COUP- D’OEIL
Sur les six sujets lires de Molière.
Nous avons logèremcnl iiuliqne le sujet et la composition de ehacun de ces petits tableaux. Ilapprocbons-les maintenant et comparons -les entre eux. (Jette méthode fera mieux sentir l’esprit, la variété de manière et la brillante facilite du pinceau de l’artiste.
A la scène de V Ecole des Femmes., qui est tout-cà-fait dans le goût de l’école hollandaise, et oi'mne couleur un j)cu blanche ne nuit ni à la vérité des tons, ni au charme tlu tableau, opposez le Festin de Pierre où tout est rouge, étincelant , fantasmagori([ue , et où l’œil étonné cherche en vain une ligure ou une nuance qui le rappelle à la vie commune. Comparez entre eux les deux tableaux tirés tlu Misanthrope et des P recieuses , ces tableaux si heureusement jetés, si mollement dessinés , si bien dans le genre du siècle auquel ils se rapportent. bJnlin , rapprochez de ces cinq tableaux le Cocu imaginaire., ses heaux cosluincs., l’éclat du coloris, la manière large et brillante dont la lumière est répandue , et cherchez ensuite à caractériser d’un mol le talent d’Horace Vernet; vous le nommerez le Protée de la j)einture.
Avec quelle flexibilité sj)irituelle l’artiste.
SCENES DE MOEIERE.
dans ces petits sujets souvent traites , a su hnrmofuser sa touche avec l’epoque et le genre de comique de l’immortel Molière. La scène du Misanthrope est un petit tableau charmant , que l’on jurerait compose vers les dernières années de Louis XIV, si le temps en avait un peu adouci et voilé les teintes. La noblesse des poses, les costumes, les airs de tète, les nuances des étoffes, tout est fidèle aux souvenirs de l’époque ; et le pinceau /7ou et moelleux qui a tracé ce délicieux ouvrage , en a su faire un portrait aussi naïf et aussi local des moeurs du temps, que la plus jolie lettre de madame de Sévigné.
La scène des Précieuses , à peu près dans le même genre, est peut-être encore supérieure. La composition en est originale. On voit à droite le chambranle d’une ancienne cheminée , qui est présentée de profil et dont le foyer ne se montre pas. Elle supporte un vase de porcelaine de la Chine, derrière lequel se cache une bougie dont la clarté donne quelque transparence au vase et éclaire l’appartement. Cette ingénieuse disposition de lumières, qui en projette les rayons et en cache le foyer , a fourni au peintre des effets charmans , qu’il a rendus avec autant de bonheur que l’eussent pu faire les maîtres de ce genre. Sans parler des deux gentilshommes d’antichambre dont la parade grotesque était
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peut-être assez facile à saisir, mais dont le costume est parfait et la couleur riche et brillante; la pose, la figure et l’expression des deux jeunes Précieuses , sont charmantes et jileines d’esjirit. Leur sourire, leur maintien, leur grâce, tout en elles est aft'ecte'. La frayeur de Lathos est on ne jieut plus risible, et la manière sup[)liante dont Madelon replie un bras potelé, donne à la fois un raccourci heureux et un geste d’afféterie qui peint tout le caractère.