DES VILLES
54. Indétermination du problème. — La consommation de l'eau dans es villes est essentiellement variable, suivant les climats, les époques les cn-constances locales, les habitudes, etc. Ici, l'abmentation est assurée avec quelques litres d'eau par tête ; ailleurs, des centaines de litres sont gaspillés sans profit réel.
1 ^^''t '^^FJ^"' ^'^i^^^-^l^^al^le que de voir Amsterdam au premier ranu' « des villes d Europe pour la propreté dans l'habitation, en ne distribuant '< pavjour, a ses 350.000 habitants, que 16.000 ou 18.000 mètres cubes ^ cl eau » alors que la salubrité laisse bien à désirer dans la ville de Home qm reçoit 1.000 litres environ par halùtant? Sens voit depuis cles siècles. 100.000 mètres cubes d'eau couler chaque jour aa^s ïs î^,
1 • Couche. Les Eaux de Londres et d'Amsterdam, 1883.
bi CHAPITRE IV. - LES BESOINS
et n'en a pas moins réalisé, il y a ([iielques années, un progrès considérable en créant une canalisation destinée à fournir GOO mètres cubes à une population de 12,000 âmes.
« On peut répandre dans une ville une grande quantité d'eau, fair(^ « gonllcr les ruisseaux de; ses rues de manière à enlever les inunondiccs « qui s'y rassemblent, sans que, en définitive, les besoins de ses habi- « tants soient parfaitement satisfaits...», et «avec beaucoup d'eau rendii- « moins de services qu'avec une quantité infiniment moindre mieux di.s- « trihuée. Là, comme ailleurs, l'intelligence, réconoiniesuppléentàl'abon- « dancc. La question d'une quanti té d'eau nécessaire pour une ville d'une « population déterminée ne comporte donc pas de solution exacte, et on « peut résoudre le problème de bien des manières différentes » '.
55. Mode d'évaluation. — On évalue le plus .souvent la quantité d'eau consommée ou distribuée dans une ville en divisant le nombre de litres fournis cliaque jour par le nombre d'habitants, c'est-à-dire que l'on prend pour terme de comparaison la consommation ou l'alimentaiion totale par tête.
Il n'est cependant pas absolument rationnel d'admettre comme base unique de calcul le chiffre de la population. Dans bien des cas, en effet, l'usage que l'on fait de l'eau n'est pas proportionnel au nombre d'habitants ; s'il en doit être ainsi, jusqu'à un certain point, pour la consommation domestique, ce serait plutôt d'après la superficie qu'il conviendrait de comparer les quantités d'eau employées dans les jardins ou sur les voies publiffues, et il faudrait recourir à des données tout autres encore pour juger de l'importance relative des consonunations industrielles.
On doit ren-iavquer, du reste, que la dépense est nécessairement très différente, suivant que l'eau est mise à la portée même du consonunateur, dans l'intérieur de l'habitation, à tous les étages, ou qu'il est obligé d'aller la puiser à distance, soit dans la cour, soit à la borne-fontaine de la rue. La proportion du nombre d'abonnés, celle des logements distincts par maison, celle des habitants par logement, doivent influer beaucoup aussi sur l'importance de la consommation générale dans toute distribution d'eau.
Quoi qu'il en soit, et sous réserve des observations qui précèdent, d fau't se conformer à un usage désormais consacré, et c'est au chiffre de la population que seront rapportées toutes les indications de quantités d'eau qui vont être données ci-après.
56. Emplois divers de l'eau. — Pour arriver à se rendre compte d'une façon plus ou moins approximative de la quantité d'eau à distribuer dans une ville, il convient d'énumérer les usages divers auxcpiels il y a lieu de satisfaire.
Or, l'eau est utilisée dans la maison, dans la rwe, dans les usines. Lue
1 DuPUiT. Conduite cl distribution des coux.
§ 1. - QUANTITÉ NÉCESSAIHE 5.'{
distribution d'oau n'est complète que si elle assure le service ^vivê, le service public et le service industriel.
