‹ Salon d'Horace VernetChapitre 3 sur 74 · UE JEMMAPES · texte numérisé non relu

UE JEMMAPES

la souffrance pliysicjuc, cf scs yeux, prêts à se reruicr, elincellent encore (resperance et d’heroïsine.

A (pielque distance, un ieune honinie à la |)rcniière llcurde ràge, monte sur un coursier ardent , et vêtu avec une tdegance rechercliee, abaisse sur le general mourant un regard plein de compassion. Cette première leçon de dévouement à la patrie marquera sans doute «lans une ame si tendre; peut-être un jour

aussi le sang de ce jeune guerrier AFais

comment un si aimable enfant se trouve-t-il sur un champ de bataille ! Que sa figui’e est douce et délicate ! que ses yeux sont beaux ! qu’il semble peu fait pour endosser la cuirasse et porter une [)esante épée! JNon, ce visage n’est pas celui tl’un soldat. Sous le daim flexible, (pii recouvre ses membres, la gracieuse rondeur de ses formes trahit un sexe (]ui n’est j)oint né pour la guerre : c’est une femme, c’est une jeune fille, c’est cette jeune Fernig, (jue le seul amour de la patrie , que la haine d’un ennemi insolent et agresseur précipita au milieu de l’armée française ; noble amazone, à (pii un peuple enthousiaste de la beauté et de la valeur n’avait encore consacré ni un poëme, ni un tableau, ni une statue.

Je détache à rcgrçt mes regards de ce groupe

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si intéressant, pour les porter sur l’ensemble de ce premier plan , et saisir , l’un après l’antre , les détails qui le composent. Voici le père de la jeune Fernig: devant lui, j’aperçois Baptiste, ce domestique de Dumouriez , qui réclame une part tlans la gloire de cette journée ; on le verra bientôt, sans ordre , conduit par un instinct de valeur et d’habileté militaire , rallier six bataillons , et charger à leur tête.

Une fosse de charbon embrasé fait jaillir, à droite de tous ces personnages , les flots d’une lumière rougeâtre.

Par quel art mon œil enchanté passe-t-il si doucement d’une nuance à l’autre , et quelle est cette habile combinaison d’effets naturels, qui me conduit, sans disparate, de l’ardente clarté de cette fournaise à la douce lumière du premier plan , à la teinte sombre de l’enfoncement , aux collines bleuâtres de l’horizon et à l’azur d’un ciel obscurci par les nuages.

Un sentier passe au-dessous de la hauteur, où se trouve l’état-major : un chariot du pays s’y trouve engagé; il est rempli de nos soldats blessés. La bataille a été meurtrière , et Di’ouet n’est pas la seule victime de ce jour. Dans le chariot, a côté d’un vieux militaire, je vois couché sur la même paille un jeune volontaire dont la main avait récemment quitté la charme pour

OK JEMMAPKS.

le fusil. Sa ItMe est pâle et languissainnicnl penchee ; lu3as ! son premier exploit sera-t-il son dernier combat ?

Je cherche pourquoi ces chevaux effrayés SC cabrent , reculent ? Pourquoi l’ouvrier des mines qui les conduit est saisi d’une terreur égale? Un projectile lancé par l’ennemi brûle à (pielque distance ; l’obus a fait son trou dans le terrain : il va éclater. Autour de là, tout est suspension , inquiétude. Ces prisonniers ennemis, cette résolution froide des chefs , cet effroi physique des chevaux et de leur guide , cet obus qui brûle encore, me donnent une idée plus forte , plus exacte , d’une grande action militaire, que toutes ces petites colonnes en marche de Vander-Meulen ^ et tous les coups de pistolets , le désordre et la fumée du Parrocel.

3Ies regards pénètrent dans la perspective profonde qui recule devant moi. La ville de ÏMons me présente ses clochers et ses toits éclairés. Un peu en avant, je reconnais le village de Cuesmes sur lequel s’appuie l’extreme gauche de l’armée autrichienne. Je parcours des yeux ce vaste espace où s’opèrent de grands mouvemens de troupes ; j’y vois des nuages de fumée, des charges de cavalerie conduites avec une impétuosité irrésistible ,

BATAILLE

le feu des redoutes et la ]>oussière des chevaux.

De gauche cà droite, tout se porte en avant, tout marche, tout se précipité; rarinée française va ressaisir la victoire. Sur le devant, à gauche , je remarque la première batterie d’artillerie volante dont notre armée ait fait usage. En arrière de la réserve du général Harville, une attaque impétueuse chasse devant elle l’ennemi déconcerté ; il fuit en désordre ; le feu est vif et terrible : la bataille est gagnée.

A peine aperçois-je le cheval blanc du jeune duc de Chartres qui conduit cette charge tlécisive : il se perd à mes yeux dans l’éloignement; et celui qui contribua si puissamment au gain de cette mémorable journée , semble vouloir échapper à l’imagination reconnaissante, qui le cherche vainement dans ce tableau.

Le mot nous est échappé; ce grand poëme dont nous aurions voulu reproduire avec des paroles la composition brillante et fidèle , c’est un tableau. L’artiste a réuni sur la même toile tant d’actions . tant de mouvemens instantanés , que la plume est réduite à décrire l’un après l’autre. Il a pu dire en même tcnqis les dilférentes impressions que de si grands événemens produisent; il a pu, sur le même canevas, et ])our ainsi dire du même coup de pinceau.

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