‹ Salons de W. Bürger, 1861 à 1868 (volume 2)Chapitre 1 sur 11 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Ile was a mari.

(Shakspeare.)

T. Thoré s'était promis d'écrire, la préface des Salons de W. Bilrger, comme W. Bùrger avait écrit la préface des Salons de Thoré.

Hélas ! Thoré-Bûrger est mort avant que ses Salons de 1861 à 1868 fussent entièrement réimprimés, avant que la préface de ce nouveau recueil fût rédigée... C'était pour ses amis un devoir sacré et, du reste, facile à remplir que d'achever la réimpression ; mais comment suppléer à la préface où Thoré, se reportant aux idées, aux aspirations de sa jeunesse, devait juger les tendances de l'art contemporain, apprécier la portée et la valeur de ses propres études

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sur les manifestations de cet art et se critiquer ainsi soi-même en la personne de Biirger? Un pareil travail, auquel n'auraient fait défaut ni la verve, ni la finesse, ni l'élévation des aperçus, eût été un curieux chapitre d'histoire et d'esthétique, en même temps qu'une autobiographie des plus piquantes.

Le regret que nous éprouvons de ne pouvoir lire cet avant-propos est d'autant plus vif que nous en avons sous les yeux une sorte d'esquisse tracée au courant de la plume, une ébauche un peu confuse, mais où la griffe du lion a mis son empreinte. Ce sont des notes très -laconiques, des lambeaux de phrases dans lesquels le maître a fixé à la hâte quelques-unes des idées qu'il se proposait de développer. Tels qu'ils sont, ces fragments doivent trouver place ici : le lecteur y démêlera sans peine la pensée principale qui aurait dominé tout le travail.

Thoré commence par se plaindre de ce que, « en republiant ses Salons d'avant 1848, son ami W. Biirger ait eu l'air de l'enterrer, » ou tout au moins de le reléguer parmi les vieilles perruques du romantisme. Non content d'affirmer qu'il est encore de ce monde, « du monde des ombres, à dire vrai, car la lumière de ce temps-ci n'est pas claire, pas attirante et pas saine, » le vieux Thoré prétend ne le céder à son ami Biirger ni en vigueur, ni en pas-

PRÉFACE. vil

sion, ni en jeunesse : « Bûrger, dit-il, voudrait faire entendre qu'il est plus jeune que moi. Eh bien, voici nos portraits. On jugera qui est le jeune et qui est le vieux. »

Là-dessus, Thoré prend à parti le jeune Biïrger et le dénonce comme un mécréant : « W. Bûrger est un drave citoyen, comme le dit so?i nom, un républicain de franche race, un homme de la nature ; mais... savez-cous qu'il ne croit ni à Dieu, ni à diable, ni au paradis ?...»

Malheureusement la dénonciation ne va pas plus loin. Thoré se contente d'ajouter qu'il trouve Bûrger très-ennuyeux. Il nous expliquera tout à l'heure pourquoi; en attendant, il interpelle directement son ennemi intime et se mesure fièrement à lui :

a J'ai contribué à faire ma petite révolution — romantique, et mes Salons sont le témoignage de la passion que fy ai apportée et de la clairvoyance que nous avions de ce qui devait finir par être accepté...

« Je vois éien que tu as la prétention d. aider aussi à la nouvelle révolution qui se fait sous le nom de naturalisme et qui est la continuation du mouvement romantique.

« Au fond, nous ne différons guère, témoin l'ar-

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