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MODES DE LIVRAISON

dont le contenu représentait la vote d'eau. Le type de la porteuse d'eau de Venise a été popularisé par la gravure. On retrouverait un peu partout la trace de cette organisation primitive.

Dans quelques villes, lorsqu'on en est venu à une taxation de l'eau, on a commencé par réglementer les puisages gratuits aux fontaines publiques, qui furent interdits aux porteurs d'eau. Ils durent alors aller chercher'l'eau en certains points spécialement désignés, où elle ne leur était livrée que moyennant redevance. Paris a passé par cette phase, et, pendant une assez longue période, la majeure partie de l'eau consommée a été fournie par les fontaines marchandes, où elle subissait une filtration préalable, et où les porteurs d'eau étaient tenus de s'approvisionner, en payant i'fr. par mètre cube. De leur côté ils vendaient l'eau à leurs clients à raison de 0 fr. 10 la voie de 15 litres, ce qui revenait 6 fr. 65 le mètre cube, vingt fois plus exactement qu'on ne paie aujourd'hui. Ce prix exorlDitant explique la faible consommation d'alors ; il est d'ailleurs la conséquence obligée du système, qui est à la fois incommode et dis- , pendieux.

355. Anciennes concessions. — Quelques privilégiés seulement recevaient l'eau à domicile, grâce aux concessions dont ils avaient obtenu la jouissance, et qui étaient desservies par des conduites en plomb, partant des châteaux d'eau annexés à un certain nombre de fontaines publiques.

L'unité de mesure était le pouce fontainier, c'est-à-dii-e la quantité d'eau passant par seconde à travers une ouverture de 1 pouce carré de section sous une charge de 1 ligne au-dessus du bord supérieur de l'orifice. Le pouce fontainier correspond à un peu plus de 19 mètres cubes par 24 heures (exactement 19°"=, 1953.)

La ligne, qui est la 144« partie du pouce, soit 0'"%133 par 24 heures, se vendait à Paris 200 livres. Ce prix relativement élevé, joint à l'obligation de faire les frais d'un long tuyau de plomb, pour peu que la maison desservie fût éloignée du château d'eau, ne permettait guère qu'aux familles les plus riches de se donner le luxe d'mae concession d'eau. Aussi n'y en avait-il pas plus de 455 en 1789 !

Du reste ce système, qui remonte au temps de l'ancienne Rome, ne se prêterait guère à l'arrivée de l'eau dans un grand nombre d'habitations, puisqu'il comporte autant de tuyaux distincts que de prises, et donnerait lieu bien vite à un enchevêtrement inextricable.

356. Système moderne des abonnements. — Dans les distributions modernes, l'eau est mise à la portée des haljitants par des conduites publiques qui parcom^ent toutes les rues et passent devant la façade des maisons. Pour qu'elle pénètre dans un immeuble riverain, il suffit d'établir entre le mur de face et la conduite publique un hrancheinent de faible longueur et d'un prix peu élevé. Dès lors, aux concessions perpétuelles ou à long terme, on a pu substituer les abonnements annuels qui sont contractés ou résiliés avec une égale facilité. Ce régime nouveau,

/i28 CHAPITRE XIV. - VENTR ET LIVRAISON DE L'EAU

en offrant au public des avantages jusqu'alors inconnus, a grandement contribué à la transformation qui s'est opérée dans le mode d'emploi de l'eau, et à l'accroissement extraordinaire qui en est résulté pour la consommation.

L'eau est livrée aux abonnés suivant plusieurs modes différents. Lorsque la conduite publique n'est pas toujours en pression, comme cela arrive avec le système de distribution intermittent, la livraison de l'eau est nécessairement elle-même intermittente; avec le service constant, elle peut être intermittente ou contimie. Tantôt les abonnés usent de l'eau à leur gré, ouvrant quand et comme ils le veulent les orifices qui la leur fournissent : l'alimentation est illimitée, soit qu'ils aient le droit de consommer pour un prix fixé d'avance à forfait le volume quelconque dont il-peuvent avoir besoin, — c'est le cas des abonnements à robinet libre, — soit qu'un appareil spécial, le compteur, interposé sur la canalisation, mesure ce volume au passage. Tantôt, au contraire, l'alimentation est rigoureusement limitée chaque jour à un volume déterminé, qui est fourni ou tout à la fois à un certain moment de la journée, ou peu à peu et par un écoulement non interrompu ; — c'est le cas des abonnements jaugés.

