‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 66 sur 137 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Il se tourne vers le provincial des Jésuites.

Là, là, je pourrais bien, don Luis, vous reprocher

Qu'à poindre le valet on oITense le maître...

Non! ce sont des façons qu'il sied de vous permettre.

Voilà la jeune Eglise ! Oh ! vous êtes très saints,

Et désintéressés! encor qu'en vos desseins,

Parfois, autour du Siège et du Trône, se dresse

Un dard subtil parmi la rampante caresse;

Vous priez, vous pleurez, c'est pitié de vous voir,

— Tant vous exagérez le pénible devoir, —

Souffrir la faim, la soif, mendier près des auges

Et du chenil, le gîte et la soupe de sauges.

Veiller, vous attardant près du plus dangereux.

Du chevet des lépreux au chevet des fiévreux,

Et n'avoir que pour les donner de pauvres sommes!...

Mais vous faites cela, Pères, en gentilshommes,

Etant nés. Dominique est fils de paysans.

Vous êtes à la fois martyrs et courtisans.

Votre Ignace levait sur la foule attroupée

Le Saint Livre avec l'air de brandir une épée ;

Don François, maigre et nu, rôdant par monts et vaux.

Bénissait, d'un carrosse d'or, à six chevaux;

Et leur foi devant Dieu mêle en sa contenance

A l'extase sacrée un peu d'impertinence.

Donc, vous avez bien pu, l'ironie au naseau.

Traiter Fra Quiroga comme un gracioso,

De l'air d'un cavalier dans les Farces de Lope !

Mais moi de qui tout un passé se développe.

En la pourpre coulant plus loin que mes talons.

Moi, prêtre aux travaux durs, mais sincères et longs.

Chargé d'horreur, chargé de gloire, chargé d'ombres.

Soir suprême d'un temps, total d'énormes nombres.

J'attends plus de respect des jeunes envieux.

Etant puissant, illustre, irréprochable, — et vieux,

Don Luis s'est incliné avec la plus soumise vénération. Dom ïomasso lui indique un siège que deux massiers placent en face de la chaire de l'archevêque. — Dom Tomasso ajoute :

Qu'annoncez-vous ?

I03 SAINTE THKUESE.

DON LUIS

Voici.

Il s'assied.

D'Olmède à Ségovie, .

— Dix lègues, — j'ai compté trente-sept corps sans vie Dans la plaine.

DO M TOMASSO

La peste y régnait?

DON LUIS

Non, La faim.

Près de ces malheureux moins malheureux enfin, On voyait des bâtons tombes de bras sans force, Décortiqués. Ils en avaient mangé l'écorce.

Il reprend,

A Tarragone, un soir, comme l'embarquement

Des milices du roi pour le pays flamand

Remuait de grands las d'ombres sous les étoiles.

J'ai vu, noirs, fous, rompant les mâts, crevant les toiles

Dans un fracas à qui plus de fracas répond.

Des hommes, par milliers, piétiner sur le pont

D'autres hommes troués de poignards ou de balles.

DOJI TOMASSO

C'était quelque troupeau hideux de cannibales De la cale évadés malgré la chaîne au col '}

DON LUIS

C'étaient des (Jaslillans, Saint Georges et Saint Paul I Qui tentaient ce complot et faisaient ces esclandres Afin de n'aller point se battre dans les Flandres.

11 conlinue.

A Gordoue, à Cadix, villes des beaux loisirs, IjOrsquc la foule heureuse à la fleur des plaisirs Rode et rit dans le bruit d'abeilles des guitares. Soudain, hurleurs, froqués de sacs, masqués de tares. Foncent des esloqueurs, aux cavaliers surpris Rafiant les na\ajas ou les dagues de prix. Arrachant aux Jiiiîas sur le pavé traînées, Croix, colliers et dentelle et cheveux par poignées !

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