PRÉFACE XI
que comporte l'abus qu'on en a fait. On sera édifié sur la valeur des rapprochements du Kohéleth avec les écrits de Schopenhauer, de Hartmann, de Spencer, et de tous les pessimistes et nihilistes.
Le livre que nous publions vient à son heure. Le scepticisme et les doctrines nihilistes laissent échapper leurs désespoirs , comme d'acres senteurs , au sein d'une société qui se sent mourir. On a prétendu que l'Ecclésiaste a le premier jeté dans le monde la note de la désespérance, et que Salomon est l'un des pères du nihilisme. Nous verrons ce qu'il en est.
Les chrétiens de nos jours connaissent très peu Salomon. Ils savent qu'il a construit un temple superbe à Jérusalem; qu'il a été un roi magnifique. Ils ont sans doute entendu parler de sa sagesse, se révélant dans le fameux jugement des deux femmes qui se prétendaient mères du même enfant. Aujourd'hui, quand il arrive qu'on parle de Salomon, c'est trop souvent pour rappeler un exemple mémorable de l'amour du luxe et des femmes.
Ce qui occupe le plus est précisément ce qui est le moins digne de l'histoire. Les fautes de Salomon se trouvent toutes renfermées dans les dernières années de sa vie , au moment où sa mission divine était finie. Salomon avait alors fait et accompli son œuvre ; il avait élevé la gloire de son peuple de manière à figurer, pendant plus de trente ans, la gloire éternelle de l'Église ; il avait écrit tous les livres qui se rattachent à l'œuvre messianique, y compris