357. Livraison continue. — Le consommateur doit évidemment désirer qu'à l'instant quelconque, où il en aura besoin, l'eau se trouve à .sa disposition et en quantité suffisante; la livraison continue lui donne donc pleine satisfaction, si d'ailleurs les puisages s'effectuent assez vite, ou, en d'autres termes, si le déljit du branchement est en rapport avec les exigences de l'alimentation. Mais, lorsque cette condition est remplie, le volume fourni par un seul branchement coulant à gueule bée durant vingt-quatre heures est considérable; et la majeure partie de ce volume se trouve livrée en pure perte, puisque c'est seulement l'eau recueillie de temps à autre lors des puisages qui représente la fraction utilisée. Il faut en conclure que, sauf dans certains cas exceptionnels, la livraison de l'eau ne doit pas être continue et illimitée, car elle serait trop onéreuse pour l'exploitant.

Or elle ne peut être limitée, tout en restant continue, que si le débit du branchement est réduit. Mais quand, pour supprimer tout écoulement inutile, on poussera la diminution du débit au point de ramener la dépense totale dans les vingt-quatre heures au l'olume réellement nécessaire, le filet d'eau fourni par la jauge est si mince, que l'avantage de l'écoulement continu disparaît entièrement. L'abonné trouve bien encore l'eau constamment jailhssante; seulement, il lui faut attendre beaucoup trop longtemps pour en puiser une quantité utilisable. Sans doute on tourne la difticulté en faisant aboutir le branchement alimentaire à un petit réservoir particulier, qui, recevant l'eau non immédiatement utilisée, constitue un approvisionnement auquel on aura recours quand les besoins se présenteront, pour y puiser alors tel volume qu'on peut

§ 3. — MODES DE LIVRAISON 4â9

vouloii' eu un temps aussi court qu'on le désire. Mais c'est revenir là par un détour à la situation qu'on eût réalisé dès l'abord en munissant le branchement d'un robinet, au moyen duquel le consommateur serait à niOme d'en interrompre ou d'en rétablir l'écoulement à volonté, avec la sujétion du réservoir en plus et les inconvénients qui en i^ésultent, dont le plus ii'rave est le manque d'eau possible en cas de fuite ou de consommation exceptionnelle. La substitution de plusieurs réservoirs distincts au réservoir unique, recommandée par l'ingénieur anglais liellyer, n'est à cet égard qu'un palliatif.

358. Livraison intermittente. — La livraison intermittente constitue à elle seule une limitation du volume d'eau fourni à l'abonné. En effet, le branchement n'étant alimenté chaque jour que pendant un temps relativement court, une heure par exemple, la quantité d'eau qu'il peut débiter est naturellement restreinte.

L'exploitant y peut trouver son avantage, bien que les manœuvres à faire pour envoyer l'eau successivement dans les diverses conduites supposent remi)loi d'un personnel nombreux et exercé. Mais le consommateur ne saurait faire usage de l'eau précisément à l'instant où elle lui est livrée, et se trouve encore, par suite, dans l'obligation de recourir à l'établissement d'un réservoir ; il éprouve donc les mêmes inconvénients (|u'avec l'alimentation à la jauge.

Ajoutons que dans l'un et l'autre cas des pertes d'eau se pi'oduisent, si, comme cela doit être, le volume d'eau fourni dépasse celui du vide qui s'est fait dans le réservoir ; le surplus inutilisé s'écoule par le trop plein, à moins que, jDour l'éviter, on n'installe sur l'orifice d'arrivée une soupa^De à flotteur, se fermant automatiquement contre la pression quand le réservoir est plein, ce qui augmente la dépense et n'est pas toujours bien sûr.

359. Alimentation illimitée. — Pour être parfaitement desservi sans limitation gênante d'aucune sorte, l'abonné n'a pas besoin f{ue l'écoulement soit continu. Il jouit des mêmes avantages quand, le branchement étant toujours en charge, il peut à son gré y produire ou y sujDprimer l'écoulement. De la sorte l'alimentation est pour lui pratiquement illimitée.

Quant à l'exploitant, s'il est avec ce système très exposé aux abus, il peut se metti'e en garde contre le gaspillage, soit par une réglementation sévère et une surveillance assidue, soit en substituant au robinet libre le compteur d'eau, qui, mesurant le débit sans le limiter, lui permet de proportionner exactement la redevance à la consommation réelle.

