‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 63 sur 137 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

DOM TOMASSO

Offrez-nous-en, ma mère, et nous en goûterons.

Tandis que les Carmélites offrent les gâteaux, la Prieure aperçoit Juana et l'autre femme.

LA PRIEURE

Qu'est-ce?

JUANA

C'est sœur Thérèse. Un frisson l'a reprise De ce mal de langueur qui la charme et la brise, Et nous allons vers sa cellule à petits pas.

LA PRIEURE

Faites.

Juana et la forme enveloppée d'une cape sortent très vite par la droite.

DOM TOMASSO approuvant les gâteaux

Ils sont d'un goût très rare! N'est-ce pas, Révérends ?

Des cloches sonnent. Fra Quiroga apparaît au fond, à la porte de l'église, qu'il laissera ouverte ; on voit le groupe des pénitents.

FRA QUIROGA

de loin, à voix haute, les pénitents derrière lui

L'heure vient de la cérémonie Suprême.

Il s'approche.

Leïlah toujours blasphème et nie.

11 s'incline vers l'évèque.

Faut-il, avant qu'on la livre au bras séculier. L'interroger encor?

D O M TOMASSO

Oui. Satan doit plier.

N'est-ce pas, révérends?

Fra Quiroga rejoint, à gauche, Pierre Porras et les deux Familiers, pendant que les pénitents se rangent au fond en douhle file devant l'église.

Ah! quand ma jeune force, Comme la sève bat et va rompre l'écorce. Poussait en moi des jets de zèle vigoureux. J'assistais plein de joie à ces tourments heureux

q4 sainte THERESE.

Qui font aux endurcis, pour leur salut posthume, Confesser Dieu parmi la diabolique écume. A présent, — que le ciel m'en absolve, là, là! — Aux premiers cris et dès qu'un peu de sang coula,

Fra Qairoga, Pierre Porras, et les deux Familiers descendent lentement vers l'évèque.

J'ai le cœur faible, et n'en saurais voir davantage Sans quelque émotion. C'est l'effet du grand âge,

Fra Quiroga, Porras et les deiis Familiers sont courbés devant lui.

Et mes vieux bras n'ont plus que l'emploi de bénir.

Pendant qu'il les bénit, Juana rentre très rapidement, quoique chancelante, et se laisse tomber assise près du caveau, affreusement pâle. — • Les hommes se sont redressés, marchant vers la porte de fer.

Au reste, j'ai sujet de vous entretenir,

Très digne abbesse.

FRA QUIROGA à Juana

Ouvrez la [)orte.

Elle se lève, hagarde, tremble, n'ose obéir. D O Î\I T O ÎM A S S O reprenant des gâteaux

On lui offre du vin.

Un goût de fraise !

A peine.

A l'abbesse.

On parle fort... là, là... de sœur...

FRA QUIROGA se retournant à demi.

Thérèse.

D o M T O JNI A s s o

Thérèse !

FRA QUIROGA

Qui portail le nom d'Almmada Dans le monde.

folle, s'élançant vers l'archevêque

Seigneur! la Grâce l'inonda Des mérites les plus sacrés qu'elle dispense.

ACTK II. (JO

Elle est du ciel! la voir est une récompense!

Ses mains ne font, ses mains de sainte en qui je crois,

Que des gestes d'aumône ou des signes de croix.

Elle observe la règle; humble, elle s'extasie

D'adorer sans orgueil ni rêve d'hérésie;

Hélas! elle voudrait pleurer, saigner, mourir.

Si même une méchante en devait moins souffrir;

Mais Dieu, qui le permet, l'accueille, épouse élue,

En des dilections où l'être se dilue ;

Il se penche \ers elle, il l'écoute, il la vêt

De sa gloire, il lui dit ce que nul ne savait,

Ses mains de grâce au front de la sainte imposées;

Et, comme auprès d'un lys qui défaille en rosées

Des bruits d'abeilles d'or doucement assourdis,

Autour d'elle on entend des voix de paradis !

Epargnez-la, Seigneur!

FRA QUIROGA

Eh ! d'où vous vient pour celle Que personne n'accuse encore tant de zèlei*

JUAÎNA

il soi-même

Oh ! qu'ai-jedit!

Haut.

J'ai craint, — pardon, — que Sa Grandeur, Mal instruite...

FRA QUIROGA à la Prieure

Il faudra refréner cette ardeur Impertinente et qui trop vite s'inquiète.

à Juana

Ouvrez.

mouranle

La volonté de Thérèse soit faite!

Elle ouvre la porte de fer. — Porras et les deux Familiers entrent dans le caveau. Fra Quiroga reste près de la porte, fait signe aux [)énitents qui s'agenouillent. Le bruit des cloches, au loin, redouble.

Nous, prions pour que la relapse Leïlah Par l'épreuve que noire pitié redoubla Soit délivrée enfin du démon qui la tente. Confesse Jésus-Christ, et meure pénitente.

Tous les personnages se sont agenouillés, hormis dom Tomasso qui prie, penclié, la tête entre ses mains. Les pénitents murmurent une lente et morne psalmodie, presque à bouche fermée. Les cloches de l'Eglise et celles de la ville au loin, sonnent sourdement. — Mais Juana, insensée de douleur et d'épouvante, debout, le corps à la muraille, colle l'oreille à la porte. Évidemment, elle entend tout ce qui se passe dans le caveau. Son visage exprime une détresse, une horreur de plus en plus parfaite. Elle est haletante. Elle ne peut plus se contenir... Elle se contient cependant... Non, elle ne peut plus subir le supplice du supplice de Thérèse... Elle hurle en défaillant.

JUANA

Ah! ah!

Tous se dressent, hormis dom Tomasso. — Elle agite les bras en l'air, avec des râles qui bégayent.

Cessez!... Cessez... Ce n'est pas...

Elle écoute encore.

Dieu! le cri Des cordes...

Elle défaille.

L'autre a fui...

On s'approche d'elle dans un remùment d'alarme et de colère. — Fra Quiroga se précipite dans le caveau. Juana n'en peut plus, tombe sur le pavé.

Je meurs...

FRA QUIROGA

qui revient en entraînant Thérèse, défaite, blessée, bri.sée.

Au pilori, La servante du Christ qui sauve les sorcières!

DOM TOMASSO qui s'était endormi en priant

Là... là... qu'est-ce?

FRA QUIROGA

hors de lui, vers les pénitents.

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