‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 81 sur 86 · COUP-D'OEIL GENERAL · texte numérisé non relu

COUP-D'OEIL GENERAL

SLR LE SALON

DE M. HORACK VEBNEÏ.

11 a trouve le secret Je se créer uu public a\ec un pinceau. l'cut-étre serait-il permis d aller jiisqu ù dire qu il s est fait une tribune , d'oii ses vives et - pittoresques improvisations re'veillent tour à

tour des sentimens; nobles ef lonchans , liumains et patriotiques. (KÉratry.)

Qu'est-ce que le talent dans les beaux-arts ? Une puissance donnée à rhomine pour reculer les bornes de la création.

Nous n'exagérons pas, par une imitation choisie de la nature , le pinceau sait la reproduire plus séduisante et plus belle, plus énergique et plus noble.

Les formes humaines grandissent avec Michel- Ange; le sourire angélique des vierges s'épure encore avec Raphaël; la beauté des expressions de l'ame s'ennoblit chez Le Poussin ; la rondeur suave des contours s'amollit chez Allegri ; le contraste du jour et de l'ombre devient plus piquant sous le pinceau de Van Rhyn ; la fraîcheur et la force des teintes prennent un éblouissant éclat sur la palette de Rubens. Chacun de ces

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grands hommes a puisé dans Tétude seule de la nature le secret de la surpasser quelquefois en Pimitant.

Mais ce qu'il faut surtout remarquer, c^est que chaque maître ni\ pousse' ses conquêtes que sur une seule ligne , pour ainsi dire. Chez Lesueur Texpression vit aux dépens du coloris ; chez Rubens, le coloris vit aux dépens du dessin; Rembrandt achète les effets de lumière au prix de Fincorrection et quelquefois de Finvraisembîance ; et Michel-Ange sacrifie trop souvent à la vigueur étonnante deFanatomie, la grâce et le naturel.

De là cette manière qui caractérise évidemment chaque peintre. Uamateur ordinaire distinguera un Metzu d'un Teniers^ reconnaîtra un Gérard-Doiu entre mille ; ne confondra jamais Jouvenet avec Lehran, et vous dira , sans hésiter, si cette grande machine est ai André del Sarte y si cet effet de nuit appartient au Bassan ou à Rembrandt.

Un peintre , qui n'aurait pas de manière , et qui prendrait toutes les manières ; dont le pinceau serait tour à tour étincelant de coloris , simple et profond d'expression, naïf dans l'imitation des choses communes , fougueux dans Fimitation des mouvemens désordonnés ; un peintre qui emprunterait le grand goût de Vandyck

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pour faireun portrait; qui retroiiveraitla touche gracieuse de Berghem, pour faire un paysage; qui laisserait douter si cette mer nVst pas de Joseph Vernct; si ce ciel orageux nVst pas du Lorrain : un peintre qui , se jouant de son pinceau , lui commanderait tour à tour de prendre tel coloris, tel genre, tel ton, tel caractère; ce peintre, fût-il vivant, ne serait-il pas Fhonneur de son pays ?

Tel s'est montré M. Vernet. Son style est de les avoir tous. Ceux qui ont parcouru notre ouvrage, ont déjà remarqué cette flexibilité qui tient du prodige ; ceux qui ont vu ses tableaux , la connaissent bien mieux encore. Ils ont pu comparer cette couleur brillante, cette disposition habile et compliquée de la bataille de Jernmapes f h Qe àesûn pur, à cette admirable et simple composition du Fanatisme espagnol ; ils ont vu que des Marines pleines d'effets savans, et finement traitées, se trouvaient auprès de ce portrait harmonieux et suave de Madame Smith ^ de ces portraits de la Druidesse et de la Folle ^ si vigoureux de couleur et si forts d'expression.

M. Vernet a saisi sous tous ses aspects l'imitation embellie de la nature : serait-ce trop dire que d'avancer qu'il a reculé sur différens points les limites de la création pittoresque ?

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Il a cependant des caractères qui le distinguent : il est le peintre des émotions nationales ; il est , ainsi que M. Le Jeune , le poëte et le peintre des camps français.

Dans ce salon que nous venons d''ouvrir à ceux qui ne peuvent s^ rendre , quel grand sou- A'enir de notre patrie n'est pas fixé sur la toile vivante ! Ici , le premier trophée de nos armes ; là , le dernier coup de fusil de nos braves ; la désastreuse guerre d'Espagne , la noble défense de nos places ; Thonneur de la magistrature et du barreau de notre époque , personnifiés ; Tun des acteurs de la guerre d** Amérique , Tun des défenseurs de nos libertés; Boulogne et Huningue;rexil dVm prince et son retour; Fenthousiasme de la poésie et celui de la peinture , de paisibles revues auprès des batailles sanglantes ; tout ce qui peint, tout ce qui caractérise notre siècle, semble avoir été convoqué dans ce salon.

Un trait plus distinctif , et plus intime encore , marque le caractère de talens de l'artiste. Il est le peintre du mouvement ; il saisit , non l'action qui finit ou commence , mais Faction qui s'exécute. II y a dans ses tableaux de la fumée , de la poussière , du feu, du vent, une vie pleine d'impétuosité , on dirait prtsque du bruit.

Ce genre de talent lui est commun avec

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Walter Scott, écrivain distingue et avec lequel on peut le comparer sans beaucoup d'efforts. Comme ce dernier , il peint par les détails , et en sauve la vulgarité ^iw une fidélité naïve et des couleurs brillantes ; comme lui , il aime le costume , les mœurs et la gloire de son pays. Il enchante et séduit, comme lui, le peuple et les savans , par des compositions , pour ainsi dire, improvisées.

Les artistes pourront récuser nos jugemens ; ils n'auront pas de peine à nous trouver en défaut, quant à la partie matérielle et technique de cet art charmant et difficile. Ils répéteront peutêtre ce vieil adage trop légèrement reçu parmi eux , « quVi moins d'avoir manié la brosse , on » ne doit point parler de tableaux. » Nous conviendrons volontiers de notre insuffisance à parler de la brosse , et nous nous contenterons de répondre : « que le public est le grand Jury » auquel tout artiste soumet les créations de sa » pensée ; et qu'en notre qualité de membres » de ce jury irrécusable, nous avons crupou- » voir transmettre à nos compatriotes les im- » pressions que nous avait laissées l'examen » approfondi du Salon de M. Horace Vernet. »

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