Il n'est donc pas étonnant que la livraison de l'eau au comjjteur ait fait de rapides progrès, et gagne de plus en plus la faveur du public.

On ne doit pas se dissimuler cependant, que d'une part la complication de l'appareil en rend l'achat et l'entretien assez onéreux pour l'abonné, et que, d'autre part, l'alimentation illimitée a pour conséquence

d'obliger l'exploitant à employer des tuyaux de plus grand diamètre dans la canalisation, car la consommation, au lieu d'être également répartie dans les vingt-quatre heures, se fait presque tout entière en un temps beaucoup plus court.

En Angleterre, bien que la distribution intermittente cède de plus en plus devant les progrès du service constant, la livraison intermittente qui n'est pas incompatible avec ce dernier, reste encore la plus répandue. En France, où la distribution continue est la règle, c'est la jauge et le robinet libre qui étaient les modes de livraison haljituels jusque dans ces derniers temps, mais le compteur tend à les remplacer l'un et l'autre.

ABONNEMENTS JAUGÉS

360. Avantages et inconvénients des abonnements jaugés. — Si l'on examine de près les conditions dans lesquelles se présente l'abonnement jaugé, on reconnaît qu'il n'est pas sans offrir au consommateur certains avantages. Celui-ci sait notamment d'avance quel est le montant de la dépense que lui occasionnera la fourniture d'eau, puisque ce montant ne saurait être dépassé. D'un autre côté, sa canalisation ne supporte que la pression résultant de son propre réservoir"; c'est dire qu'elle est toujours modérée, d'où résulte une certaine économie de premier établissement, en même temps qu'une diminution des chances d'accidents. Enfin il n'a ims à se préoccuper des fuites, tant qu'elles ne deviennent pas pour lui une cause de gêne, puisqu'elles ne doivent point mettre à sa charge de dépense supplémentaire.

Pour l'exploitant, les avantages sont manifestes et très considérables. Avec ce système, en effet, il sait exactement la quantité d'eau qu'il lui faut distribuer chaque jour, mieux encore, chaque heure ou chaque minute ; car le débit est parfaitement régulier, et n'éprouve ni variations annuelles ni variations diurnes. De là une économie d'installation très appréciable et de très grandes facilités d'exploitation.

Sans doute il est obligé, par compensation, de faire la mesure un peu large aux abonnés, afin qu'ils re-;oivent toujoui-s la quantité d'eau promise malgré les incidents qui peuvent se produire, baisses dépression, obstructions partielles, etc., ainsi la jauge est ordinairement réglée de manière à fournir un débit supérieur de 25 à 30 pour 100 au débit normal. Et il lui faut exercer une surveillance active pour réprimer la fraude qui se pratique aisément, avec ou sans la connivence du fontainier, par

§ II. — ABONNEMENTS JAUGES 'iSl

simple agrandissement de la jauge, ou au moyen de tuyaux piqués sm- la conduite entre la jauge et le réservoir.

Mais les inconvénients sont pour l'abonné plus graves et plus nombreux : impossibilité absolue de dépasser en aucun cas la consommation fixée, même pour un besoin extraordinaire ou pour l'extinction d'un incendie ; obstructions fréquentes de la jauge ; nécessité d'un réservoir encombrant, où les matières en suspension se déposent, où l'eau s'échauffe, se gâte même si l'on n'y fait des nettoyages fréquents ; manque d'eau complet quand le réservoir vient à se trouver vide ; etc.

361. Appareils de jauge. — Les anciennes concessions étaient jaugées au moyen d'une cuvette de distribution placée dans le château d'eau. Du bassin supérieur où elle arrivait, l'eau se déversait dans une série de bassinets, tous disposés au même niveau, et dans la paroi desquels étaient percés les trous de jauge servant de point de départ aux plombs des concessionnaires. Ce système donne un débit très régulier, et a l'avan-

FiG. 453. — Bassinets de la fontaine de l'Arbre-Sec.

tage de réunir en un même point, dans une enceinte fermée et constamment surveillée, toutes les jauges du quartier desservi jDar le château d'eau, ce qui écarte toute possibilité de fraude. Mais il n'est pas applicable aux distributions d'eau modernes.