Pour le service privé, la ration d'eau douce accordée aux matelots ou aux passagers, sur les navires en mer, va nous indiquer le mininuuu absolu nécessaire à la vie de l'homme adulte : cette ration varie généralement entre 4 et G litres par jour pour les matelots ; elle est de 4 litres environ pour les émigrants sur les paquebots allemands ou anglais, et l'on admet que 2 litres doivent être consacrés à la boisson. Entre le minimum ainsi déterminé et la consommation de la maison moderne, surtout en Angleterre ou aux États-Unis d'Amérique, il y a un écart énorme, puisque, dans les villes très largement alimentées, cette consommation atteint et dépasse 100 litres. Rien n'est plus susceptible, en effet, de variation que l'emploi de l'eau dans l'habitation, et la petite quantité d'eau nécessaire pour étancher la soif n'est, le plus souvent, qu'une fraction insignifiante de la consommation totale. A la fois élément de iDropreté i^our le lavage des personnes, des vêtements, des ustejisiles et des matières premières de l'alimentation, agent d'assainissement iDour l'entraîaement rajiide des détritus, matière indispensable à la cuisson des aliments et à l'entretien des jardins, objet de luxe quand elle alimente les fontaines d'ornement et les effets d'eau ou actionne les ascenseurs, l'eau se prête à mille services divers qui peuvent être plus ou moins développés, suivant les circonstances, le climat, la densité de la population, ses mœurs, sa richesse, etc., d'où les différences constatées d'une ville à l'autre et les divergences dans les appréciations des auteurs.
On sait que la consommation est plus considérable dans les grandes villes que dans les petites, dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres ; s'il faut en croire le colonel Bolton, inspecteur des eaux de Londres, il n'est rien qui l'excite autant que la facilité avec laquelle on se procure de l'eau, et, dans une ville bien drainée, avec des maisons pourvues d'aménagements complets, salles de l^ains, waterclosets, pos.tes d'eau, etc., elle ne -connaît d'auti'es limites que celles qui résultent de la dépense ou de la réglementation.
Le service public comprend le lavage des ruisseaux en toute saison, l'arrosage des chaussées, trottoirs et contre-allées pendant les chalem-s, l'entretien des jardins publics, l'alimentation des fontaines de puisage et d'arrosement, le service des incendies. On conçoit également que ses besoins ne puissent être appréciés d'une manière générale, car ils doivent varier avec l'étendue relative des voies publiques, leur largeur, le mode de revêtement des chaussées, la quantité de pluie, les exigences plus ou inoins grandes de la population, etc. Mary admettait que le service public, à Paris, devait absorber 20 à 25 litres par habitant ; il indiquait • ncore ce chiffre, en 18G8, dans son cours à l'École. des ponts et chaussées : on y consacre près de 100 litres aujourd'hui. Il est vrai de dire
CHAPITRE IV. - LES DES0IN8 ([u'ftucune autre ville n'a poussé aussi loin jusqu'ici l'emploi de l'eau sur la voie publique ; beaucoup ne dépensent pas plus de 10 à 20 litres ],:iv jour et par habitant pour rcnseuibU; d(>s services de la rue ; ù Londres, la consonunation corres])ondanle est inférieure à ce dernier chilTre.
Pour le service industriel, les écarts sont naturellement i)lus grands encore : presque nul dans certaines villes, ce service peut devenir pré- ]>on(lérant ailleurs, et l'on ne saurait à cet égard donner aucune indication générale. C'est ime étude particulière à faire dans clia([ue cas. Observons seulement que l'eau intervient dans l'industrie de ])lusieui-.s manières : tantôt elle ne sert qu'aux lavages, tantôt elle (,'st employée; comme dissolvant ou comme véhicule des matières utilisées dans les diverses opérations (sucreries, raffineries, teintureries, tanneries, etc.), tantôt elle devient elle-même une matière première entrant dans la compo.sition des produits fabriqués (eaux minérales artificielles, brasseries, etc.). Dans les machines à vapeur, elle est l'agent nécessaire à la production de la force motrice, quelquefois enfin elle est employée en pression et fournit elle-même une force motrice d'un autre genre.
57. Besoins correspondants. — Service privé. — Les chiffres élémentaires admis à Paris pour l'évaluation de la consonunation privée ont été fixés connne suit, par arrêtés préfectoraux du 9 mars 1803 et du 7 juin 1864 :
Par jour et par personne domiciliée 45 litres.
I^ar jour et par ouvrier 5 —
Par jour et par élève ou militaire 20 —
Par jour et par cheval 100 —
Par jour et par vache JOO —
Par jour et par voiture à 2 roues 40 —