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CHAPITRE XIX. — ÉGOUTS

On emploie aussi à la confection des égouts le béton, inoulé sur place dans la tranchée même; il constitue en quelque sorte un monolithe sans aucun joint. Ce procédé peut s'appliquer aux égouts de toutes dimensions, mais il se prête particulièrement bien à l'établissement de ceux qui sont trop petits pour qu'on puisse les exécuter avantageusement en maçonnerie ordinaire. Le béton doit être gras; on le pilonne fortement, et le mortier, qui reflue vers la paroi intérieure, y vient foi-mer une sorte d'enduit qui fait corps avec la masse et présente une surface extrêmement lisse.

Les tuyaux en grès vernissé à l'intérieur sont d'un usage courant pour l'établissement des petits conduits souterrains ; l'écoulement s'y fait dans de très bonnes conditions, mais ils coûtent ordinairement plus que le béton moulé, et ils sont peut-être plus sujets aux dislocations par suite des tassements du sol.

CURAGE ET VEiNTILATION DES ÉGOUTS

480. Différents modes de curage. — Quelles que soient les formes ou

les dimensions données aux égouts et les quantités d'eau qu'ils reçoivent, quelle que soit la vitesse de l'écoulement qui s'y produit, on peut dire qu'il n'y a pas de réseau où l'on n'ait à combattre la formation de dépôts ou à en assurer l'enlèvement par des procédés de curage méthodiques.

Les dépôts peuvent être classés en trois catégories : les vases, très ténues et à peine plus lourdes que l'eau, les fumiers plus légers au contraire et composés surtout de débris végétaux, pailles, etc., les subies, ou détritus minéraux, provenant en grande partie de l'usure des chaussées et dont la densité est à peu près double de celle de l'eau.

Lorsque les précautions prises dans la construction des égouts, en viee de prévenir les dépôts, fortes pentes, foi'mes arrondies, raccords courb&s, se montrent inefficaces, on a recours à des chasses pour entraîner les vases. Tantôt ces chasses s'effectuent au moyen des eaux d'égout elles.mêmes, retenues par des barrages convenablement disposés; tantôt on les obtient par l'ouverture brusque d'un réservoir alimenté, soit par les. eaux pluviales qu'on y emmagasine, soit jDar l'eau de la distribution qu'on y déverse ; tantôt enfin on utilise un emprunt fait à un cours d'eau, à un canal ou à l'un des bassins d'un port à marée. Si le volume des lâchures est grand, et la vitesse du courant considérable, l'effet produit est excellent : mais il ne s'étend pas au delà d'une certaine distance; pour dépasser cette limite, une seconde chasse produite par un

§ i. — CURAGE ET VENTILATION 575

autre appareil analogue devient nécessaire, et ainsi de suite de proche en iDroche.

Les sables résistent, en général, et ne sont pas entraînés par les chasses. Pour les enlever, on peut recourir à des curages périodiques, qui consistent à les charger à la pelle dans des seaux que l'on extrait par les regards. Mais il est bien préférable de substituer à ces opérations incommodes et répugnantes un mode de nettoyage continu qui, en attaquant les dépôts dès qu'ils se forment et s'opposant à leur accumulation, maintient de meilleures conditions d'écoulement. L'eau peut être encore à cet effet un précieux auxiliaire; on l'utilise pour ameublir les dépôts, mettre les sables en suspension et en faciliter l'entraînement au moyen d'appareils spéciaux.

481. Appareils de curage. — Dans les égouts de petite section, où un homme ne peut pénétrer, si ces chasses ne suffisent pas, un autre mode de curage s'impose ; on en est réduit à introduire des outils qui agis.sent à la façon de ceux au moyen desquels on opère le ramonage des cheminées. Ce sont des griffes, des raliots, des brosses qu'on place au bout d'une longue tige, formée de plusieurs bouts assemblés, et qu'on fait pénétrer par les regards. Parfois on descend dans d'autres regards des lampes, qui éclairent l'égout au delà de l'outil et permettent de se rendre compte de l'avancement du travail.

Ce genre d'appareils est peu usité en France, où l'on n'a guère construit jusqu'à présent que des égouts où la circulation . est possible, sinon facile. Les ouvriers chargés du curage descendent dans ce cas par les regards, pénètrent eux-mêmes dans les égouts, armés de pelles, de balais, de rabots, et chassent les dépôts devant eux, ou les chargent dans des seaux ou des wagonnets, qu'ils conduisent plus loin hors des galeries.

Nulle part le système de curage à bras d'hommes n'a reçu un développement aussi complet qu'à Paris, où tout un outillage spécial a été créé pour cet usage ; le travail s'y effectue d'une manière absolument continue, en appliquant systématiquement le principe de l'utilisation des eaux d'égout pour l'ameublissement et l'entraînement des sables.

L'élément essentiel de l'outillage employé au curage des égouts de Paris est une sorte de vanne mobile qu'on descend dans la cunette de l'égout pour y former Ijarrage, l'eau s'élève à l'amont, puis, s'échappant avec force soit par le pourtour- de la vanne, qui laisse un certain jeu entre elle et les parois de la cunette, soit par des ventelles, elle attaque

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le dépôt en aval et le transforme en une sorte de dune mouvante progressant lentement avec la vanne elle-même. Les dimensions de la vanne varient avec la section de l'éu'out correspondant : dans les «rrands collec-

FiG. 583.

teiirs elle est portée par un bateau en fer (fig. 583) ; dans les collecteurs secondaires par un wagon (fig. 584), qui roule sur des rails en cornières formant les arêtes des deux banquettes de circulation ; dans les éirouts

Fig. ôSi.' Fig. 585.

de moyenne dimension, non pourvus de banquettes, par un petit chariot dit brouette mitrailleuse (fig. 585), dans les petits égouts enfin, elle est

Fig. 586.

employée à la main sous le nom de mitrailleuse (fig. 586). Quand l'eau fait défaut, l'emploi de ces engins n'est plus possible, et les hommes se servent de simples rabots.

Pour étendre le même principe au siphon du pont de l'Aima, on a imaginé un appareil de curage aus.si simple qu'ingénieux, et qui mérite de trouver d'autres applications. C'est une boule en bois, de diamètre un peu inoindre que le tuyau, qu'on abandonne au fil de l'eau : elle vient buter contre le dépôt de sable, et, faisant l'effet de la vanne dans les égouts, détermine l'ameublissement et la progres.sion du banc, qui ne

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