Aujourd'hui la jauge est obtenue par l'emploi d'un appareil placé sur le branchement de prise. C'est tout simplement un robinet pourvu d'un diaphragme, dans lequel on a percé un trou de section déterminée. Tantôt le diaphragme est venu de fonte avec le robinet, tantôt il est formé par une lentille rapportée. Dans l'un et l'autre cas la matière employée doit être très dure, sans quoi l'usure rapide produite par le frottement continu de l'eau détermine bientôt l'agrandissement du trou ; le bronze, s'il n'est pas de très bonne qualité, se trouve rapidement détruit, et l'on a cherché à le remplacer par l'acier, le verre, l'agate qui paraissent donner de bons résultats ; il convient de donner au diaphragme une certaine épaisseur et d'y pratiquer une petite ouverture plutôt cylindrique que conique {^xj. 4.55). Avec une aiguille d'acier on parvient à

percer des trous cassez lins pour ne laisser passer sous une forte pression que 250 et même 125 litres d'eau par 24 heures. Ces trous imperceptibles seraient presque immédiatement o])Strués s'ils n'étaient protégés par

FiG. 451. — Robinet de jauge.

une petite grille, formée d'une toile métallique à mailles serrées, et qui retient les menus corps en suspension (fig. 456). Sur la pièce qui porte le robinet de jauge proprement dit, on adapte presque toujours un robi-

FiG. 150.

net d'arrêt ordinaire, quelquefois deux, ce qui permet d'isoler la jauge

pour les visites ou les réparations : le tout est placé sous une bouche à clé à deux ou trois trous.

D'autres systèmes de jaugeage et d'autres appareils ont été proposés, sans qu'aucun soit jusqu'ici entré dans la pratique. Il convient cependant de mentionner en passant la jauge piéîométrique Chameroy, dont le principe est ingénieux et qui a sur l'appareil de jauge ordinaire l'avantage de donner un débit constant même en cas de variation de la pression dans la conduite publique. Elle se compose essentiellement d'une pièce mobile, dont la levée a pour effet de dégager plus ou moins l'orifice d'écoulement, et se trouve réglée, à chaque instant, par l'équilibre qui s'éta-

§ 4. — ABONNEMENTS JAUGÉS /ifj.S

blit entre le poids de cette pièce et la pression qu'elle supporte. On trouve une autre application du inènie principe dans le compteur de pertes de M. Deacon, que nous avons cité précédemment.

362. Réservoirs particuliers. — Le réservoir, accessoire obligé de tout abonnement à la jauge, est ordinairement construit en métal et reçoit la forme cylindrique, qui est la plus avantageuse pour la résistance. On y emploie le zinc ou la tôle : le zinc, souvent impur, a l'inconvénient d'être assez vite attaqué par l'eau, et peut lui communiquer des proiDriétés toxiques, s'il contient du plomb : la tôle serait bientôt rongée par la rouille, si l'on n'avait soin de la recouvrir d'une couche de goudron, de la peindre au minium ou de la galvaniser : de ces trois procédés le dernier n'est pas le plus recommandable, car la couche de zinc se détache au bout de quelque temps, au moins partiellement, et ne saurait être renouvelée avec la même facilité qu'une peinture ou un goudronna^'e. M. Ilellyer préconise l'emploi de l'ardoise, qui donne de bons résultants, mais comporte une dépense plus élevée et oblige à renoncer à la formé cylindrique.

La capacité des réservoirs particuliers se calcule d'après l'importance du service qu'ils ont à faire. Elle doit au moins correspondre à la moitié de la consonuuation quotidienne, afin que l'eau fournie la nuit et non employée puisse s'y emmagasiner ; mais il est préférable de la tenir notablement au-dessus de cette limite inférieure, sans cependant l'exagérer, de peur qu'une longue stagnation n'enlève à l'eau une partie de ses qualités. On est dans de bonnes conditions quand les réservoirs peuvent recevoir le volume d'eau fourni en un ou deux jours par l'alimentation jaugée.

Ils doivent être naturellement placés aussi haut que possible, soit dans les combles, s'ils sont disposés à l'intérieur des maisons desservies, soit au dehors sur un pylône en bois ou en maçonnerie. L'accès en sera facile afin qu'on puisse toujours les visiter, les nettoyer, les repeindre. Ils seront pourvus d'un trop-plein pour l'écoulement de l'eau suraj^ondante, d'un orifice inférieur pour la vidange complète ; et des précautions seront prises pour éviter les effets de la gelée, ainsi que réchauffement trop rapide de l'eau.

