‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 292 sur 339 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

inspiré à Bossuet ces belles paroles : « Le nom d'épouse, dit-il, est le plus obligeant et le plus doux dont Jésus -Christ puisse honorer les âmes qu'il appelle à la sainteté de son amour; et il ne pouvait choisir un nom plus propre que celui de l'époux, pour exprimer l'amour qu'il porte à l'âme, et l'amour que l'âme doit avoir réciproquement pour lui.

« Suivant le Cantique des cantiques , il entre dans cette âme, son épouse, comme dans un jardin. Les visites que l'Epoux céleste rend à son Epouse se font dans le cœur : la porte par où il entre est la porte du cœur. Les discours qu'il lui tient vont à l'oreille du cœur. Le Verbe, qui sort du cœur du Père, ne peut être reçu que dans le cœur, et il est plus intime à mon cœur que mon cœur lui-même.

« Mais comment est-ce donc que je sais qu'il est dans son jardin de mon cœur, puisqu'il ne laisse point de trace qui m'en donne la connaissance ? Je ne le connais pas à la voix, ni au visage, ni au marcher ; mais seulement par le mouvement de mon cœur , par les biens et les richesses qu'il y laisse , et par les effets merveilleux qu'il y opère. Il n'y est pas sitôt entré, qu'il le réveille incontinent, comme le souffle qui passe sur le jardin de l'époux du Cantique réveille tous les parfums des fleurs. Il touche ce cœur pour le ramollir , parce qu'il est dur comme le marbre. Il déracine les mauvaises habitudes; il y détruit les inclinations déréglées , et il y plante la vertu. S'il est sec, il l'arrose des eaux de sa grâce ; s'il est ténébreux, il l'éclairé de ses lumières; s'il est fermé , il l'ouvre ; s'il est serré , il le dilate ; s'il est froid, il le réchauffe; s'il est courbé, il le redresse. Je connais la grandeur de son pouvoir, parce

qu'il donne la chasse aux vices et qu'il n'a pas plus tôt paru, que ces monstres prennent la fuite. J'admire sa sagesse, quand il me découvre mes défauts cachés dans les plus secrets replis de mon âme. Le changement qu^il opère en moi par l'amendement de ma vie me fait goûter avec plaisir les douceurs de sa bonté : le renouvellement intérieur de mon être me découvre sa beauté , et tous ces effets ensemble me remplissent d'un étonnement extraordinaire et d'une profonde vénération de sa grandeur. <( Certainement on peut dire alors que l'on contracte un mariage spirituel et saint avec le Verbe. Je dis trop peu quand je dis qu'on le contracte, on le consomme : car c'est en effet le consommer, que de deux esprits n'en faire qu'un, en voulant et ne voulant pas les mêmes choses ' . »

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