CHAPITRE XIII
Le réveil de Jésus et de Marie, c'est le triomphe sur la mort, la Résurrection et l'Assomption. Quand Marie s'est élevée vers le ciel, les anges ont chanté : « Quelle est celle-ci qui s'élève radieuse et triomphante du milieu du désert? » Le Christ, en ressuscitant, se soustrait à l'empire de la mort et brise sa puissance.
Marie, comme son divin Fils, triomphe de la mort par l'amour. « L'amour était si grand en elle, dit saint François de Sales, qu'elle en mourut, et ainsi l'amour prévint la mort et ses douleurs , et il en triompha. Il fît plus; le même amour qui avait logé la mort en cette sainte place dans un moment d'excès, revenant aussitôt en prendre possession, chassa honteusement la mort, et préserva le saint corps de la corruption. Et ainsi il advint qu'en la Vierge l'amour fut non seulement fort comme la mort, mais plus fort, puisqu'il en triompha * . »
Bossuet insistant sur cette pensée que la mort de Marie fut le triomphe de l'amour, explique le mystère : « Gomment^ demande -t-il, a fini le miracle de la vie de la bienheureuse Vierge? Je l'attribue à la seule perfection de son amour. Car, comme ce divin amour régnait dans son cœur sans aucun obstacle, et occupait toutes ses pensées, il allait de jour en jour s'augmentant par son action, se multipliant par soi-même ; de sorte qu'il vint enfin, s'étendant toujours, à une telle perfection, que la terre n'était plus capable de le contenir. Va, mon fils, disait Philippe à Alexandre, étends bien loin tes conquêtes ; mon royaume est trop petit pour toi. O amour de la sainte Vierge, ta perfection est
Sermon fiur V Assomption.
trop éminente ; tu ne peux plus tenir dans un corps mortel ; ton feu pousse des flammes trop vives , pour pouvoir être couvert sous cette cendre. Va te perdre dans le sein immense de qui seul est capable de te contenir.
<( Alors la divine Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de son Fils. Il ne fut pas nécessaire que son amour s'efforçât, par des mouvements extraordinaires. Comme la plus légère secousse détache de l'arbre un fruit déjà mûr; comme une flamme s'élève et vole d'elle-même au lieu de son centre , ainsi fut cueillie cette âme bénite , pour être tout d'un coup transportée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan d'amour divin. Son âme fut portée au ciel sur une nuée de désirs sacrés, et c'est ce qui fait dire aux saints anges le mot du Cantique : Qui est celle-ci, qui s'élève du désert comme la fumée odoriférante de myrrhe et d ^encens? Belle et excellente comparaison, qui nous explique admirablement la manière de cette mort heureuse et tranquille. Cette fumée odoriférante que nous voyons s'élever d'une composition de parfums n'en est pas arrachée par force ni poussée dehors avec violence. Une chaleur douce et tempérée la détache délicatement, et la tourne en une vapeur subtile qui s'élève comme d'elle-même. C^est ainsi que l'âme de la Vierge a été séparée du corps : une divine chaleur l'en a détachée doucement, et l'a élevée à son bien -aimé sur une nuée de saints désirs. C'est son chariot de triomphe; c'est l'amour qui l'a lui-même construit de ses propres mains ^ . »
^ Bossuet, /«»• Sermon sur l'Assomption, 1er point.