Quand on veut y éviter les pertes d'eau par le trop-plein, une soiipape

.l'ic: 458.

flotteur, placée sur l'orifice d'alimentation, est chargée d'interrompre

l'écoulement, dès que l'eau atteint dans le réservoir un niveau détermin<' . Cet appareil règle autoniatiquejnent l'arrivée d'eau, mais il est assez

doHicat, et, s'il n'est pas très bien construit et soigneusement entretenu, il ne tarde pas à laisser passer l'eau d'abord par gouttes, puis en mince filet, au point de ne plus rendre aucun service.

Les réservoirs élévateurs, ou réservoirs en pression, de la maison Carré n'ont pas les inconvénients des réservoirs ordinaires. Ce sont des vases métalliques clos, où l'eau est maintenue en pression par l'effet de l'air comprimé. Il n'y a dès lors ni i)erte de pression, ni perte d'eau, et, comme l'appareil peut être placé dans les caves, ni écliauffement ni congélation à redouter. Le nettoyage est facile et efficace, puisqu'il se fait sous pression par la simple ouverture d'un robinet inférieur ; et un clapet empêche le retour de l'eau dans la conduite d'alimentation en cas de baisse anormale de la pression. Ce nouveau type de réservoirs particuliers, fort intéressant à divers égards, n'est pas assez connu ; il est appelé sûrement à se répandre.

363. Suppléments. Jauges variables. — La jauge fournissant un débit invariable, il a fallu chercher les moyens de parer à des besoins exceptionnels dans certains cas, en apportant des modifications appropriées à ce mode de livraison de l'eau. C'est ainsi que s'est introduit l'usage des supioléments, dans la plupart des villes où leau est fournie à la jauge. Sur la demande de l'abonné, le robinet d'alimentation est ouvert en plein pendantun temps déterminé, le plus souvent pendant quelques heures seulement, pour le remplissage d'un réservoir ; la quantité d'eau supplémentaire est estimée d'après la capacité du récipient où elle est déversée, ou au moyen d'une expérience donnant le débit horan-e du robinet; l'eau est payée au mètre cube. Ce système rend des services incontestables ; mais il est à coup sûr peu commode et relativement dispendieux, puisqu'il exige l'intervention du fontainier ; d'autre part le contrôle est à peu près impossible et la fraude fort à redouter en conséquence. .

Dans certaines villes on admet des abonnements supplémentaires pendant une partie de l'année, durant l'été par exemple, ou même des abonnements à jauges variables, comportant un débit déterminé dans la saison froide et un débit supérieur dans la saison chaude, moyenna.i un prix unique applicable à l'année entière. Dans l'un et l'autre cas il faut au changement de saison modifier la jauge; c'est Là une cause de complication dans le service et une nouvelle source d'abus.

— ABONNEMENTS A ROBINET LIBRE

ABONNEMENTS A ROBINET LIBRE

364. Abonnements à l'estimation. — Les abonnements à robinet libre ou à discrétion, avec redevance établie d'après une estimation préalable de la consommation supposée, ont été fort en faveur il y a quelques années : c'est, nous l'avons vu, le système que préconisait Dupuit.

Un robinet toujours ouvert, et de dimension suffisante pour alimenter à la fois plusieurs orifices de diamètre courant, met en communication constante la conduite publique et la canalisation intérieure de l'immeuble abonné ; l'eau est donc toujours en pression dans les tuyaux, en charge sur les orifices, et le consommateur n'a qu'à manœuvrer l'obturateur d'un quelconque de ces orifices, pour avoir, quand il le veut, telle quantité d'eau qu'il peut désirer. Pas de réservoir encombrant, et par suite point de réduction de la pression. Paiement de l'eau à forfait, et dès lors pas de surprises à redouter au moment des règlements de compte.

A côté de ces avantages incontestables pour le consommateur, il faut placer les inconvénients non moins certains, que présente pour l'exploitant le mode d'abonnement à robinet libre. L'établissement de la redevance prête à la discussion et suppose un contrôle assez difficile à exercer dans les grandes villes. L'alea du forfait porte entièrement sur la fourniture d'eau ; et, comme l'abonné n'a aucun intérêt à restreindre la consommation, l'accroissement rapide des quantités d'eau absorbées par le service est inévitable. Les pertes par les fuites intérieures, indifférentes pour l'abonné, sont à elles seules une charge redoutable pour l'exploitant.

