CHAPITRE
sie, connue déjà comme lumière, se manifeste et se révèle comme amour. Nous y voyons le Verbe multipliant, sous le nom de Jéhovah et de Jésus, les témoignages de son amour pour l'humanité . Que cette humanité soit Israël, l'Eglise, la Vierge Marie, l'âme chrétienne, peu importe : c'est au fond la même chose. La Sulamite, dans son symbolisme, peut être tout cela. Quant au Verbe de Dieu, au Messie -Sagesse, il se montre tour à tour sous le voile et l'image d'époux, de berger, de Salomon. Sous ces noms divers, c'est le même Messie-Amour.
La suite de notre travail montrera au lecteur qu'en donnant au mystère d'amour du Cantique des cantiques une aussi large application, nous avons avec nous toutes les traditions et toutes les autorités catholiques, et la vérité.
De tous les livres de l'Ancien Testament, le Cantique des cantiques est le plus difficile à interpréter. Pour éclairer nos pas au sein des obscurités profondes, nous avons sans doute les traditions juives et chrétiennes. Mais leur lumière, si précieuse qu'elle soit, ne l'emporte guère sur les clartés d'une belle nuit. Beaucoup d'objets restent dans le clairobscur et le vague : Dieu l'a voulu ainsi. L'exégète qui, dégageant avec fermeté et logique ne serait-ce que les grandes lignes de l'interprétation traditionnelle , en montrerait la légitimité et l'autorité , sans négliger les occasions d'édifier les fidèles, ferait un utile travail. Nous nous y sommes appliqué.
Le Cantique des cantiques transporte le lecteur sur les hauteurs de la mystique ; il est une initiation à cette science que l'amour de Dieu apprit à sainte Thérèse.
Origène et saint Jérôme, ces grands critiques,
ces savants commentateurs de la Bible, ont, chacun dans son temps , recueilli les témoignages unanimes des Juifs , assurant que le Cantique des cantiques est un livre mystique, et, sous le voile de l'allégorie, chante un amour divin, l'amour de Jéhovah pour Israël, et nullement un amour profane. D'après la tradition consignée dans les Targumim, les Juifs lisaient le Cantique à la fête de la commémoration du passage de la mer Rouge, et le considéraient comme une lecture liturgique propre à rappeler le grand amour de Jéhovah prodiguant les miracles pour arracher son peuple à la servitude des Pharaons. On le lisait au huitième jour des fêtes de la Pâque.
Les chrétiens y ont vu avec non moins de raison les amours du Christ pour l'Eglise et pour les âmes. Pour réunir ces deux interprétations, on a dit avec vérité que le Cantique des cantiques chante les amours de Dieu pour l'humanité.
L'application du Cantique des cantiques aux amours de Dieu dans l'histoire de la révélation est une mine inépuisable. Origène a rempli douze volumes entiers de ses explications mystiques du Cantique des cantiques. Saint Bernard a composé quatre-vingt-six sermons sur le même sujet; encore faut -il dire qu'il n'en est arrivé qu'au troisième chapitre. Rosenmuller, de son temps, ne comptait pas moins de cent trente-trois auteurs qui ont expliqué le Cantique, et il en a oublié beaucoup.
Non seulement le Cantique des cantiques a été expliqué et commenté par les prosateurs et les orateurs, mais il a servi de motif à une multitude de compositions poétiques et musicales. C'est en écrivant ses motets sur le Cantique des cantiques , motets qui