‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 70 sur 86 · N" XL. ] LE MASSACRE DES MAMELUCRS · texte numérisé non relu

N" XL. ] LE MASSACRE DES MAMELUCRS

Exécuté sous les yeux et par les ordres de Mehemed-Alv, Paclia d'Egypte (i).

Et son regard féroce e'tait déjà la mort. ( LeP.LemoyNE.)

Cette grande composition historique manque seule au salon de M. Horace Vernet pour y compléter Tespèce de prodige d'une collection de tableaux supérieurs, dans tous les genres sans exception , exécutés par le même pinceau , dans Tespace de quelques années. Le gouvernement a fait l'acquisition du Massacre des Mainelucks^ dontil a enrichila galerie duLuxembourg : mais le dessin d'après lequel ce beau tableau a été composé est sous nos yeux, et nous suffit avec nos souvenirs récens , pour en retracer une image fidèle.

LE TABLEAU

Le moment d'action choisi par le peintre est celui, où Mehemed-Aly pacha d'Egypte, assis et

(i) Ce tableau est auLuxembourg.

i/\6 LE MASSACRE

fumant son houka sur une terrasse de son palais, préside à Fhorrible exécution de Tordre qu'il a donne : les Mamelucks entrés dans les cours du château dont les portes se referment sur eux, sont impitoyablement massacrés par des Albanais , en embuscade derrière les créneaux.

Le grand mérite de ce tableau me paraît être dans la pensée de la figure principale; c"'estbien là Timpassible cruauté d'un principal agent du despotisme oriental. On s'explique l'inquiétude sourde qu'on lit dans ses regards ; le barbare craint que quelques victimes ne lui échappent :

Et son regard féroce élait déjà la mort (i).

Les trois personnages debout derrière le pacha méritent le même éloge. La pensée de chacun est peinte dans l'expression de sa physionomie : « Le coup est bien monté , semble )) dire le plus vieux , à qui de semblables scènes » sont famililières. » L'espèce de terreur que témoigne le second , n'est qu'un retour sur luimême. « Que n'a-t-il pas à craindre d'un pareil )) maître ! » Le troisième s'indigne de n'être que le spectateur du carnage et de ne pouvoir du moins tremper ses mains dans le sang qu'il voit

(i) P. Lemojne.

DES MAMELUCKS. i\j

couler. Rien n'est exagéré, tout est vrai, jusqu'à TindifFérence stupide de Tesclave à genoux, qui prépare le houka , tout à côté d'un lion terrible endormi aux pieds de Méliémed.

La couleur de ce tableau est plus harmonieuse que brillante , et Ton voit, que cette fois Fartiste n'a pas cherché l'effet dans les contrastes.

Je hasarderai sur celte belle composition une critique plus importante. Les lois de la perspective aérienne et linéaire y sont-elles fidèlement observées? Les figures qui s'agitent sur le second plan ne me semblent dans aucune proportion avec le groupe principal, et l'on serait d'autant moins admis à donner la distance où elles se trouvent pour raison de leur exiguïté, que les édifices qui les entourent sont tracés sur une échelle infiniment plus grande. La peinture a ses licences comme tous les autres arts; mais celles-ci ne passent-elles pas les bornes qu'on y met?

Dans le dessin lithographie qui se trouve au salon de M. Vernet , le lion , l'esclave nègre , et la draperie qui cache le pacha et lui sert de dais , ont été omis. Sans doute ce dessin est la première pensée de l'artiste, qui aura jugé ces accessoires nécessaires à l'ensemble de son tableau.

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[ No XLI. ] UN CAPUCIN

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