Ce type d'alionnement serait l'idéal si l'on obtenait, comme le voulait Dupuit, que chacun ne consoimiiât que le nécessaire et se somiiît à un 3 redevance parfaitement en rapport avec le service rendu. Mais ces deux conditions ne sont jamais remphes ; et, partout où l'apphcation en a été faite, l'augmentation progressive des quantités d'eau consommées est venue créer de graves embarras. L'alimentation s'est trouvée tout à coup msuffisante , sans que le revenu pût fournir les ressources nécessaires pour l'exécution des travaux à faire en vue de l'améhorer.

365. Usage abusif du robinet libre. — C'est qu'aucun mode de fourniture de l'eau ne se prête plus aux abus que l'abonnement à robinet libre. « Tandis que l'abonnné à la jauge, dit Couche, est enfermé dans « des limites qu'on lui rend matériellement impossibles de francliir, l'a- « bonné à robinet fibre n'est que prisonnier sur parole. » 11 l'oubfie trop souvent ; et, sûr de ne pas avoii- de supplément à payer, il ne surveille

mô CHAPITRE XIV. — VENTE ET LIVRAISON DE L'EAU

pas sa canalisation, néglige les fuites même apparentes, laisse ses robinets ouverts, gaspille l'eau en un mot, au grand détriment du service. Sans doute il commet ainsi des infractions au règlement, mais ce n'est pas sans peine qu'on peut lui en faire comprendre et surtout observer les prescriptions.

Paris a fourni en 1881 un exemple frappant des conséquences de l'abonnement à robinet Ubre. Tout à coup, parsujte de l'élévation brusqu< de la température pendant les jours caniculaires; lesréservoirs publics se sont vidés : nombre de consommateurs tenaient leurs robinets constamment ouverts, sous prétexte de rafraîchir leur boisson ou même l'air de leurs appartements. Du travail fait alors par Couche, l'éminent ingénieur en chef des Eaux de Paris, sur la situation du service pendant cette période critique, il résultait que la cansommation avait atteint et même dépassé le triple de la dépense normale : il montrait d'ailleurs que, si tous les robinets répartis dans les maisons coulaient constamment à gueule bée, le débit total serait cinq fois plus grand que celui de la Seine en basses eaux !

La suppression presque complète du robinet libre et la généralisation des abonnements au compteur ne permettent plus le retour de pareils faits à Paris. Mais, à défaut de ces mesures radicales, si l'on veut, tout en conservant l'abonnement à discrétion, réprimer le gaspillage auquel il donne lieu, c'est à un contrôle efficace et permanent qu'il faut recourir, ainsi qu'à des moyens spéciaux de recherche et de coercition.

366. Moyens employés pour diminuer les abus. — Lorsque, malgré les prescriptions réglementaires, les abonnés en sont venus à un usag • abusif de l'eau, et que la seule perspective d'une amende ou d'une pénalité quelconque est impuissante à combattre une habitude prise, on peut employer utilement, pour restreindre la consommation sans causer de aêne appréciable, certains appareils, qui se prêtent à l'usage normal de reau, mais, sont disposés de manière à Kmiterles dépenses inutdes.

En première ligne il convient de mentionner l'emploi de robinets de calibre réduit. La plupart des robinets ordinaires sont plus gros qu'il n'est strictement nécessaire, et souvent il est po.ssible d'en diminuer le débit de moitié ou des deux tiers sans qu'ils cessent de remplir suffisamment vite les vases de capacité ordinaire. C'est ce qui a été fait à Pans sur une échelle assez étendue et du consentement même des abonnes, par l'addition de lentilles à un grand nombre de robinets en service. De la sorte, en admettant qu'on laisse les robinets ouverts, les pertes d'eau

sont déjà moindres.

