Non!
qui veut prendre la clé.
Ah! donne!
Mais Jnana se dérobe.
JUANA
vers l'église.
Oii vas-tu?
Là!
Avertir! te sauver! malgré toi!
THÉRÈSE
simplement.
Fais cela.
Tu le peux. Crie, appelle, ou sonne cette cloche. Je ne t'adresserai jamais aucun reproche, Mais je t'aimerai moins, et j'en pleurerai tant.
JUANA
déchirée.
Thérèse !
THÉUÈSE
la prenant dans ses bras
Apaise-toi, pauvre oiseau palpitant!
Et m'obéis.
J U A N A laissant prendre la clé en sanglotant.
Hélas!