Viennent ensuite les robinets à repoussoir, qui ne laissent passer 1 eau que lorsqu'on les maintient ouverts à la main. Une pareille obligation, sans être trop gênante pour les usages courants, est de nature à limiter singulièrement les abus; et l'emploi de ces appareils fournirait une excellente solution, s'ils étaient sûrement efficaces. Mais, quelque inge-

§ 5. — ABONNEMENTS A ROBINET LIBRE 437

nieuses que soient les dispositions imaginées pour déterminer la fermeture du robinet dès que la main l'abandonne, l'infféniosité de certains consommateurs en a presque toujours raison; et il est peu de robinets à ressort, môme parmi les plus perfectionnés, qu'on ne parvienne à caler, c'est-à-dire ^^^^ à maintenir ouverts aussi longtemjis qu'on le

veut, en paralysant l'action du lessort au moyen d'un bout de bois, d'une ficelle, etc. Néanmoins, ce type d'appareils rend d'incontestables services.

Récemment, on a proposé à Paris des robinets qui produisent le même effet d'une manière plus sûre. Ce sont les robinets intermittents. Lorsqu'on a fait la manœuvre d'ouverture, ils laissent passer une quantité d'eau déterminée par un réglage préalable, sans qu'il y ait besoin de les maintenir avec la main ; puis, ce volume d'eau écoulé, ils se referment spontanément par l'effet d'un mécanisme intérieur sur lequel l'usager n'a point d'action et dont il ne peut empêcher le fonctionnement ; il faut renouveler la manœuvre pour obtenir une nouvelle quantité d'eau. Le plus souvent, c'est la pi-ession même de l'eau qui détermine la fermeture du

FiG. .'16 1. FiG. 4G-2.

robinet : dans le robinet Chameroy, autorisé à Paris et représenté parla figure 461, le temps de l'ouverture est limité par une sorte de cataracte, c'est-à-dire par un très petit écoulement à travers un orifice capillaire qui finit par ramener l'obturateur dans sa position primitive. Le principe de ces appareils est excellent ; et quelques-uns méritent de se répandre, bien que le réglage en soit toujours un peu délicat et ne se maintienne généralement pas très longtemps sans modification. On enq)loie depuis longtemps^ en Angleterre principalement, sous le

nom de Waste preventers des appareils analogues avec un petit piston intérieur que la manœuvre d'ouverture déplace et qui est ramené par la pression de l'eau. D'autres dispositions sont aussi en usai^'e chez nos voisins : à titre d'exemple, nous citerons celle ([ui consiste dans l'adaptation au robinet d'un petit réservoir d'air, où l'eau pénètre quand l'orifice de puisage est fermé, et qui est séparé de la conduite d'alimentation pendant l'écoulement ; la petite réserve épuisée, il faut refermer le robinet pour faire une provision d'eau nouvelle.

367. Moyens employés pour la recherche et la suppression des fuites intérieures. — Les mêmes systèmes, qui sont appliqués an Angleterre et aux États-Unis pour découvrir les fuites de la canalisation publique, se prêtent également bien et simultanément à la surveillance des installations particulières. Les inspections de nuit à l'aide du stétho.scope, le compteur de pertes Deacon, le Chm^ch's détecter permettent de signaler les maisons dans lesquelles il doit y avoir des fuites ; une visite y est faite alors, le point défectueux est reconnu et la réparation prescrite sans retard.

Les fuites se produisent fréquemment aux robinets, aux robinets-soupapes à flotteurs qui restent rarement étanches après un certain temps de service, aux appareils des water-closets, aux joints à brides, etc. Les unes sont apparentes et tout abonné soigneux les constate et les fait disparaître ; mais d'autres restent cachées et peuvent laisser écouler parfois des quantités d'eau considérables, sans que rien n'appelle l'attention.

Il y aurait intérêt à posséder un appareil simple et peu coûteux qui en révélât l'existence. Divers indicateurs de fuites ont bien été proposés,

mais aucun n'est encore entré dans la pratique. Nous citerons cependant celui qui a été décrit par M. Œsten de Berlin: c'est un petit piston interiDOsé sur le parcours du branchement d'alimentation, qui suivant le débit se déplace plus ou moins, et dont la tige vient comprimer une balle de caoutchouc ; l'air contenu dans la balle est en communication avec une cuvette fermée contenant un liquide coloré et refoule ce liquide dans une éprouvette en verre placée dans un endi^oit en évidence ; quand tous les orifices de la canalisation intérieure sont fermés et qu'elle ne fait aucun service utile, le FiG. 463. liquide coloré ne doit pas apparaître dans l'é-

prouvette ; si donc on l'y voit en pei-manence, c'est qu'il y a quelque part un écoulement continu, une fuite,

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